Chaque jour, une épave : 30 mai 1940, Le torpilleur Bourrasque, près de Dunkerque

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Chaque jour, découvrez dans www.plongee-infos.com l’histoire d’une épave, coulée à la même date par le passé, quelque part près des côtes françaises ou ailleurs dans le monde, déjà explorée… ou pas ! Vous retrouverez ainsi quotidiennement un nouveau site, pour vous confectionner une collection passionnante pour vos futures plongées ou simplement pour explorer… l’Histoire!

Le contre-torpilleur Bourrasque était un bâtiment à vapeur de la Marine Nationale Française, construit en 1925 aux Ateliers et Chantiers de France, à Dunkerque. Jaugeant 1458 tonnes pour une longueur de 106 mètres sur 9 mètres de large et 4,3 mètres de tirant d’eau, il était équipé de 2 turbines à vapeur de 33 000 cv alimentées par 3 chaudières, lui donnant une vitesse de 33 nœuds. Son armement était composé 4 canons de 130 mm, 2 canons de 37 mm, 4 mitrailleuses anti-aériennes de 12,7 mm et 6 tubes lance-torpilles de 550 mm.

Le Bourrasque, commandé par le Capitaine de Frégate Fouque, a été utilisé en mai 1940 lors de l’évacuation de Dunquerque (événement dramatique du début de la Seconde Guerre mondiale qui a récemment fait l’objet d’un film au cinéma). L’évacuation de Dunkerque, communément appelée le miracle de Dunkerque, ou sous le nom de code opération Dynamo par les Britanniques, consistait à évacuer des soldats alliés des plages et du port de Dunkerque, en France, entre le 26 mai et les premières heures du 3 juin 1940, après que ces troupes britanniques, françaises et belges ont été coupées de leurs arrières par l’armée allemande pendant la bataille de Dunkerque.

Le jeudi 30 mai 1940, Dunkerque ne formait plus qu’un amas de ruines. L’évacuation était entreprise depuis quelques jours. De nombreux soldats attendaient encore, venus d’un peu partout. Une troupe de marins se dirigeait vers la gare maritime, sous un violent bombardement, ne connaissant pas les terribles heures qui l’attendaient et qui furent, pour la majorité de ces hommes, les dernières de leur vie. En effet, ce groupe de marins était désigné pour embarquer sur les torpilleurs Bourrasque et Branlebas.

A 15h30, les deux torpilleurs entrèrent au port et accostèrent au quai de la gare maritime. Les opérations d’embarquement furent menées dans l’ordre le plus parfait en à peine une demi-heure, sans bousculade.

Une demi-heure plus tard, 8 à 900 personnes se trouvaient à bord : 100 hommes d’équipage, des fantassins, des artilleurs, des aviateurs, environ 25 civils, 3 à 400 rescapés. La moindre coursive est occupée et les officiers de bord éprouvaient beaucoup de difficultés pour faire dégager les engins de grenadage à sous-marins, les mitrailleuses anti-aériennes et les canons qui constituaient pour les passagers autant de sièges improvisés.

Le départ eut lieu vers 16 heures et le commandant reçut l’ordre de rallier Cherbourg par la passe Est, celle de l’ouest étant truffée de mines. Le navire emprunta donc la passe de Zuydcoote, la rade de Nieuport, la passe de West-Hinder. Le Bourrasque partit le premier suivi du Branlebas.

Le torpilleur filait 25 noeuds et la côte disparut rapidement aux yeux des marins. A bord l’angoisse laissait progressivement la place à un certain soulagement. Tout à coup, vers 17h45 une explosion retentit suivie d’une gerbe d’eau au milieu du navire à hauteur des machines. Le bâtiment venait d’être la cible des batteries d’artilleries de la côte. Le bruit courut qu’il y avait de nombreux tués sur le pont et dans les machines. Malgré les exhortations au calme lancées par les officiers, tout le monde se rendit vite compte que le navire coulait rapidement. De la vapeur s’échappait de partout. Le gouvernail bloqué, le navire ne répondait plus.

Le navire prenait de plus en plus de gîte sur bâbord. Instinctivement, tous les hommes se portèrent sur tribord pour essayer de faire balancier. Il n’y avait même pas de panique, plutôt une certaine résignation chez ces soldats qui, un instant, s’étaient crus sortis d’affaire.

Quand l’arrière du bateau arriva au niveau de la surface, une partie des hommes commença à sauter à l’eau. Les marins de l’équipage avaient mis leur gilet, mais il n’y en avait pas suffisamment pour tous les passagers. Des fantassins sautèrent à l’eau avec leur harnachement, mais disparurent immédiatement sous le poids de leur équipement. D’autres prirent le temps de se déshabiller pour être moins encombrés en nageant.

Le Bourrasque s’inclinait de plus en plus sur bâbord. Une baleinière mise à l’eau se retourna. Le nombre des hommes à la mer devint de plus en plus important. Ils nageaient vers le torpilleur Branlebas qui suivait, et qui venait de mettre des embarcations à la mer pour récupérer les rescapés. Mais là aussi, il n’y avait pas assez d’embarcations pour la quantité d’hommes à sauver.

Sur le Bourrasque, la situation devenait périlleuse. Impossible de tenir debout. Les hommes s’accrochaient à tout ce qu’ils trouvaient pour le pas glisser sur le pont incliné. Le navire s’enfonçait lentement avec une partie des hommes encore à l’intérieur. Brusquement, le navire chavira en projetant à l’eau plusieurs centaines d’hommes qui tentaient encore de se maintenir sur la plage avant, agrippés les uns aux autres.

Le Commandant Fouque se tenait toujours debout sur le flanc tribord de la passerelle. Une soixantaine d’hommes s’agrippaient encore aux rambardes de tribord qui émergeaient mais les grenades sous-marines se mirent alors à exploser, coulant une vedette qui venait d’être mise à l’eau. Le Bourrasque se retourna la quille en l’air, engloutissant dans un remous les nageurs qui n’avaient pas eu le temps de s’écarter.

Le torpilleur Branlebas se porta sur les lieux du naufrage et recueillit de nombreux rescapés, puis s’éloigna vers Douvres. Ce sont plusieurs petites unités, les bateaux de pêche anglais Ut Prosim, Yorkshire Lass et Naïad Errant, qui se chargèrent 2 heures durant, de récupérer le reste des rescapés et les ramenèrent à leur tour vers Douvres. Il y eut près de 500 tués ou disparus.

L’épave du Bourrasque se trouve toujours par 25 mètres de fond, à la frontière entre la France et la Belgique, à 13 milles nautiques dans le nord-nord-est de Dunkerque, aux coordonnées : latitude 51° 14’ 964 N et longitude 02° 33’ 026 E. Elle n’a été identifiée qu’en 1984 après la découverte de munitions françaises et surtout par une plaque portant son symbole (tête de sanglier).

L’épave est en partie ensablée, mais l’avant et les machines sont bien apparentes. Il est quand même possible d’effectuer une belle plongée sur ces restes, pourvu que l’on plonge bien à l’étale pour éviter un trop fort courant.

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