Chaque jour, une épave : 2 avril 1863, L’USS Alligator, premier sous-marin de l’US Navy

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Chaque jour, découvrez dans www.plongee-infos.com l’histoire d’une épave, coulée à la même date par le passé, quelque part près des côtes françaises ou ailleurs dans le monde, déjà explorée… ou pas ! Vous retrouverez ainsi quotidiennement un nouveau site, pour vous confectionner une collection passionnante pour vos futures plongées ou simplement pour explorer… l’Histoire!

Les occasions d’aller plonger au-delà de notre horizon ne manquent pas. Les épaves ne se cantonnent pas aux côtes françaises ou européennes, mais hantent les fonds marins de la planète entière. Rendons-nous outre-Atlantique, chez nos amis yankees, pour nous lancer avec eux dans la plus formidable chasse à l’épave du continent américain.

L’Alligator, 1er sous-marin de la Navy américaine, conçu par un Français.

Peu après le début de la guerre civile américaine, les marines du nord et du sud se sont tournées vers une nouvelle arme que venait tout juste de prendre forme : les sous-marins. Pour les confédérés, c’était un moyen de briser le blocus de l’Union; aux unionistes, un moyen de détruire les obstacles sous-marins qui empêchaient leurs attaques de la mer sur les ports par lesquels les approvisionnements vitaux arrivaient de l’Europe pour armer les rebelles. Les sous-marins, ainsi que les mines sous-marines, étaient considérés comme des «machines infernales», c’est-à-dire des moyens non-conventionnels, sinon illégaux, de faire la guerre. En raison de la nature secrète de cette première «guerre sous les vagues», les exploits de ces premiers sous-mariniers sont peu connus. On donne souvent le CSS Hunley comme étant le premier sous-marin de l’histoire des Etats-Unis. Mais celui-ci, lancé en juillet 1863 par les forces confédérées (sudistes) avait été précédé par l’USS Alligator, des forces de l’Union, deux ans plus tôt.

Imaginez-vous vivant à Philadelphie en 1861, pendant les premiers jours de la guerre civile et témoin de cet étrange événement : la police du port a capturé un engin en forme de cigare, partiellement submergé, de 9 mètres de long, qui descendait lentement la rivière Delaware. Cette «machine infernale», était la création d’un inventeur français (cocorico !), Brutus De Villeroi, autoproclamé «Natural Genius» (au demeurant, très modeste… -NDLR), qui construisit le sous-marin pour sauver l’épave du navire DeBraak de 1798. Prenant des mesures immédiates pour protéger la sécurité de ses citoyens en temps de guerre, la police de Philadelphie a saisi le sous-marin. Pendant ce temps, la Navy Yard locale, répondant à l’appel de l’administration Lincoln, cherchait un avantage technologique pour combattre la Confédération. Impressionnés par ce qu’ils ont vu, l’incident de Philadelphie de 1861 les a convaincus d’investir dans un sous-marin sur le modèle de celui de De Villeroi. Ce serait donc le premier sous-marin de l’US Navy.

En haut, l’Alligator dans sa première version, avec les rames repliables. Ci-dessus, coupe du sous-marin dans sa deuxième version, avec les manivelles actionnant l’hélice.

Construit pour contrer la menace des cuirassés confédérés, ce sous-marin de 15 mètres de long sur 1,4 mètre de large et 1,85 mètre de hauteur, de couleur verte et propulsé par des aviron repliables, était un navire pas comme les autres. Son équipage comprenait 18 hommes, dont 16 rameurs, le capitaine et un plongeur. Car parmi ses caractéristiques les plus notables se trouvait un sas conçu pour permettre à un plongeur de sortir du navire lorsqu’il était submergé et de placer une charge explosive sur un navire ennemi.

La conception de l’Alligator comprenait également un système de purification de l’air qui alimentait le submersible par une pompe et deux tuyaux maintenus en surface par des flotteurs, pour le débarrasser du dioxyde de carbone produit par la respiration de l’équipage. Aucun autre sous-marin de la guerre civile n’avait un tel système.

L’évolution des aménagements de l’Alligator, d’abord équipé de rames repliables, remplacées par l’hélice actionnée par des manivelles. la vitesse passa ainsi de 2 à 4 nœuds.
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À cette époque, le nouveau sous-marin a acquis son nom, non pas lors d’une cérémonie officielle, mais d’après le commentaire d’un journaliste qui comparait l’aspect du sous-marin en forme de fuseau, peint en vert, propulsée par des paires de rames(comme des pattes), à un alligator. Bien que non reconnu par la Marine, le nouveau nom est resté.

