Chaque jour, une épave : 13 décembre 1917, le Paris II

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Chaque jour, découvrez dans www.plongee-infos.com l’histoire d’une épave, coulée à la même date par le passé, quelque part près des côtes françaises ou ailleurs dans le monde, déjà explorée… ou pas ! Vous retrouverez ainsi quotidiennement un nouveau site, pour vous confectionner une collection passionnante pour vos futures plongées ou simplement pour explorer… l’Histoire!

Le Paris II était un bateau de pêche de haute mer, de 55 mètres de long sur 8,5 mètres de large et 5,6 mètres de tirant d’eau, doté d’un moteur à vapeur de 895 cv. Il a été construit en 1913 au chantier Augustin Normand, au Havre, en France, pour le compte de l’armement Lobez, Poret & Cie de Boulogne, puis recruté en 1914 par la Marine Nationale française en Syrie pour être transformé en patrouilleur auxiliaire. Pour remplir sa mission militaire, il fut équipé d’un canon de 10, trois canons de 75 et un canon de 47 anti-aérien.

Le Paris II, accompagné d’un autre navire français, l’ Alexandra, a reçu l’ordre d’arrêter l’approvisionnement en pétrole des Ottomans aux sous-marins allemands pendant la Première Guerre mondiale. Ils naviguaient donc très près des côtes méditerranéennes de Turquie, entre Marmaris et Anamur. Ils étaient basés à Castellorize.

Le 17 décembre 1915, un premier combat d’envergure opposa pendant deux heures, le Paris II, sous le commandement d’un vieux loup de mer, le Lieutenant de Vaisseau Camille Paponnet, à un sous-marin ennemi dans le golfe de Sellum.

Le 13 décembre 1917, lorsqu’ils se sont rendus à Kemer (Avova), l’artillerie turque qui était basée à Cape Avova sous le commandement du capitaine Mustafa Ertugrul a bombardé le navire. Le Paris II a coulé en 25 minutes en recevant au moins 110 bombes. Les survivants ont été sauvés et soignés à Antalya. Certains ont été faits prisonniers, comme le Lieutenant de vaisseau Henri Rollin, qui commandait le bateau.

Le Paris II est l’un des rares bateaux à avoir reçu la Croix de Guerre 1914-1918 et ses officiers et hommes d’équipage ont été autorisés à porter la fourragère.

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Cette bataille fut un véritable acte d’héroïsme de la part des membres de l’équipage du Paris II, qui ont préféré combattre jusqu’à leurs dernières forces et se sacrifier ainsi que leur bateau, plutôt que d’avoir à le livrer à leurs ennemis. Il suffit de lire certains passages des rapports pour imaginer le courage dont ces hommes ont fait preuve :

« Alors qu’il vient de recevoir un obus qui a crevé la coque et mis le feu à la soute à charbon, la fin du bateau étant imminente, de la corne du Paris II, le pavillon français, le minuscule pavillon tout noirci de suie qu’on arbore à la mer, descend, aussitôt remplacé par la grande enseigne des jours de fête, le pavillon tout neuf de 4 mètres de guindant sur 6 de battant. Il est tout de suite troué par une nouvelle salve dont un projectile culbute notre canon de 75 bâbord. Au mât du gaillard d’avant monte alors le guidon (pavillon) vert à croix rouge, celui de la Croix de Guerre. Pour l’honneur !… Deux nouveaux projectiles éclatent, l’un démolit le canon de 75 arrière, tue ou blesse les cannoniers, l’autre anéantit le poste de radio. Ecouteurs aux oreilles, le Quartier Maître T.S.F. Lamier tombe mort. Un projectile frappe le parc à munitions qui flambe. Les hommes s’écartent, poursuivis par les flammes. Le cuistot Bouvier est toujours au travail devant ses fourneaux : « Tout ça n’empêche pas de manger », lance-t-il… Puis il tombe, le flanc crevé par un éclat d’obus… Dans la machine dont le cylindre de moyenne pression vient d’éclater, on entend la voix du Commandant par le tube acoustique : « Que tout saute, mais donnez tout ce que vous pouvez ! ». Mais sous leurs pieds, l’eau monte déjà… Le Paris II est condamné. Il agonise. Le Commandant est blessé, il a reçu un éclat à la mâchoire, un au genou gauche et un autre dans la jambe droite, et il est toujours debout. A ses pieds, l’homme de barre, le matelot Huby, est couché et râle. Le timonier Noret, le bras cassé, a pris sa place, bientôt remplacé par le maître timonier Buino qui, quelques instants plus tard, est lui-même abattu, le crâne ouvert. Cramponné aux rayons de la barre, mort aux trois quarts, il essaie encore de gouverner… Soutenant son bras cassé avec son bras valide, Noret revient et rend compte : « Commandant, un obus a éclaté dans le compartiment du servo-moteur, la barre est bloquée. Tout est en miettes et ça brûle… »

