Chaque jour, une épave : 12 avril 1809, le désastre de la bataille de l’île d’Aix

0
Publicité

Chaque jour, découvrez dans www.plongee-infos.com l’histoire d’une épave, coulée à la même date par le passé, quelque part près des côtes françaises ou ailleurs dans le monde, déjà explorée… ou pas ! Vous retrouverez ainsi quotidiennement un nouveau site, pour vous confectionner une collection passionnante pour vos futures plongées ou simplement pour explorer… l’Histoire!

Ils avaient pour nom Aquilon, Calcutta, Tonnerre, Varsovie et Indienne. Tous étaient des navires de la Marine Impériale de Napoléon 1er. Les 4 premiers étaient des vaisseaux de 1er rang, le 5e était une frégate. Les cinq bâtiments furent perdus le 12 avril 1809 devant La Rochelle, lors de la bataille navale de l’île d’Aix, dite aussi bataille des brûlots. Les Anglais quant à eux, l’appellent la bataille de la rade des Basques (Basques Roads Battle).

L’emplacement des bateaux de part et d’autre du barrage qui ne tint pas longtemps, obligeant la flotte française à se replier sur l’estuaire de la Charente

En 1809, Napoléon 1er mit en place le Blocus Continental pour isoler et affaiblir les Anglais, nos « meilleurs ennemis ». En représailles, les britanniques bloquèrent les ports de l’Empire et menaçaient les possessions françaises aux Antilles. Il fut donc décidé d’y envoyer une flotte pour apporter des approvisionnements et des renforts.

Pour mettre en place ce projet, de nombreux navires quittèrent les différents ports français pour se rassembler et former l’escadre à Rochefort, point de départ de la traversée de l’Atlantique. Des navires sont donc partis de Brest et de Lorient pour rejoindre leur mouillage d’attente devant l’embouchure du fleuve la Charente. Non loin de là, une escadre anglaise sous l’autorité de Lord John Gambier, mouillée au nord-ouest de l’île d’Aix, dans la rade des Basques, surveillait les préparatifs avec intérêt.

La bataille de l’île d’Aix, dite des Brûlots

Les anglais décidèrent d’attaquer la flotte française pendant qu’elle se trouvait rassemblée dans cet estuaire en entonnoir qui la bloquait de toutes part, alors qu’elle n’était pas prête à un quelconque combat, toute absorbée qu’elle était à ses préparatifs de départ.

La bataille fut engagée le 11 avril au sud de l’île d’Aix et tourna vite à l’avantage des Anglais, pour plusieurs raisons. D’une part, les lieux étaient propices à l’attaque, la plupart des navires français ne pouvant manœuvrer librement sans risquer de s’échouer dans l’estuaire partiellement envasé dont les dangereux bancs de vase découvraient à marée basse ; d’autre part, l’équilibre des forces penchait nettement en faveur des Britanniques, avec dans leurs rangs 11 vaisseaux de ligne de 1ère classe, 23 navires de 3e rang (équivalent des frégates françaises) et 40 bricks armés (ainsi qu’une quarantaine de bateaux de transport qui auraient eux aussi leur rôle à jouer dans la bataille, comme brûlots), contre seulement 11 vaisseaux de ligne de 1ère classe et 4 frégates pour les Français, renforcés par une quinzaine de bricks armés. Ce qui donnait un rapport de force de quasiment 1 contre 3. Enfin le troisième avantage et non des moindres, fut l’effet de surprise provoqué par la stratégie employée et caractérisée par l’usage de fusées incendiaires, renforcées par un grand nombre de brûlots aménagés sur les navires de transport bourrés de matières enflammées qui étaient dirigés vers les navires français et même un bateau rempli de poudre, utilisé comme bombe flottante, ce qui désorganisa complètement la flotte française qui subit de lourdes pertes.

