Île de Bréhat : Plongée dans les charmes de la Bretagne

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Texte et photos Patrick Désormais

Avec les chaleurs caniculaires de l’été, quoi de mieux que d’aller trouver un peu de fraîcheur sur les magnifiques côtes bretonnes, dont les fonds tellement riches n’ont rien à envier aux destinations plus exotiques ?…

Brehat plage de Guerzido

On dit que séjourner sur une île est une expérience particulière. Ceci se vérifie sur l’île de Bréhat où toutes voitures et motos sont absentes, qu’il n’y a pas de pont vers le continent qui n’est pourtant éloigné que de 700 m maximum, et que tous les visiteurs journaliers ont regagné le continent. A ce moment un calme langoureux s’installe sur l’île et l’on apprécie cette zenitude. On sait que l’on va bien dormir et pouvoir profiter au maximum de nos plongées. 

Coquette (femelle) – Labrus bimaculatus

L’île de Bréhat est constituée en fait de deux îles, à marée haute, reliées par le pont de la prairie, long d’une vingtaine de mètres, depuis le XVIIIème siècle. Son point culminant le Chrec’h Simon, culmine à 35 mètres et permet d’avoir une large vue sur l’archipel. Longue de 3.5 km et large de 1.5 km au maximum, les marées étant importantes dans cette région, Bréhat fut en France le premier site naturel classé en juillet 1907.

Erigeron

Elle bénéficie d’un microclimat particulièrement favorable qui donne des hivers doux et favorise donc la croissance d’une grande diversité de fleurs et plantes, cela lui a valu le surnom d’ « île aux fleurs ». On y trouve des mimosas, des eucalyptus, des agapanthes, des hortensias, des géraniums, des figuiers et même des palmiers, les gelées y étant extrêmement rares.

Devant la plongeuse : Fucus vesiculeux – Fucus vesiculosus

Constituée pour une grande part de granit rose, l’île se situe à l’extrême est de la côte de granit rose, les couchers de soleil y sont particulièrement flamboyants. Les 86 îlots et récifs qui constituent l’archipel, rendent la navigation dangereuse sans de solides connaissances maritimes des lieux. Mais pour les yeux, c’est un régal de voir se couvrir et se découvrir toutes ces formes abstraites au fil des marées.

Brehat Guerzido

Cinq sentiers de randonnées parcourent l’île et ses monuments. Le phare du Paon (reconstruit après-guerre suite à son dynamitage par les allemands lors de leur déroute), l’église Notre-Dame, le sémaphore, le moulin à marée sont quelques-uns des lieux à visiter entre deux plongées. Les distances sont courtes, les chemins agréablement non fatigants bordés de fleurs et la mer jamais loin pour pouvoir admirer le paysage.

Plage de Guerzido

Nous posons nos sacs au centre nautique les Albatros. Le centre de plongée et le gîte sont attenant au centre, tout est sur place et nous sommes à 10 m de la mer, autant dire les pieds dans l’eau. David nous accueille sympathiquement comme d’habitude, il faut dire que c’est notre troisième séjour. C’est un professionnel du coin qui connait bien Bréhat et ses moindres récifs. Il nous emmènera toujours sans problème en fonction des marées et des courants pour que nous puissions réaliser de bonnes plongées. Notre groupe de douze personnes, capacité maxi du gîte, embarque facilement sur le zodiac de 18 places et son moteur de 300 chevaux. Cela nous arrange, nous les photographes, nous serons à l’aise avec notre matériel.

Gorgone verruqueuse – Eunicella verrucosa

Plonger autour de l’île de Bréhat, c’est laminaires et crustacés à chaque immersion. Les champs de laminaires côtoient des éboulis de roches pleins de cachettes et des langues de sable.

Araignee de mer – Maja brachydactyla

C’est le domaine des araignées, tourteaux, étrilles et homards. Chaque plongée vous permettra d’en observer certains de tailles imposantes.