Après son lancement au chantier naval de Philadelphie en 1862, l’Alligator a été chargé de détruire des ponts traversant la rivière Appomattox et de dégager des obstacles dans la rivière James en Virginie. Mais l’Alligator n’aurait jamais la chance de faire ses preuves au combat. Après l’arrivée dans la zone de combat, les eaux de James et Appomattox se sont avérées trop peu profondes pour permettre au sous-marin de s’immerger. L’Alligator était aussi moins maniable que prévu.

Les essais de l’Alligator

Craignant qu’il puisse être capturé par la Confédération, l’Alligator a été retiré et remorqué à la Navy Yard à Washington, où il a été réaménagé avec une hélice à vis à manivelle. Cette amélioration technique consistait à remplacer les 8 paires de rames par autant de manivelles qui actionnaient, par un système de renvoi, une hélice et permettait (théoriquement) au submersible d’atteindre la vitesse de 4 nœuds. Le président Lincoln lui-même a assisté à une démonstration du navire «amélioré». Après avoir déclaré que l’Alligator était prêt à passer à l’action, l’Alligator a été placé sous le commandement du Maître Samuel Eakins. Cet officier était un plongeur professionnel (qui a travaillé pour le Tsar de Russie dans les années avant la guerre civile, en essayant de sauver les navires russes perdus pendant la guerre de Crimée).

Au début du printemps de 1863, Alligator reçut pour mission de détruire les obstacles sous-marins qui bloquaient les eaux autour de Fort Sumpter dans le port de Charleston. Le contre-amiral Samuel Dupont donna l’ordre d’amener le sous-marin à Charleston, en Caroline du Sud, en mars 1863, pour y forcer les défenses mises en place par les confédérés. Ce serait son voyage fatidique…

Le 2 avril 1863, l’Alligator est abandonné dans la tempête.

À la fin de mars Alligator a commencé le long voyage vers la Caroline du Sud, remorqué par l’USS Sumpter. Leur itinéraire les a menés près du Cap Hatteras, surnommé le “Cimetière de l’Atlantique” qui avait déjà englouti entre autres l’USS Monitor et l’USS Passaic. Le 2 avril 1863, dans une tempête décrite comme l’une des plus violentes jamais expérimentées par le capitaine du Sumpter, alors que les deux navires étaient malmenés par les flots déchaînés, les remorques reliant l’Alligator à son remorqueur ont commencèrent à donner des signes de fatigue. Alors que le petit sous-marin souffrait dans les vagues violentes, se remplissant lentement d’eau par des hublots cassés et des plaques de fer desserrées, la décision fut prise de couper les lignes restantes avant que le sous-marin n’entraîne le Sumpter à sa suite vers les profondeurs. L’Alligator est parti à la dérive en s’enfonçant doucement et a disparu de la vue des hommes sur Sumpter. Ceux-ci détournèrent bientôt leur attention du sous-marin car ils devaient encore se battre pour leur survie contre la tempête. L’attaque de l’amiral DuPont contre le bastion de Charleston a quand même eu lieu trois jours plus tard et a été un échec lamentable.

Le sous-marin n’a jamais été retrouvé et son concepteur, De Villeroi est mort en 1875 sans avoir renouvelé l’expérience de l’Alligator. Mais l’idée a fait son chemin et a été à l’origine de nos sous-marins modernes.

Aujourd’hui, la chasse est lancée pour retrouver l’Alligator. Dans le cadre d’un projet mené par l’Administration Océanique et Atmosphérique Nationale (NOAA), des recherches historiques ainsi que des sondages dans les eaux du cap Hatteras ont été réalisés. Si le sous-marin n’a pas encore été repéré, on a retrouvé les plans originaux dessinés par de Villeroi en 1861. L’alligator lui, continue de dormir non loin de la côte, dans le sud du Cap Hatteras, dans la zone comprise autour des coordonnées : latitude 34° 39’ 677 N et longitude 76° 14’ 867 W. Suite à des calculs avancés en partant de la dernière position relevée au moment où les câbles de remorquage étaient coupés et en tenant compte de la dérive dans la tempête et de la force des courants, les chercheurs ont déterminé un périmètre de recherches où les probabilités de retrouver l’épave sont les plus élevées. Dans cette zone, les fonds sont inférieurs à 100 mètres, donc facilement accessibles à des plongeurs. Les sondages sont faits à l’aide de magnétomètres et de ROV, toute découverte déclenchant alors l’intervention de plongeurs.

La recherche de l’Alligator est digne d’une véritable chasse au trésor dans laquelle les plongeurs jouent un rôle prépondérant. On peut constater que la fièvre de la chasse aux épaves dépasse largement des frontières de l’hexagone et que partout dans le monde, cette activité exalte les passions…

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