Un brûlot sème l’incendie
Publicité

Il y avait pourtant eu des prémices qui auraient dû alerter le contre-amiral Lallemand, qui commandait les forces françaises : le 1er avril, un brick anglais était venu bombarder le chantier du fort Boyard avant de se replier sous la riposte des batteries des îles d’Aix et d’Oléron. Le contre-amiral avait réagi (un peu à la manière de ses successeurs de 1939 avec la ligne Maginot…) en plaçant un barrage entre l’île d’Aix et Fort Boyard, n’imaginant pas un seul instant que ce barrage pourrait être contourné, voire simplement franchi. Ce qui arriva très vite : après avoir envoyé quelques tonneaux pour tester l’orientation et la force des courants, le 11 avril à 21h l’attaque commença par une énorme explosion sur le barrage. Un bateau rempli de poudre avait été lancé et avait explosé contre le barrage, désintégrant celui-ci.

La voie était libre pour le passage de dizaines de brûlots qui, portés par la marée, se dirigèrent tout droit vers les navires français au mouillage, provoquant une panique générale. On largua les mouillages en catastrophe, essayant d’éviter les embarcations enflammées. Pas moins de 9 navires s’échouèrent sur les bancs de vase : la situation tournait au désastre pour les Français. Quelques-uns de ces navires parvinrent à se déséchouer pendant la nuit avec la marée montante et allèrent se réfugier dans la Charente, vers Rochefort.

Le Regulus échoué
Le capitaine Lucas résista aux assauts anglais. Il s’était déjà illustré en tuant l’amiral Nelson à Trafalgar

Au matin du 12 avril 1809, les 4 plus gros vaisseaux français, l’Aquilon (74 canons), le Varsovie (80 canons), le Tonnerre (82 canons) et le Calcutta (55 canons), en proie aux flammes propagées par les brûlots, n’ont pas réussi à se dégager, pas plus que la frégate Indienne (46 canons). Les équipages restés à bord se battirent avec l’énergie du désespoir contre les assaillants qui tentaient d’investir les navires immobilisés, puis les bateaux sinistrés étant sur le point de sombrer furent abandonnés par les marins qui gagnèrent la côte dans la plus grande confusion. Le seul héros tricolore de cette bataille sera le capitaine Lucas, commandant de la frégate Regulus: refusant d’abandonner son navire échoué, il va résister pendant 15 jours à plusieurs attaques anglaises, allant jusqu’à faire percer des brèches dans la coque inclinée pour pouvoir mettre ses canons en batterie. Il pourra finalement se renflouer et entrera à Rochefort le 29 avril, sous les acclamations de la foule. Mais le capitaine Lucas n’était déjà pas un inconnu : c’est l’homme qui, lors de la bataille de Trafalgar (un autre désastre…) fut à l’origine de la mort de l’amiral Nelson, commandant de la flotte anglaise. Une maigre consolation dans la défaite qui s’ensuivit…

Les 5 navires dorment toujours près de l’embouchure de la charente, 4 d’entre eux se trouvant près du plateau des Palles, le 5e étant de l’autre côté de l’estuaire, à la pointe de Fouras. La position de l’Aquilon est connue à la latitude 45° 58’ 2 N et longitude 1° 08’ 1 W, sur les Palles, tout près de l’île Madame, sous quelques mètres d’eau en bordure des actuels bouchots. La position actuelle des autres épaves est moins connue, mais doit être très proche des endroits décrits dans les comptes rendus de la bataille. Une association archéologique locale, l’AREPMAREF (Association de Recherche et d’Etude du Patrimoine Maritime et Fluvial) a effectué quelques sondages et a très rapidement trouvé des éléments de boiseries en grandes quantités pouvant correspondre aux épaves sous une faible couche de sédiments. De nombreux boulets ont été trouvés. Il ne faut pas s’attendre à trouver des vaisseaux entiers posés sur le fond, le bois n’ayant pas résisté au temps et aux éléments, mais il reste plusieurs centaines de canons qui doivent dormir dans la vase…

LAISSER UNE RÉPONSE

Entrez votre commentaire s'il vous plaît !
Veuillez entrer votre nom ici


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.