Tourteau – Cancer pagurus

Attention où vous mettez vos mains, car certaines araignées sont particulièrement bien camouflées et des pinces de 10 cm peuvent faire quelques dégâts sur vos pauvres doigts.

Coquille Saint-Jacques – Pecten maximus

Sur le sable, à moitié enterré, vous remarquerez des rangées d’yeux qui vous observent, ce sont les coquilles Saint-Jacques. Si elles se sentent trop importunées, elles filent en pleine eau de façon saccadée, pour aller se poser plus loin.

Dragonnet lyre – Callionymus lyra

Au passage, elles effraient de petits dragonnets qui, immobiles sur le sable, passent inaperçus avec leur robe d’un mimétisme impressionnant avec le substrat. Les vieilles sont en nombre, elles se faufilent furtivement entre les laminaires, leurs couleurs sont très variées et elles se laissent difficilement approcher, timides comme elles le sont.

Oeuf de raie

Les coquettes, de couleur rose sont plus abordables et certains spécimens atteignent les 30 cm. Sur les plongées les plus au large, ce sont des bancs de lieus que vous serez amenés à rencontrer ainsi que des tacots reconnaissables à leurs bandes verticales sombres et argentées.

Plie – Pleuronectes platessa

Ne manquez pas de scruter les langues de sable, vous y découvrirez des turbots et leurs yeux exorbités insouciants des nasses réticulées traçant leur route vers quelques rendez-vous.

Raie torpille marbree – Torpedo marmorata

Des raies torpilles se reposent immobiles dans quelques recoins et il faut de la chance pour les croiser.

Blennie gattorugine – Parablennius gattorugine

Les seiches sont aussi présentes et il est toujours fascinant de les voir changer de couleur en fonction du décor qu’elles survolent.

Petite roussette – Scyliorhinus canicula

La présence de roussettes, suivant les saisons, nous permettent d’étudier de près ces petits requins placides, elles se posent n’importe où et restent tranquilles, on se demande qui observe qui.

Congre – Conger conger

La plus belle plongée est à mon avis la « Basse du Nord », située au large à 20’  de bateau, c’est une plongée qui est sportive mais qui vaut le déplacement. En fonction de la marée, David nous indique une heure précise de départ, la mise à l’eau se fait environ 20’ avant l’étale, donc avec courant, descente au bout obligatoire, il faut se hâler vers le fond en drapeau jusqu’à être abrité par un tombant bienvenu qui nous protège tout à coup de la violence de la marée. La plongée se fait donc tranquille et la remontée de même, paliers en pleine eau, grâce à l’étale salvatrice.

Anemone bijou – Corynactis viridis

Ce tombant est magnifique, parsemé de corynactis, c’est une véritable nurserie à blennie gatorugine.

Flabelline verruqueuse – Flabellina verrucosa

Des gorgones parsèment la paroi, elles abritent quelques tritonia pour qui a de bons yeux. Ces limaces sont repérables à leurs pontes qui, légèrement grisâtres se repèrent plus facilement qu’elles, leur mimétisme de forme étant très performant.

Homard europeen – Homarus gammarus

Un homard au pied du tombant se carapatera dans son trou en nous voyant arriver, tandis qu’un crénilabre de Baillon se prélassera devant nos hublots, sûrement le moins craintif des poissons de Manche.

Blennie gattorugine – Parablennius gattorugine

De retour au gîte, après une bonne douche chaude, surtout pour ceux qui n’ont pas d’étanche, nous nous installons sur la terrasse du gîte pour un apéro tranquille.