Les projectiles frappent moins dru, mais le bateau commence à piquer du nez. Rien ne peut plus le sauver… Le Commandant se tourne alors vers les survivants : « Allez-y mes garçons, sauve qui peut ! » Pendant que ses hommes sautent à la mer, le Commandant descend dans sa cabine afin de noyer les papiers secrets introduits à l’avance dans un sac de toile lesté de plomb. Hop ! à la mer. Puis Rollin entasse tous ses documents personnels et y met le feu. Sur le pont, il n’y a plus personne. L’avant du bateau s’enfonce. Il veut, avant de sauter à l’eau, s’assurer qu’il est bien le dernier. Une explosion le fait basculer à travers le pont éventré. Il se relève pour constater que la tôle du bordé est largement ouverte, créant une énorme voie d’eau qui va achever de couler le bateau. Un nouvel obus vient abattre le grand mât. Deux éclats frappent encore le Lieutenant de Vaisseau au pied et à la cuisse gauches. A présent certain d’être demeuré le dernier à bord, le Commandant ôte alors ses souliers et plonge, juste avant que le bateau chavire sur bâbord et coule par l’avant. A terre, les soldats turcs s’apprêtent à capturer les naufragés dès leur arrivée à terre. Soudain, leur officier hurle de rage et le tir reprend sur les gars du Paris II, lesquels, au lieu de venir se rendre, préfèrent nager vers la haute mer. Décidément, ces Français, il faut les tuer pour les avoir ! Ils étaient 37 à sauter à l’eau, Ils s’entraident encore, tout en nageant, mais les heures passant, les hommes disparaissent de la surface les uns après les autres. Il n’en reste déjà plus qu’une vingtaine. Alors que la nuit tombe le Commandant, qui les a rejoints, prend la seule décision qui reste pour ne pas voir succomber tous ses hommes : « Tout le monde à terre ! » 19 survivants, dont 13 blessés seront recueillis par les soldats turcs et faits prisonniers. Au Lieutenant de Vaisseau Rollin, l’officier turc confiera: « Le cœur m’a saigné, Commandant, de tirer sur vos couleurs, mais c’était mon devoir. Je l’ai fait comme vous avez fait le vôtre. A présent, vous êtes mon hôte. »

11 autres survivants ont continué à nager pendant plusieurs heures, jusqu’à une baleinière qui dérivait. Ils ont ensuite parcouru 70 milles pour rallier un cantonnement français. Les citations qui accompagnent les décorations de ces survivants, donnent une petite idée de l’enfer qu’ils ont enduré pendant ces très longues heures:

Après la guerre, les honneurs furent rendus aux 47 membres de l’équipage du Paris II, dont 17 y ont laissé leur vie.

L’épave gît aujourd’hui par 31 mètres de fond aux coordonnées suivantes : latitude 36° 36’ 133 N, longitude 30° 35’ 183 E.

Les centres de plongée locaux proposent des sorties sur cette épave émouvante qui raconte encore ce morceau de bravoure d’une poignée de marins français qui y ont vécu l’enfer.

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