Chaque jour, une épave : 2 juin 1944, l’Alice Robert, dit le “Bananier” à Port-Vendres

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Photo Yvan Chocoloff
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Chaque jour, découvrez dans www.plongee-infos.com l’histoire d’une épave, coulée à la même date par le passé, quelque part près des côtes françaises ou ailleurs dans le monde, déjà explorée… ou pas ! Vous retrouverez ainsi quotidiennement un nouveau site, pour vous confectionner une collection passionnante pour vos futures plongées ou simplement pour explorer… l’Histoire!

L’Alice Robert au chantier (le nom a été rajouté…)

L’Alice Robert dit « le Bananier » est l’épave au pouvoir évocateur le plus fort de la Côte Vermeille et l’une des plus belles de la Méditerranée. Cargo fruitier à deux ponts construit en 1934 aux chantiers Nakskov Skibsvaerft à Nakskov (Danemark), l’Alice Robert appartenait à la Compagnie Franco-Coloniale de Navigation, dont le siège était à Nantes.

Jaugeant 2588 tonnes, le navire mesurait 95 mètres de long sur 14 mètres de large et 5,5 mètres de tirant d’eau. Sa machine à vapeur de 1900 cv de 2 cylindres compound alimentée par 2 chaudières, lui donnait une vitesse de 16 nœuds sur une hélice.

Conçu pour le transport de fruits entre les pays africains et l’Europe (d’où son surnom de « Bananier »), il disposait de 4 cales isolées et réfrigérées. La coque était conçue pour gagner en vitesse et peinte en blanc pour limiter la chaleur provoquée par le soleil en zone tropicale, de façon à conserver les fruits transportés, dans les meilleures conditions.

Pendant 5 ans, l’Alice Robert assura le transport rapide des fruits et matières périssables des colonies françaises, notamment Konakry et Dakar, vers Bordeaux et Nantes. En octobre 1939, quand éclata la Seconde Guerre mondiale, toute la flotte de commerce française a été réquisitionnée et l’Alice Robert faisait partie du lot. Il relevait désormais de la Société Maritime Nationale, pouvant le requérir à tout moment au service de l’Etat. L’Alice Robert se rendit alors à Saint-Nazaire où il fut transformé en patrouilleur auxiliaire ; il reçut deux canons de 90 mm qui ne devaient servir qu’en cas de prise en chasse par un bâtiment ennemi et prit le matricule P35

Restant affecté aux lignes coloniales, l’Alice Robert continua d’assurer la liaison avec Casablanca et Dakar. Les ports de l’Atlantique étant occupés, il fut basé à Marseille.

l’Alice Robert, devenu le SG-11 au service de la Kriegsmarine
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Le 8 novembre 1942, le débarquement des Alliés en Afrique du Nord donna à Hitler le prétexte pour envahir la zone libre au sud de la France. Le 14 décembre 1942, l’Alice Robert a été réquisitionné par les forces allemandes en vertu des accords Laval-Kaufmann. Cet accord stipulait que l’ensemble de la flotte de commerce française devait passer aux mains du Reich, l’invasion de la zone libre par l’armée allemande ayant rendu inutile la flotte marchande française. Le cargo fut alors transformé en escorteur rapide, renommé SG-11 et armé de 3 canons de 105 mm, 4 canons de 37 mm, 16 canons de 20 mm ainsi que de charges anti sous-marines pour pouvoir lutter efficacement contre l’aviation et les sous-marins alliés. Le mât arrière a été supprimé par la même l’occasion et le bananier a été affecté dès 1943 à la 6e Sicherungsflottille et est basé à Port-Vendres pour assurer des missions d’escorte du trafic maritime allemand en Méditerranée sous le matricule SG-11.

Le sous-marin Ultor

Le 2 juin 1944, l’Alice Robert partait de Port-Vendres avec l’ex-aviso français Amiral-Sénès devenu SG21, pour une surveillance anti-sous-marine. Mais dans les parages rôdait le sous-marin britannique Ultor, commandé par le lieutenant Hunt. Apercevant le convoi dans son périscope, le capitaine anglais confondit la silhouette de l’Alice Robert avec un cargo sous escorte. Un cargo escorté devait certainement transporter une cargaison importante, aussi il décida de l’intercepter. A 8h36, Le submersible Anglais lança 3 torpilles. Sur les 3 torpilles, une toucha l’Alice Robert sur l’arrière bâbord, coupant littéralement la poupe du reste du navire. Le cargo s’enfonçant rapidement, le capitaine allemand donna aussitôt l’ordre d’évacuation. A peine une demi-heure après avoir été touché, le navire sombrait, entraînant avec lui 27 hommes, sur un total de 202 personnes présentes à bord.

Aujourd’hui l’Alice Robert, plus connue par les plongeurs sous son surnom « le Bananier », repose par 46 mètres de fond, entre Port-Vendres et Saint-Cyprien, aux coordonnées : latitude 42° 35’ 360 N et longitude 3° 07’ 580 E. Son mât encore debout remonte à 25 mètres de la surface, mais la grande majorité de la plongée se fait dans la zone des 40 mètres, si l’on ne cherche pas à aller toucher le sable.

Photo Patrice Strazzera

Il règne sur cette épave, encore bien conservée, une ambiance extraordinaire qui en fait l’un des sites de plongée les plus renommés de la côte catalane. Le « Bananier » a fait l’objet de nombreuses publications, illustrées des photos extraordinaires (en noir et blanc) de Patrice Strazzera. elle est une véritable oasis de vie pour la faune sous-marine. La partie principale, depuis la proue jusqu’à la cassure à l’arrière du château, repose à l’horizontale sur le fond de sable ; le mât qui se détache dans le bleu est emblématique de l’épave. La partie cassée de la poupe est située 350 m à l’est de la partie principale.

Retrouvez le récit complet concernant l’Alice Robert, son histoire et son exploration dans notre dossier téléchargeable en PDF entièrement gratuit, sur notre page Téléchargements.

Lien vers la très belle vidéo Vimeo de Catherine Gallo :

Retrouvez l’Alice Robert et les épaves de la côte Catalane dans le livre : “Fortunes de mer et épaves dans le Parc naturel marin du golfe du Lion” paru le 28 avril dernier. Un livre né d’une rencontre entre trois passionnés d’épaves qui ne manquent pas d’expérience en ce domaine. Hervé Levano sort son premier livre “Les épaves de la Côte Vermeille” en 1998. Il en décrit une vingtaine avec précision, ce livre deviendra une référence pour les plongeurs. Cette même année, Patrice Strazzera avec son équipe de plongeurs du SDE sortira “Le sommeil des épaves”, cet ouvrage fait une part belle aux avions et bateaux coulés sur la côte des Pyrénées-Orientales. Un nouveau style photographique est né sous l’œil de Patrice, fait de magnifiques photos en noir et blanc offrant une perspective étonnante sur les épaves photographiées. Par la suite il publiera 5 autres livres pour le plaisir de ses fans. Laurent Urios quant à lui n’est pas en reste, en 2014 il publie avec Sylvain Astrié Les trois vies de l’Alice Robert dit le Bananier. Un livre de 162 pages avec plus d’une centaine d’illustrations, à sa lecture ces épaves n’auront plus de secret pour vous : https://www.plongee-infos.com/?p=3556

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