Chaque jour, une épave : 18 mars 1907, le Jebba, ses singes et ses perroquets

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Chaque jour, découvrez dans www.plongee-infos.com l’histoire d’une épave, coulée à la même date par le passé, quelque part près des côtes françaises ou ailleurs dans le monde, déjà explorée… ou pas ! Vous retrouverez ainsi quotidiennement un nouveau site, pour vous confectionner une collection passionnante pour vos futures plongées ou simplement pour explorer… l’Histoire!

Le Jebba était un paquebot anglais à vapeur qui assurait les lignes anglaises vers l’Afrique de l’Ouest. Construit en 1896 par les chantiers Raylton Dixon & Co à Middelsbrough en Grande Bretagne, il était destiné à l’origine à son premier armateur, la Compagnie Belge Maritime du Congo, pour laquelle il portait le nom d’Albertville. En 1898, il fut vendu à la compagnie anglaise Elder Dempster Lines, qui le rebaptisa Jebba. Beau paquebot de 107 mètres de long sur 14 mètres de large et 7 mètres de tirant d’eau, il jaugeait 3813 tonnes. Sa machine à vapeur de 3 cylindres à triple expansion lui donnait la vitesse de 12 nœuds sur une seule hélice.

Le Jebba a quitté Las Palmas le 11 mars 1907 à 19 h 30 à destination de Plymouth, sous le commandement du capitaine Mills. Outre ses 76 membres d’équipage, il transportait 79 passagers et une cargaison d’ivoire, de caoutchouc, d’huile de palme, d’ananas, de bananes, d’animaux ainsi que le courrier d’Afrique de l’Ouest à destination de l’Angleterre.

Tout s’est bien passé jusqu’au 17 mars, date à laquelle la position du bateau a été obtenue à midi par relèvement, ainsi qu’à 15 heures. Le phare d’Ouessant était distant d’environ six milles nautiques et demi, comme l’indiquait le relèvement. À ce moment, le cap a été modifié au Nord-Est sur le compas, qui accusait une déviation de 1° vers l’Ouest et le journal de bord a été mis à jour. Le capitaine a déclaré que ce nouveau cap devait le conduire à 9 milles à l’Est du phare d’Eddystone, et il s’attendait à repérer la lumière de ce phare vers minuit et demi. Le vent était faible et avait laissé la place à un temps très brumeux.

A 23h45, on a lancé la sonde, qui a donné 37 brasses, avec un fond de sable fin. C’était inférieur aux prévisions du capitaine. Celui-ci a conclu que selon ses calculs, le navire avait parcouru près de 97 milles nautiques et qu’il se trouvait à l’entrée de la Manche, comme enregistré sur le journal de bord, mais qu’il avait dû dévier de son cap pour une raison inconnue. Après minuit, le brouillard semble s’être épaissi et cachait les feux de la côte.

Après minuit le 18 mars 1907, deux bateaux à vapeur traversèrent la Manche à quelque distance du Jebba, dont l’un à environ un mille devant lui. Le second n’était pas visible, et seul son sifflet à vapeur a été entendu. A 0h45, la corne de brume du Jebba commença à raisonner à intervalles réguliers et le transmetteur d’ordres de la salle des machines fut placé sur la position “Stand by”, mais le navire a continué à pleine vitesse jusqu’à 0h55, heure à partir de laquelle seulement le moteur a été placé à mi-vitesse. À ce moment-là, le journal de bord a été annoté d’un parcours de 106 milles, et une nouvelle sonde a donné seulement 11 brasses. Le capitaine donna aussitôt l’ordre de mettre la barre à droite toute et envoya l’ordre à la salle des machines de ralentir. Quelque temps après, alors que le Jebba, selon les calculs du capitaine, devait avoir dépassé la pointe de l’Eddystone, des brisants ont été signalés à l’avant. Les moteurs furent mis en arrière toute pour arrêter le bateau, mais avant que cette manœuvre ait eu un effet, le navire a heurté les rochers et est resté échoué au pied des falaises escarpées de Whitchurch, près de Plymouth.