Brehat fleuri

A 10 m de la mer, le regard perdu sur les écueils de l’archipel, nous apprécions le silence reposant de l’île de Bréhat entrecoupé du cri des goélands. Nous refaisons le monde de la plongée en devisant, tournés face au soleil…

Geranium maderense

La côte de Ligurie et l’épave du Haven

Par Jean de SAINT VICTOR de SAINT BLANCARD – www.subphotos.com– (f) Sea 4 You –

Pour les amateurs de sites de plongée pittoresques, l’épave du pétrolier Haven, dans le golfe de Gênes, est incontournable. mais c’est toute la côte Ligure qui mérite d’être découverte…

Oh, Internautes, je voudrai tant que vous vous souveniez d’Arenzano et de ses belles plongées sur l’Amoco Haven.

Du Vieux Ponant au charme d’une ancienne gloire au visage ridé et au dos courbé.

De la fin de la « Belle Epoque » avec les années quarante, Ligurie balayée par des vents belliqueux, meurtrie par les bottes fascistes qui marchèrent sur Menton.

La Ligurie a changé, mais reste un berceau d’idées qui vit naître Christophe COLOMB entre autres figures…

Entre mer et montagne, petits villages perchés, humer des saveurs authentiques…

Bienvenue dans un territoire étroit et escarpé, blotti entre mer et montagne, porte ouverte pour des aventuriers…

Des lames épineuses d’agaves, des falaises, des vestiges médiévaux  suffisent, accrochés à un abrupt à retenir nos regards et nos cœurs…

Plongeuses, plongeurs, poètes et écrivains peuvent se rencontrer en Ligurie…

Pensez à vous rendre inscrire ARENZANO dans vos agendas comme destination pour plonger sur l’AMOCO HAVEN…

La plus grande épave de Méditerranée

Le MT Haven, anciennement nommé Amoco Milford Haven, était un pétrolier chypriote construit en 1973.

Il a coulé en Méditerranée dans le golfe de Gênes en 1991. A la suite d’une explosion lors du déchargement de sa cargaison, un incendie s’est déclaré à bord, s’étendant rapidement à tout le navire. Le pétrolier en proie aux flammes gigantesques a fini par sombrer, occasionnant une énorme marée noire qui a pollué les côtes pendant plusieurs années.

L’épave du Haven est la plus grande en mer Méditerranée, et repose par 30 à 80 m de fond au large de Gênes. Elle constitue désormais un site de plongée. Malgré sa profondeur, l’épave est très fréquentée par les plongeurs sportifs et plongeurs tek.

Coordonnées d’ ARENZANO : Commune italienne de la ville métropolitaine de Gênes dans la région Ligurie : 44°24’00’’ nord , 8° 41’ 00’’ est 

HAVEN DIVING CENTER – Via del Porto – 

www.havendiving.com – Mail : info@havendiving.com

Les couleurs de la Méditerranée

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Texte et photos de Patrick Désormais

Avec les restrictions de circulation dues au COVID, les plongeurs globetrotters ont dû se rabattre sur les spots de plongée de l’hexagone. le photographe Patrick Désormais nous montre les merveilles que l’on peut découvrir sur les fonds méditerranéens…

Girelle commune (mâle) – Coris julis

Pour un cet été hors norme, il fallait de la couleur. Et les fonds marins en regorgent, un vrai pantone naturel. Mais de quels fonds parler ? Je vais donc en profiter pour montrer, à ceux qui ne sont pas encore convaincus, qu’il n’y a pas forcément besoin de voyager à l’autre bout du monde pour voir une faune multicolore.

Serpule – Serpula vermicularis

Les fonds marins méditerranéens abondent de faune colorée voire bariolée. Je ne suis pas là pour comparer ou faire un classement des mers et océans, je veux juste vous démontrer que la couleur existe dans la grande bleue et que vous pouvez colorer vos images de multiples façons. Il suffit juste de savoir observer. Comme le dit Marcel Proust : « Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux. » 

Rascasse rouge – Scorpaena notata

Par certains côtés la méditerranée peut paraître terne, mais un bon phare vous révèlera rapidement de nombreux animaux avec des couleurs fantastiques. Aucune couleur n’est en reste, le rouge, le bleu, le jaune, le mauve etc. sont présents.

