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Par Jean-François André

L’accueil des plongeurs au recycleur, un problème français ? Sont-ils compatibles aux plongeurs de loisir en circuit ouvert classique ? Comment gérer la mixité des plongeurs équipés en circuit ouvert ou en recycleur, un casse-tête pour les centres de plongée.

Les Questions : Mixer des plongeurs avec des matériels différents 

a) Est ce que cela peut engendrer des  soucis supplémentaires pour le Directeur de Plongée ou pour la Palanquée ? 

b) Pour certains directeurs de plongée, il n’y a aucun souci, pour d’autres, c’est a priori inenvisageable.  Pourquoi ? 

c) le pire entendu : «  Pas de morts chez moi »

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Précisons un peu le contexte. Nous ne parlons ici, que des plongeurs recycleurs qui utilisent un diluant Air ou un Diluant Trimix normoxique, dans la zone habituellement fréquentée par les plongeurs dit « classiques » de loisir. Il est bien évident que si nous parlions de plongées techniques engagées Trimix hypoxiques avec des “run time” bien particuliers, des procédures de réchappe différentes, un refus de la mixité des palanquées me semblerait plus que normal. Mais nous parlons juste du plongeur loisir qui utilise un recycleur CE aux normes en vigueur, il est en règle avec le code du sport.

Le même plongeur recycleur certifié Diluant Air avec sa carte de certification reconnue sur le territoire Français ( 0-45 m), celui qui arrive dans un centre de plongée afin de faire la sortie du jour, et à qui l’on répond :

« Désolé, mais vous êtes seul ? On ne peut pas vous mettre avec d’autres, donc nous ne vous acceptons pas ce jour, revenez avec un binôme en recycleur lui aussi. » 

Il y a quelques temps, ce plongeur cherchait effectivement un binôme, aujourd’hui, il cherche un autre centre…

Constat du développement actuel sur nos côtes Méditerranéennes 

Une évidence : Le nombre de plongeurs et de plongeuses loisirs en recycleur ne cesse de croitre. En dehors de nos frontières, nous ne trouvons aucune difficulté à être accueillis avec le sourire, comme un client classique pourrait l’être. Pour être l’organisateur de Trips Recycleurs dans le monde entier 6 à 8 fois par an, j’en ai la preuve à chaque fois.

De plus en plus de centres étrangers sont équipés correctement pour fournir la matière première nécessaire à ces plongeurs, à savoir de la chaux, de l’oxygène et bien souvent ils disposent d’hélium. 

En France quelques réseaux spécialisés sur ce type de plongée ont vu le jour il y a quelque temps, comme le réseau HSDC (Hippoconsulting Submatix Dive Center) pionnier en la matière, qui regroupe des centres français et étrangers où l’accueil et la fourniture de consommables sont assurés. 

Italie, Espagne, Grèce, Egypte, Suisse, Soudan, Mayotte, Philippines, Sultanat d’Oman, Ecosse, Guadeloupe, Polynésie …..   Tout y est plus facile qu’en métropole. Pourquoi ? A une heure maximum de la France, si vous partez du Var,  vous arrivez en Italie,  et là, vous avez l’impression d’être dans un autre monde. Le chef de centre trouve normal que vous ayez un recycleur, il vous demande si vous avez vos “Bail out ou si vous en voulez et avec quels gaz ? La station multi-mélanges et là. Vous donnez votre “Run time” que vous avez imprimé, sans que l’on trouve cela bizarre. Et pour finir on vous demande les gaz dont vous avez besoin au pendeur pour la sécu. Le tout, majoritairement avec le sourire, et pour un tarif plus que raisonnable. 

Ce n’est pas spécifique à l’Italie. C’est très fréquent à l’étranger. Vous faites 3H dans l’autre sens et vous arrivez en Espagne, même constat.

Alors quel est le problème en France ? 

Bref dans des conditions comme celle que l’on trouve en Italie par exemple, pas trop de soucis pour faire des palanquées homogènes dans ces centres afin de regrouper des recycleux ensemble. Et surtout aucun état d’âme à ce sujet, et tout se passe manifestement sans incident ni problème quelconque. Et il ne s’agit pas de faire n’importe quoi, n’importe comment. Changer de politique vis à vis de cette pratique devient urgent.

