Chaque jour, une épave : 14 juin 1892, le Petrolea, coulé par la foudre à Blaye

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Le Petrolea était un pétrolier anglais en acier de 2331 tonnes. Il a été construit en 1890 par les chantiers Craig, Taylor & Co, de Stockton-on-Tees en Grande Bretagne, pour le compte de la compagnie Suart Alfred, Petroleum Transport & Storage, de Londres. Sa coque en acier était longue de 89 mètres pour 11 mètres de large et 5,6 mètres de tirant d’eau. Il était propulsé par une machine à vapeur de 3 cylindres à triple expansion sur une hélice, développant 200 cv.

Manœuvré par 19 hommes d’équipage, le Petrolea était chargé de 2000 tonnes de pétrole brut en vrac, qu’il avait chargé à Philadelphia. Le 13 juin 1892, après être entré dans l’estuaire de la Gironde, il était venu s’amarrer sur la rive droite du fleuve, à l’estacade de la raffinerie de pétrole (aujourd’hui remplacée par un entrepôt, près du chemin du Port de Lussac), en amont de la ville de Blaye. Le pétrole était contenu dans 4 compartiments doubles, situés entre le poste de l’équipage à l’avant et la salle des machines. Le déchargement de la cargaison avait commencé dès l’amarrage du navire, depuis la station de pompage à terre. Pendant ce temps, 5 gabarres chargées de charbon venaient se mettre à couple du pétrolier pour compléter son approvisionnement en charbon destiné à sa chaudière.

Vers 2h du matin en cette nuit du 14 juin 1892, alors qu’un orage grondait sur le fleuve, 2 compartiments étaient déjà vidés sur les 4 et le 3e à moitié vide, quand un éclair illumina l’embarcadère. Une explosion se fit aussitôt entendre, bientôt suivie d’une seconde : les deux compartiments vides venaient d’éclater, brisant le navire en 3 morceaux, tandis que le pétrole qui restait encore à bord s’enflammait. Le feu courut le long des tuyaux et dans les secondes qui suivirent, l’estacade s’enflamma à son tour, suivie des 5 gabarres qui avaient reçu des éclaboussures de pétrole enflammé. L’une d’elle coula sous l’effet des explosions, pendant que les quatre autres partaient à la dérive, véritables torches flottantes.

La première hypothèse concernant l’éclair et les explosions, fut que le pétrolier avait été foudroyé par l’orage, la foudre ayant déclenché l’incendie. Par la suite, on se risqua vers une autre explication, beaucoup plus technique, concernant la possible auto-inflammation des gaz accumulés dans les citernes vides qui n’étaient pas suffisamment aérées. Il aura suffi d’une étincelle déclenchée par le choc d’un outil ou bien l’électricité statique…

Les secours s’organisèrent immédiatement, les hommes présents sur le quai de déchargement se précipitèrent, les pompiers de la ville de Blaye furent appelés, un télégramme fut envoyé au préfet de Bordeaux. Le Capitaine du port fit appel à un bateau-pompe et à 2 remorqueurs pour essayer de déplacer les épaves toujours enflammées du débarcadère afin d’éviter que l’incendie se propage aux bâtiments proches et à toute la raffinerie. Il fit aussi dégager tous les navires au mouillage dans la baie, de crainte de voir déferler une nappe enflammée qui pourrait suivre le courant de marée et embraser tout ce qui se trouverait sur son passage.

A 8h du matin, le pont du pétrolier se trouvait juste au niveau de la surface de l’eau, partiellement couvert par la marée. Cela n’empêchait pas le pétrole de continuer à brûler en surface, mais sans se répandre comme on l’avait craint. Les hydrocarbures très épais formaient une pâte compacte qui s’accrochait à l’épave et brûlait sur place. L’embarcadère avait été coupé pour empêcher l’incendie d’atteindre la rive et les gabares incendiées avaient été échouées et leurs incendies maîtrisés. La situation semblait en passe d’être maîtrisée, hormis le fait qu’une cuve et demi de pétrole se trouvaient encore la proie des flammes dans l’épave en grande partie submergée et risquaient toujours d’exploser à leur tour, étant soumises à la très forte chaleur de l’incendie.

L’incendie dura encore 2 jours, l’intensité des flammes augmentant à marée basse et diminuant à marée haute grâce au refroidissement apporté par l’eau, mais sans jamais s’éteinte complètement. Des explosions sourdes se faisaient entendre de temps en temps, répandant de nouvelles nappes de pétrole à la surface qui brûlait toujours sur un rayon d’une centaine de mètres autour de l’épave. Mais par chance, la nappe de pétrole est restée contenue aux abords des lieux du sinistre et n’est pas partie à la dérive dans le courant, auquel cas elle aurait pu menacer directement la ville de Bordeaux à la marée montante.

Cette catastrophe aura fait 22 victimes, dont 17 morts et 5 grièvement blessés. Les 17 morts se répartissaient entre l’équipage du pétrolier avec 11 morts, 3 autres se trouvaient sur la gabarre soufflée par la première explosion, 2 ouvriers de la raffinerie étaient morts en se précipitant sur l’estacade afin de fermer les vannes de pompage, pour empêcher la propagation de l’incendie et avaient été brûlés par la seconde explosion. Enfin un douanier avait lui aussi été tué par l’explosion.

L’épave, brisée en 3 morceaux, a été en partie ferraillée par la suite afin de ne pas gêner la navigation. Les restes se trouvent aujourd’hui un peu en retrait de l’appontement, aux coordonnées : latitude 45° 06’ 466 N et longitude 0° 39’ 311 W, sous quelques mètres d’eau mais très envasés. Retrouver cette épave paraît particulièrement compliqué, au vu de l’épaisseur de la vase, du courant du fleuve et de la complète absence de visibilité…

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