Antiopelle – Janolus cristatus

Ces couleurs sont quelquefois pastel, mais vous en observerez des très vives, même pétantes, certaines seront criardes voire saturées, ce qui rendra d’autant plus difficile l’équilibre des couleurs durant la prise de vue.

Cratena – Cratena peregrina

Voici un petit aperçu, non exhaustif, des plus emblématiques : la girelle commune avec ses bandes orange et verte qui sont plus vives en période de reproduction est le premier poisson coloré que l’on remarque.

Corail rouge de méditerranée – Corallium rubrum

Il suffit d’un coup de phare dans les surplombs pour apercevoir des apogons en livrées orange, parfois vous remarquerez leur gueule remplie d’œufs qu’ils couvent délicatement.

Apogon – Apogon imberbis

Les castagnoles, si elles sont ternes à l’âge adulte sont d’un bleu électrique lors de leur période juvénile. Que dire du gobie à lèvres rouges qui ferait fureur en tant que mannequin pour rouge à lèvre chez Sephora.

Gorgones sur le-Grec-Sagona

Les gorgones rouges, surtout quand elles ont des parties jaunes, colorent certaines parois comme une forêt bicolore.

Anémone encroûtante jaune – Parazoanthus axinellae

Les anémones encroutantes peuvent colonisées de grandes surfaces d’un bel orange qui contraste avec le bleu de la mer.

Doris géant – Hypselodoris picta

Chez les limaces : le doris géant tout zébré de jaune avec ses rhinophores lamellés se remarque de loin, vu sa taille ;

Flabelline mauve – Flabellina ischitana

la flabeline mauve et ses rhinophores orange se repère facilement malgré sa taille plus réduite ; l’antiopelle avec l’extrémité de ses rhinophores bleu azur est d‘une beauté délicate ; le doris tricolore qui marie admirablement le bleu et le jaune.

Galathée – Galathea strigosa

Si je vous dis crabe aux yeux bleus, vous aurez reconnu tout de suite le galathée avec sa carapace rouge et les yeux cernés de stries bleu vif.

Langouste rouge – Palinurus elephas

Les langoustes bariolées de mauve et de violet, que l’on remarque facilement à leurs longues antennes, sont bien mieux dans leur trou que dans votre assiette.

Pagure – Pagurus anachoretus

La famille des pagures regroupe un ensemble de crustacés de carapace rouge avec des yeux vert, bleu ou strié de couleur suivant les espèces.

Blennie pilicorne – Parablennius pilicornis

La blennie pilicorne jaune est le serin sous-marin et en plus elle se laisse approchée facilement pour que l’on puisse lui tirer le portrait.

Doris dalmatien – Discodoris atromaculata

Les éponges sont aussi très colorées, sur l’éponge pierre d’un brun rougeâtre, vous aurez de grande chance d’apercevoir un doris dalmatien en train de la brouter.

Rouget barbet de roche – Mullus surmuletus

Sur le sable, des poissons à barbillons se colorent de rouge dès que votre lumière passe dessus, ce sont des rougets en train de faire leur marché.

Girelle paon – Thalassoma pavo

Deux des plus colorés, la girelle paon, qui est un vrai arc-en-ciel à elle toute seule, et le crénilabre ocellé, qui comme son nom l’indique est pourvu d’un ocelle formé de deux cercles bleu et rouge vif, n’ont rien à envier aux espèces exotiques.

Corb – Sciaena umbra

Je termine cette liste en citant pêle-mêle, les corbs et leur queue jaune, le corail rouge parsemé de neige quand ses polypes sont sortis, les couleurs changeantes des poulpes et des seiches, les serrans écriture et leur tâche bleu pâle en période de reproduction.

Etoile de mer rouge – Echinaster sepositus

Bien évidemment les étoiles de mer rouge orange et glacière avec leurs piquants mauves, les branches d’axinelle orange vif, les serpules d’un rose délicat et les protules blanche tacheté de rouge, les spirographes et leur dégradé de couleurs, les vers plats rose qui rajoutent une touche de Barbie.