Si la France veut continuer d’être économiquement dans le coup, il va bien falloir accueillir ou plutôt arrêter de rejeter ces plongeurs avec leur drôle de machine ! 

Alors pourquoi est ce différent en France ? Certains centres (on les compte sur les doigts d’une main)  ont compris et organisent  les matins assez tôt une rotation pour faire une plongée autonome un peu plus longue que les autres avec ces recycleux. Mais cela reste exceptionnel. C’est sympa et cela ne perturbe pas le déroulement de la journée ensuite. Mais souvent ces recycleux s’en souviennent et bien souvent réapparaissent en saison morte.

Peut être un problème de Sécurité ? 

Le directeur de Plongée rencontre t’il plus de soucis, ou de difficultés lorsqu’il a un plongeur recycleur à bord ? 

Oui, s’il s’agit d’une palanquée faite exclusivement de plongeurs sans bulle, car il est très difficile de les repérer de la surface, et dans ce cas là, un respect impératif du “Run Time”  est demandé aux plongeurs. Mais dans le cas ou ce plongeur est intégré à une planquée qui elle, fait majoritairement des bulles, aucun problème au contraire. Oui, au contraire car le ou les plongeurs recycleurs sont équipés de Blocs complémentaires, dits “Bail out” et peuvent si besoin s’alimenter en circuit ouvert et être autonomes, mais alimenter aussi un des partenaires de la planquée qui pourrait tomber en panne d’air. Donc on sécurise à ce moment là, l’ensemble des plongeurs. 

Quels pourraient être les soucis rencontrés lors d’un mixage de palanquée lors de la plongée en elle-même ? 

Prenons le cas le plus important : Que peut faire un plongeur en circuit ouvert si un de ses binômes en recycleur vient à avoir un souci. ?

Pour tout ce qui est courant, la réaction à avoir va être exactement la même que ce que vous avez tous appris lors de votre formation conventionnelle. Sauf qu’en utilisant un recycleur correctement, vous n’aurez jamais de Narcose, ni de panne d’air, d’essoufflement, moins de palier que les autres plongeurs en circuit ouvert. 

Si vous vous perdez avec un binôme en recycleur, ce n’est pas lui qui va avoir un problème d’autonomie,  ni lui qui va voir ses paliers grimper à la vitesse grand V… Et cette liste des avantages à mixer les palanquées, n’est pas exhaustive, amis ce n’est pas le sujet, juste une remarque.

Donc reste les accidents  chimiques spécifiques à cette pratique. Hypercapnie, hyperoxie, hypoxie, chaux noyée, perte de connaissance. 

Qu’elle réaction à avoir de la part d’un binôme en circuit ouvert ? 

Un plongeur recycleur est généralement équipé d’un “Bail Out” (comme expliqué ci-dessus) qui est toujours ouvert pendant la plongée, et qui permet à tous moments de respirer un gaz fiable. En théorie, il suffit donc de prendre ce détendeur, de lui mettre en bouche et de commencer une remontée, comme vous l’avez fait lors de vos diverses formations. Je dis en théorie, non pas parce qu’il s’agit de recycleur, mais que la gestion des interventions sous marine, est souvent bien personnelle. Je désire juste souligner que la façon de réagir, va être la même qu’en circuit ouvert. Evidement si il s’agit d’une hyperoxie, il faut suivre la même procédure qu’avec une assistance classique et attendre le bon moment pour faire la remontée. 

La différence (Technique) avec une assistance ou un sauvetage classique ?   

Les volumes, principalement les volumes. Le recycleur possède des « faux » poumons avec des volumes allant jusqu’à 10 Litres, cela peut agir comme un gilet stabilisateur,  il y a bien des purges qui sont principalement sur le sac expiratoire, mais pas assez efficaces pour tout évacuer, tout comme sur votre gilet ou votre vêtement étanche. Il faudra donc purger la boucle, si vous ne voulez pas « percer » avec votre assisté. 

Malheureusement, bien que bon nombre de  jurys présents aux examens (Guide de palanquées, Monitorats) et autres formations techniques de plongeurs et de moniteurs  utilisent des régulièrement des recycleurs dans leur vie courante, une grande majorité refusent ou ne peuvent pas les utiliser lors de ces formations. De peur de perturber les candidats. Alors qu’à mon sens, il faut les former et sensibiliser à ce type d’intervention. Car cela signifie que ces candidats à une future direction de palanquée n’auront pas appris comment on peut assister ce genre de plongeur, et ne le retransmettrons pas, et que si un jour, ils se trouvent dans ce cas, ils n’auront aucune donnée pour agir et réagir correctement. 