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Le paquebot a immédiatement commencé à prendre l’eau dans ses cales éventrées et après avoir envoyé des fusées de détresse, le capitaine a ordonné que tous les feux de la chaudière soient éteints et la pression purgée afin d’éviter le risque d’explosion. Comme ils étaient au bord des rochers, les vagues commençaient à se briser sur les ponts du paquebot, mais au lieu de provoquer la panique à laquelle on s’attendrait en pareille situation, les passagers et l’équipage restaient exceptionnellement calmes et allaient consciencieusement à leurs postes de sauvetage pour attendre les ordres du capitaine.

Très vite, le canot de sauvetage de Hope Cove, la localité voisine qui se trouvait tout près, est arrivé mais il ne pouvait pas se faufiler dans l’espace relativement protégé entre le Jebba et le rivage et il était trop dangereux d’essayer de transborder les gens du Jebba vers le canot du côté exposé au large, à cause des vagues qui venaient se briser contre la coque. Il fallait donc trouver rapidement une solution pour récupérer les 155 personnes du paquebot sans risque, avant que celui-ci ne sombre.

La solution est venue de deux hommes du village voisin, Isaac Jarvis et John Argeat, qui descendirent les falaises de plus de 60 mètres de haut dans l’obscurité complète pour venir se positionner juste à hauteur du paquebot échoué. On leur envoya alors des amarres à l’aide du lance-amarre du bateau. Ils purent ainsi établir un pont de cordages et installer une « chaise à bosco » qui sert habituellement au transbordement de marins entre deux bateaux ou entre un bateau et un phare pour la relève des gardiens. C’est par cette chaise suspendue à un cordage qu’ils réussirent à évacuer la totalité des passagers et de l’équipage du paquebot condamné. Cet acte de bravoure a tellement impressionné les autorités que les sauveteurs se sont vus décerner la médaille de bronze de la Chambre, par le Roi Edouard VII lui-même.

Tous les passagers du Jebba ont été sauvés, mais pas seulement : même les sacs de courrier ont été récupérés et le paquebot transportait dans ses cales des singes. Ceux-ci ont pu être extraits du bateau et ont été transbordés, eux aussi, sur la côte en sécurité. Quant aux derniers « passagers » du navire, leur sauvetage fut plus facile : il suffit de leur ouvrir les portes de leurs cages et des dizaines de perroquets se sont envolés. Dans les jours qui suivirent, de nombreux habitants des environs eurent la surprise de trouver perchés près de leur maison, ces étranges oiseaux aux couleurs vives, plutôt inhabituels dans cette région… Par la suite le courrier extrait du Jebba fut estampillé d’un tampon spécial « Salved from SS Jebba » (Sauvé du SS Jebba), pour le plus grand bonheur des collectionneurs.

Peu de temps après le sauvetage, le Jebba s’est finalement rempli d’eau et, bien que la plus grande partie de la cargaison ait été récupérée, le paquebot quant à lui était perdu. Ce n’était pas la première victime de la pointe du « Bolt Tail », comme les locaux nomment cet endroit, et ce ne serait pas la dernière…

Aujourd’hui le Jebba repose toujours sous une dizaine de mètres d’eau à Hope Cove, au pied de la pointe du Bolt Tail, à 3 milles nautiques à l’Ouest de l’entrée de la baie de Salcombe, aux coordonnées : latitude 50° 14’ 102 N ; longitude : 3° 51’ 820 W.

Des éléments de coque ainsi que la chaudière sont bien reconnaissables, posés dans une zone rocheuse percée de grottes et couverte d’une belle parure de varech. Vue la faible profondeur et la force des coups de mer dans cette zone, le Jebba est en grande partie détruit et ses restes sont répandus sur le fond, entre les rochers. On trouve la poupe et son gouvernail coincés entre deux pointes rocheuses qui émergent et de nombreux objets parsèment le fond, pièces métalliques en acier ou en laiton, vaisselle, pièces diverses. Un site très apprécié des plongeurs anglais.

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