Chaque jour, une épave : 16 juin 1896, le Drummond Castle et l’or du Transvaal

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Chaque jour, découvrez dans www.plongee-infos.com l’histoire d’une épave, coulée à la même date par le passé, quelque part près des côtes françaises ou ailleurs dans le monde, déjà explorée… ou pas ! Vous retrouverez ainsi quotidiennement un nouveau site, pour vous confectionner une collection passionnante pour vos futures plongées ou simplement pour explorer… l’Histoire!

Le Drummond Castle était un paquebot anglais à vapeur de 3706 tonnes, de 111 mètres de long sur 13 mètres de large et 9,4 mètres de tirant d’eau. Il était motorisé d’une énorme machine à vapeur de 4 cylindres Compound de 600 cv (qui fut changée quelques années après sa construction, pour une machine à 3 cylindres à triple expansion) lui donnant une vitesse de 13 nœuds sur une seule hélice. Il pouvait embarquer 120 passagers en première classe, 100 en seconde, 160 en troisième, et 103 hommes d’équipages. Il a été construit en 1881 par les chantiers John Eider & Co, de Glasgow en Ecosse, pour le compte de la compagnie Liverpool & Hamburg Stean Ship Co, de Liverpool, qui le plaça sur la ligne entre Le Cap en Afrique du Sud et l’Angleterre.

Le Drummond Castle

En 1896, le Drummond Castle fut cédé à la compagnie Union Castle Mail Steamship Co, de Glasgow mais dont le siège était à Londres, qui continua à l’exploiter sur la même ligne et lui a conservé son nom.

Le Drummond Castle, qui avait quitté le Cap le 29 Mai 1896, avait comme à son habitude, fait escale à Las Palmas, et il devait rejoindre Londres dans la journée du 17 Juin. Une traversée Le Cap – Londres durait environ 3 semaines.

A bord, la veille de l’arrivée, c’était la fête traditionnelle organisée pour marquer le retour au pays. Le commandant de bord W.W. Pierce, lui avait du mal à être à la fête car il naviguait dans un brouillard à couper au couteau. A l’entrée du Fromveur, cette fameuse pointe bretonne si dangereuse pour la navigation, Pierce croyait avoir doublé l’île d’Ouessant, alors qu’il faisait en réalité route plus à l’est, droit vers l’île de Molène. Les forts courants qui convergent vers Molène, font de cette zone l’une des plus dangereuses du monde pour les navigateurs.

Entre 22 et 23 heures, le Drummond Castle croisa la route du paquebot Werfa, dont le premier officier nota que le paquebot anglais était hors de sa route et se dirigeait vers une côte dangereuse. À ce moment-là, les navires se trouvaient à environ un quart de mille et peu de temps après, le Werfa perdait de vue le Drummond Castle.

Ce mardi 16 Juin 1896 à 23 heures, le paquebot vint heurter un récif dans le secteur des Pierres Vertes, situées dans l’ouest de Molène, secteur connu pour sa dangerosité et ses naufrages successifs (entre 1891 et 1896, on comptabilisa pour les seules Pierre-Vertes une quinzaine de naufrages, et dans le passage du Fromveur, 30 navires sombrèrent entre 1888 et 1904).

Le choc ne sembla pas très fort, donnant l’impression d’avoir rencontré un haut-fond et d’être seulement échoué. Mais il fallut à peine cinq minutes pour que le fier paquebot coule, sa coque ayant en fait été déchirée sur une grande longueur. L’équipage n’eut même pas le temps de mettre les canots de sauvetage à la mer que tout était déjà englouti, le fier paquebot avait sombré corps et biens.

Sur 246 personnes qui se trouvaient à bord lors du naufrage, il n’y eut que trois survivants: un passager et deux marins du paquebot. Les noyés étaient au nombre de 243, dont le capitaine Pierce et 100 autres personnes de ses officiers et son équipage, ainsi que 142 passagers. Les trois sauvés étaient M. Charles Marquandt, un passager de première classe, le quartier-maître Wood et matelot Godbolt, tous trois sauvés par des pêcheurs bretons après une nuit passée dans les flots glacés.