Pourquoi ne pas instaurer lors ce que c’est possible, une introduction théorique à cette pratique, avec une présentation de matériel, suivi d’un essai sous-marin. Certains organismes le proposent, mais cela reste beaucoup trop sporadique.

Démocratiser cette pratique et la présenter comme quelques choses que ces futurs candidats à la direction de plongée peuvent être amené à gérer. Il faut par l’intermédiaire de ces formations, présenter et expliquer cette pratique de la plongée. Cela n’est plus du tout une pratique confidentielle. De cette façon, les directeurs de Plongée pourront accueillir sereinement cette pratique qui n’est nouvelle que pour eux. De même lors du cursus de  guides de palanquée et pourquoi pas lors des formations niveaux 2 et 3, une présentation de ces machines toujours dans l’objectif de démocratiser, et d’expliquer. Par contre il faut insérer obligatoirement un module sur ce type de pratique dans les formations mélanges. 

Un plongeur recycleur, n’est pas forcement un plongeur profond, un plongeur recycleur ne part pas systématiquement pour des plongées de deux heures. Il peut faire exactement la même plongée que d’autres plongeurs en circuit ouvert. C’est en respectant aussi cela que les plongeurs en recycleur seront acceptés. C’est indispensable qu’il y ait un respect mutuel. 

Le plongeur recycleur est  aussi dans la majorité des cas, une personne capable de respecter les paramètres qu’un directeur de plongée impose en terme de temps et de profondeur. En tout cas, c’est souvent des plongeurs respectueux de ces deux paramètres, car les respecter c’est le seul moyen pour la sécurité surface de mettre en place une action rapide en cas de besoin. De plus, il y a quelques incohérences entre cursus de formation et demande d’heure de pratique. On demande à des plongeurs recycleurs de faire des heures de pratique avant de passer au niveau supérieur, et aussi pour mécaniser des procédures avec leur matériel.

Par contre, la plupart du temps, on ne les autorise pas à le faire dans le cadre de leur encadrement ni des formations qu’ils prodiguent. Ces personnes sont souvent des moniteurs bénévoles au sein de structures associatives et c’est aussi souvent là qu’ils font le plus d’heures de pratique. Il ne leur reste donc que deux solutions :

1°) Rester avec leur Bi-12 sur le dos et continuer à faire des formations

2°) Ne plus former, quitter et déserter le club ou ils intervenaient et pratiquer leur passion avec leur  matériel là ou ils sont acceptés. 

Si il y a quelques temps, c’était la solution numéro un qui l’emportait, il y a actuellement une nette tendance pour la deuxième. Etant « plongé » journellement devant ces diverses réactions, et écoutes de problématique d’accueil en France de cette pratique, je ne peux que constater cette fuite vers l’étranger. Surtout depuis qu’un organisme comme PADI s’est lancé dans cette pratique et y a mis les moyens, il faut s’accrocher au risque de perdre une bonne partie de pratiquants. Me trouvant très souvent à l’étranger, la différence d’accueil, de pratique, de démocratisation du recycleur est vraiment importante. Il est grand temps que les chefs de centres et autre directeurs de plongée se forment et s’informent à propos de cette pratique. 

L’auteur de cet article, Jean-François André, est aussi l’auteur de l’un des meilleurs livres qui existent sur la plongée aux recycleurs. 288 pages richement illustrées de photos et de schémas, agrémentées d’exemples et d’exercices à réaliser, un livre incontournable pour tout connaître de ces appareils qui sont en train de révolutionner la pratique de la plongée. Il s’adresse aussi bien aux débutants désirant s’informer sur le fonctionnement de ces appareils, qu’aux plongeurs plus avancés désireux de s’informer sur la physique et la physiologie , la planification des plongées, la définition, l’utilisation simple des “gradients factors”… Le tout illustré et agrémenté d’exemples de cas vécus avec leur analyse. Le livre «Recycleurs, de l’initiation à la Maitrise » est disponible en ligne à l’adresse :  https://hippoconsulting.fr/shop/

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