Ver plat rose de Méditerranée – Prostheceraeus roseus

Bien sûr, nous pourrions ajouter à cette liste bien d’autres animaux, mais je vous les laisse découvrir par vous-même.

Poulpe commun – Octopus vulgaris

J’espère que vous êtes maintenant convaincus que la couleur existe dans la grande bleue. Un peu de lumière, quelques clichés et voici un article coloré qui je l’espère vous donne envie d’y plonger vos palmes. On purge sa stab et c’est parti pour un voyage dans un kaléidoscope de couleurs.

Nouveau : la carte des épaves de Saint-Malo

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Une nouvelle carte des épaves répertorie les naufrages survenus dans la baie de Saint-Malo. Un précieux document pour les chasseurs d’épaves.

Sur cette nouvelle carte des épaves qui traite spécifiquement de la baie de Saint-Malo, vous pourrez découvrir plus d’une cinquantaine de naufrages survenus entre le cap Fréhel et Cancale. Outre la position de chaque épave, un visuel ainsi qu’un court descriptif permettent de se faire une idée précise des navires perdus tout près de cette magnifique côte bretonne. Ces épaves sont pour la plupart accessibles aux plongeurs.

Ils ont participé à la révision de la carte des épaves en baie de Saint-Malo, version 2020 : Emmanuel Feige, Denis Douillez, Bruno Jonin et Eric Legall.

Cette carte a été établie d’après les informations répertoriées dans le livre “Les fabuleux trésors engloutis de la baie de Saint-Malo”, d’Emmanuel Feige. C’est une réédition de la carte publiée en 1991 par D. Douillez et E. Feige entièrement remise à jour suite aux nombreuses recherches et fouilles archéologiques qui se sont déroulées dans ces eaux depuis 30 ans.

Cartes disponibles au club de plongée de St Malo, le SMPE et sur le site:
www.atlasdesepaves.fr

Le Chant des Scaphandres

Un film de 9 minutes qui raconte l’épopée des scaphandriers pieds-lourds à travers la visite nocturne d’un garçon dans le Musée du Scaphandre d’Espalion.

Vous avez aimé Jules Verne et son capitaine Nemo, qui parcourait les mers dans son sous-marin Nautilus dans le roman “20 000 lieues sous les mers” ? Vous vous souvenez certainement qu’il n’hésitait pas à s’aventurer hors de son luxueux submersible, équipé du fameux régulateur Rouquayrol et Denayrouze, ancêtre de notre détendeur de plongée, pour partir à la découverte des fonds marins peuplés de créatures étranges ? Les magnifiques gravures qui ornaient ce roman ont peut-être hanté vos rêves d’enfant et vous ont motivé(e) pour débuter la pratique de la plongée et aller, vous aussi, à la découverte des trésors engloutis ? Ce film de 9 minutes réalisé pour le Musée du Scaphandre d’Espalion, ville de l’inventeur du régulateur, vous projettera dans vos rêves d’enfant et vous fera découvrir l’histoire qui se cache derrière chacune des pièces de cette fabuleuse collection…

La publication de ce film fait suite à la parution sur Plongée Infos de l’article d’Henri Eskanazi : Espalion et le sourire du scaphandre : https://www.plongee-infos.com/espalion-et-le-sourire-du-scaphandre/

“LE CHANT DES SCAPHANDRES”, une petite fiction onirique et vernienne au sein des collections du Musée du Scaphandre,  réalisé à l’initiative de Eric Picard Maire d’Espalion à l’occasion des 40 ans du Musée du Scaphandre. Réalisation Muriel Peissik et Pascal Galopinavec le concours de la Mairie d’Espalion, du Département de l’Aveyron et du Musée du Scaphandre – Musée Joseph Vaylet.
Avec  Gaspard, Nine FrmsDavid Valance Larchevaut et Jean Moisset
Production : