Chaque jour, une épave : 9 mars 1916, le paquebot Louisiane et le 3 mâts Silius : deux d’un coup !

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Chaque jour, découvrez dans www.plongee-infos.com l’histoire d’une épave, coulée à la même date par le passé, quelque part près des côtes françaises ou ailleurs dans le monde, déjà explorée… ou pas ! Vous retrouverez ainsi quotidiennement un nouveau site, pour vous confectionner une collection passionnante pour vos futures plongées ou simplement pour explorer… l’Histoire!

Il n’est pas rare dans la tradition maritime que le même nom soit porté successivement par plusieurs bateaux à des époques différentes. Ce fut le cas du paquebot à vapeur Louisiane, dont il est question aujourd’hui : construit en 1905 et coulé en 1916 dans l’estuaire de la Seine, devant Le Havre, il est l’homonyme du paquebot à voile construit en 1861 et coulé en 1875 dans l’estuaire… de la Gironde ! (voir l’article sur l’épave du jour du 20 décembre : https://www.plongee-infos.com/?p=1699)

Le paquebot à vapeur Louisiane était un énorme navire en acier de 112 mètres de long sur 14 mètres de large et 8 mètres de tirant d’eau. Sa machine à vapeur à trois cylindres à triple expansion de 2400 cv le propulsait, au moyen d’une seule hélice, à la vitesse de 12 nœuds. Il a été construit en 1905 par les Ateliers et Chantiers de France, à Dunkerque, pour le compte de la puissante Compagnie Générale Transatlantique (CGT, ou encore Compagnie Générale d’Armement Maritime), dont le siège était à Paris.

Le Louisiane a débuté sa carrière en 1905 en assurant la ligne transatlantique vers New York. Par la suite, il a été orienté vers les lignes plus au sud, vers Cuba, le Mexique et la Nouvelle Orléans. Outre les passagers, le Louisiane transportait aussi des cargaisons de frêt, du coton venant de la Nouvelle Orléans (produit dans le sud des Etats-Unis), du rhum et du sucre venant de Cuba, qu’il ramenait vers le Havre à destination du marché européen. A plusieurs reprises, le paquebot a changé de destinations, comme le montrent les relevés de l’armateur qui attestent de traversées à destination de Buenos Aires ou encore Dakar.

Le Louisiane connut un premier incident le 21 octobre 1910, alors qu’il essayait d’éviter la rencontre avec un ouragan, il s’échoua au sud de la Floride. N’ayant subi que des avaries mineures, le navire put être renfloué sans trop de dégâts et après quelques semaines de cale sèche, il put reprendre du service.

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Le 9 février 1916, le Louisiane partait de la Nouvelle Orléans, les cales remplies d’une cargaison de coton, d’acier, de farine et d’huile. Après une traversée sans histoire, il arriva en vue des côtes françaises le 6 mars. Le 9 mars 1916, alors que le Louisiane attendait son entrée au port du Havre, positionné dans l’alignement du phare de la Hève à l’entrée du l’estuaire de la seine, une alerte parvenait à la Préfecture maritime, concernant la présence dans le zone de deux sous-marins allemands. Il fut donc décidé de faire entrer le plus grand nombre de bateaux en attente, soit dans le port, soit dans l’embouchure de la Seine, à une profondeur trop faible pour l’évolution d’un sous-marin en immersion. Mais c’était déjà trop tard…

A 22h, alors que le remorqueur Antoinette s’approchait du Louisiane pour le faire entrer au port, une torpille explosa contre la coque du paquebot. Cette torpille venait d’être lancée par l’UB 18, commandé par un as des sous-mariniers allemands, le capitaine Otto Steinbrick. Le sous-marin avait profité de la tombée de la nuit pour se faufiler dans la zone de mouillage des bateaux en attente d’entrer au port. Parvenu au plus près du Louisiane, il avait trouvé l’angle d’attaque parfait et ne risquait pas de manquer sa proie.

Sous-marin de type UB II semblable à l’UB 18

Sur le paquebot, ce fut la panique. Une brèche de plus de 3 mètres s’était ouverte dans la coque et la violence de l’explosion avait arraché l’hélice. L’eau atteint la salle des machines et fit exploser les chaudières, provoquant la mort d’un mécanicien. Le sort du Louisiane était jeté. Le navire sombra, bien droit, en moins d’un quart d’heure. Comme la zone de mouillage n’était profonde que d’une dizaine de mètres, les superstructures, la cheminée et les mâts restèrent visibles à la surface. Le naufrage ne fit qu’une seule victime, le mécanicien brûlé dans la salle des machines lors de l’explosion des chaudières. Le reste de l’équipage a eu le temps d’évacuer le bateau avant qu’il ne coule et a été récupéré par le remorqueur Antoinette.

Sous l’effet de panique provoqué par le naufrage du Louisiane, le capitaine Steinbrick ne s’est pas arrêté en si bon chemin. Fort de son exploit et n’étant même pas poursuivi après son forfait, il en profita pour couler un deuxième navire, le trois mâts barque Silius, de nationalité norvégienne, à moins de 500 mètres du Louisiane. Ce que l’on ne sait pas, c’est s’il a effectué deux approches différentes ou bien s’il a profité d’une situation favorable pour couler les deux navires dans le même torpillage. Puis l’UB 18 disparut dans la nuit, sans aucune poursuite.

Le 3 mâts barque Silius

Le Silius, grand navire à voiles à la coque d’acier, gréé en trois mâts barque, a été construit en 1895 par les Chantiers de la Loire à Nantes pour la compagnie Viot, de Nantes. Il portait à l’origine le nom de Colbert, avant d’être rebaptisé Danae pour la compagnie norvégienne Red AB Danae en 1904, puis Ketty pour la compagnie Brovig en 1908, pour prendre enfin le nom de Silius en 1915 pour le compte de la compagnie Stray, de Kristianssand, toujours en Norvège. De retour d’un voyage de New York au Havre avec une cargaison d’orge, il attendait lui aussi son tour pour accoster dans le port. Son torpillage fit 3 victimes, dont son capitaine. Le reste de l’équipage a été secouru par un torpilleur français.

A la suite de ces catastrophes, les autorités françaises ont décidé de réagir et ordonnèrent la pose de filets anti sous-marins à l’entrée des zones portuaires.

Aujourd’hui le Louisiane et le Silius reposent à quelques centaines de mètres l’un de l’autre, sur un fond d’une dizaine de mètres à l’entrée de l’estuaire de la Seine à la latitude 49° 26’ 935 N et la longitude 00° 01’ 878 E pour le Louisiane, et pour le Silius la latitude 49° 27’ 069 N et la longitude 00° 01’ 482 E. La visibilité y est mauvaise du fait des alluvions provenant du fleuve et l’endroit est soumis à des courants de marée importants.

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