Dès le lendemain matin, les pêcheurs de Molène, qui partaient à la pêche sur leurs embarcations, découvrirent l’ampleur de la tragédie en apercevant les cadavres flottant au milieux des débris de l’épave. Sur Molène, les habitants du village qui vivaient dans des conditions très rustiques, se mobilisèrent tous pour organiser les recherches en vue de porter secours à d’éventuels survivants. Les hommes étant en mer, ce sont les femmes et les enfants qui vont mettre en œuvre la chaloupe de sauvetage. Hélas, seuls trois survivants furent sauvés. Le courage des habitants de Molène sera récompensé plus tard par la Reine d’Angleterre.

Plusieurs dizaines de cadavres ont été repêchés dans les jours qui suivaient. Certains ont été inhumés à Molène, d’autres à Ouessant. 29 victimes reposent encore à Molène, parmi lesquelles un bébé d’un an.

Devant le courage et le dévouement dont ont fait preuve les habitants de l’île en tentant de secourir les naufragés et par la suite, en se chargeant de répertorier et d’inhumer les victimes, le Reine Victoria et les autorités anglaises vont témoigner aux îliens leur reconnaissance. Les Anglais ont offert à Molène une citerne pour palier au problème de l’eau potable, ainsi qu’une horloge pour le clocher et un ciboire en or pour le recteur de la paroisse.

Médaille d’honneur remise par la Couronne d’Angleterre aux villageois de Molène qui ont participé aux secours

Le Musée du Drummond Castle sur l’île de Molène retrace avec précision toute l’histoire du naufrage du paquebot. Une médaille a été offerte par la Reine d’Angleterre à chaque femme de l’île pour récompenser leur bravoure. La plupart de ces femmes demandèrent à être enterrées avec cette médaille.

Le Drummond Castle a été retrouvé quarante ans plus tard par des scaphandriers venus récupérer la cargaison. Les explosifs qu’ils utilisaient alors, causèrent d’importantes détériorations à l’épave. Mais de quelle cargaison s’agissait-il et pourquoi les scaphandriers se sont-ils acharnés à dynamiter cette épave, si profonde et si dangereuse, qui ne gênait personne ? Des témoignages laissaient entendre que le paquebot, de retour d’Afrique du sud, ramenait une belle quantité d’or en provenance des mines exploitées dans la région du Transvaal. Le coffre du bord était censé contenir pour plus de 10 millions de Livres d’or, ce qui représenterait de nos jours une fortune de plusieurs centaines de millions d’Euros…

Le ciboire en or qui a été offert à la paroisse de Molène par l’Archevêque de Canterbury

Il semblerait que les scaphandriers n’aient pas retrouvé le coffre où était entreposé l’or et qu’ils n’ont rien remonté de semblable en surface. C’est du moins la version officielle puisqu’aucune découverte de ce genre n’a été déclarée. Il est donc envisageable que le coffre et son précieux contenu dorment encore quelque part sous les débris.

En 1979, un plongeur breton redécouvrit l’épave. Il en remonta quelques objets qui sont aujourd’hui exposés au Musée du Drummond Castle sur l’ile de Molène.

Le Drummond Castle gît par 63 mètres de fond, aux coordonnées : latitude 48° 25’ 045 N et longitude 5° 03’ 391 W. L’épave est éclatée et partiellement ensablée, mais elle présente encore une grande partie de ses entrailles. Des victimes, il ne reste aucune trace, les habitants de l’océan, se sont chargés de faire disparaître leurs restes…

Enfin, dernière conséquence du drame, le phare de la Jument a été construit quelques années plus tard grâce à des dons. Il a été inauguré en 1904.

L’étrave du Drummond Castle

L’étrave du navire remonte de quatre mètres au-dessus du site. Elle est cassée et relativement ensablée, même si la forme du bateau reste encore reconnaissable. Près de l’arrière du navire, on trouve encore des hublots. Les chaudières sont encore bien visibles, ainsi que la machine. A l’arrière, l’hélice, majestueuse, s’élève encore parmi les décombres de la poupe.

Aujourd’hui, l’exploration en plongée de l’épave présente des difficultés liées à la zone dangereuse des Pierres Vertes, extrêmement exposée aux caprices de l’océan. Houle, courant, grande profondeur réservent cette plongée aux plongeurs très expérimentés.

Lien vers la vidéo Youtube de Fromveur137 :

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