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Propos de Patrick Louisy (association Peau-Bleue) interrogé par Paul Poivert

La plupart des plongeurs (/ses) connaissent Patrick Louisy pour ses livres, ses articles, ses actions éducatives ou scientifiques dans le monde de la plongée…  Ce chercheur passionné organise en octobre 2019, avec l’association scientifique et naturaliste Peau-Bleue, une mission d’étude – ouverte aux plongeurs amateurs– pour étudier les poissons du lac Tanganyika. De quoi titiller la curiosité de plongee-infos.com ! Interview…

Géant de la famille des Cichlidés, le Kue (Boulengerochromis microlepis) surveille et protège ses alevins jusqu’à ce qu’ils soient autonomes. © Patrick Louisy / Peau-Bleue

Plongée Infos : Tout d’abord, Patrick, une question que beaucoup se posent sans doute : pourquoi le lac Tanganyika ?

Patrick Louisy : Le Tanganyika est l’un des plus grands et plus profonds lacs du monde, une véritable mer intérieure ! Et l’on y trouve des centaines d’espèces de poissons endémiques, qui n’existent nulle part ailleurs. Rien à voir avec les lacs de chez nous : c’est à la fois extraordinairement dépaysant et très riche. A Kipili par exemple, on peut compter plus de 60 espèces différentes sur chacun des sites où nous plongerons.

Le lac Tanganyika est aussi un véritable laboratoire naturel de l’évolution, un lieu où l’on peut constater aujourd’hui, « en direct », les processus de sélection naturelle. C’est ce qui en fait un formidable terrain d’études scientifiques !

Le littoral rocheux du lac Tanganyika : comme un bord de mer aux eaux limpides. © Patrick Louisy / Peau-Bleue

PI – Justement, quel est le principe de cette mission d’étude ? En quoi le plongeur amateur est-il concerné ? 

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PL – Le principe général de nos missions est de faire découvrir à des plongeurs amateurs une approche scientifique en plongée, et surtout le plaisir de regarder pour comprendre, de créer du savoir par ses propres observations.

Pas besoin de connaissances préalables, la bonne volonté et la passion suffisent ! Durant les premiers jours, on apprivoise le sujet (familiarisation avec les habitats, identification des espèces, découverte des méthodes d’observation…). Puis on s’y met, et l’on s’aperçoit qu’on y arrive, que c’est même excitant…

La plongée scientifique à portée des plongeurs amateurs !

Et le sujet, dans le lac Tanganyika, c’est la diversité des poissons. Nous allons étudier la manière dont des dizaines d’espèces se partagent les ressources de l’environnement, comment elles se répartissent dans les divers types d’habitats. Le plus remarquable, c’est que la plupart de ces espèces, aux allures incroyablement diverses, appartiennent à une même famille, les Cichlidés.

Deux Cichlidés végétariens, Cyathopharynx foaeet Tropheus brichardi(juvénile). © Patrick Louisy / Peau-Bleue

PI – Et qu’ont-ils de si spécial, ces poissons ?

PL – Les deux tiers des poissons du lac Tanganyika sont des Cichlidés. Et il est fascinant d’observer comment l’évolution a créé, dans cet ensemble de proches cousins, des types morphologiques incroyablement variés dont beaucoup évoquent des poissons marins !

Outre leur diversité, les Cichlidés du Tanganyika se distinguent par leurs comportements et modes de reproduction évolués, les parents prenant un soin jaloux de leurs œufs et alevins, qui peut aller jusqu’à les incuber dans la bouche.

Si l’on ajoute que certains s’ornent de couleurs éclatantes et que chaque population locale de chaque espèce peut arborer une coloration qui lui est propre, on comprend que nombre d’aquariophiles se passionnent pour ces poissons remarquables. Et pour un aquariophile-plongeur, plonger dans le Tanganyika, c’est un rêve éveillé !

Deux Cichlidés carnivores, Cyphotilapia gibberosaet Neolamprologus sexfasciatus. © Patrick Louisy / Peau-Bleue

PI – Quelques détails pratiques : Où et quand la mission doit-elle se dérouler ? Qui peut y participer ?

PL – La mission aura lieu près de Kipili, dans le sud du lac Tanganyika, en Tanzanie. Elle se déroulera sur 3 semaines, du 12 octobre au 2 novembre 2019, mais en deux parties : les plongeurs peuvent choisir de participer à la première partie (12-25 oct.), à la deuxième (22 oct. – 2 nov.), ou bien à la totalité du séjour.

Ouvert aux plongeurs de niveau 2 et aux randonneurs palmés (PMT)

Ce voyage est ouvert aux plongeurs autonomes (niveau 2 ou équivalent) ayant une bonne pratique en milieu naturel, mais aussi à des randonneurs palmés (PMT) expérimentés. Pas besoin d’une expérience particulière en biologie ; l’important, c’est l’envie de découvrir !

Les amas de coquilles vides constituent un habitat particulier auquel certains Cichlidés se sont spécifiquement adaptés. © Patrick Louisy / Peau-Bleue

PI – Est-il encore possible de s’inscrire ?

PL – Oui. Il reste deux places pour la première partie, 6 ou 7 pour la seconde. Quelques nouveaux volontaires seraient  d’ailleurs bienvenus, pour l’équilibre financier de la mission bien sûr, mais surtout pour qu’il y ait suffisamment d’observateurs pour mener à bien l’étude prévue.

Effrayés, ces alevins d’Haplotaxodon microlepisde précipitent à l’abri dans la gueule d’un de leurs parents. © Patrick Louisy / Peau-Bleue

PI – Côté prix, la grande aventure, ça se mérite… Alors on casse sa tirelire ?

PL – C’est vrai, partir plonger dans le lac Tanganyika, dans des conditions correctes de voyage, d’hébergement et de sécurité, cela a un coût. C’est en quelque sorte un double voyage : une fois arrivé à Dar es Salaam, il faut encore parcourir 1300 km, dont plus d’un tiers en 4×4, pour atteindre les confins perdus de l’Afrique de l’Est.

Pour cette grande aventure, Patrick a besoin de VOUS !

D’une certaine manière, c’est aussi lointain, aussi compliqué que la Polynésie ou Raja Ampat ! Mais ça revient quand même 20 à 30 % moins cher à durée équivalente. Et surtout, c’est une destination quasi inconnue : personne d’autre ne vous y emmène ! Ce voyage est donc une occasion unique de découvrir une nature rare et singulière, dans un lieu hors du monde. Et puis il y a l’excitation grisante de l’aventure scientifique, l’émulation du travail en équipe… Pour certains, ce sera la découverte d’une vie !

Dans le lac Tanganyika, il y a même des éponges ! Julidochromis marksmithidans une faille. © Patrick Louisy / Peau-Bleue

Pour en savoir plus

Descriptif téléchargeable sur http://www.peaubleue.org/prochains-voyages-BSM,95,4,fr,f1.html

Compte-rendu photos de la mission précédente : www.peaubleue.org/2015-Mission-Tanganyika,230,4,fr,f1.html

Articles dans le n° 19 du magazine PLONGEZ! (janvier 2019) et le n° 134 de L’Aquarium à la Maison (juillet 2019).

Et des nouvelles de Peau-Bleue sur https://www.facebook.com/assopeaubleue/

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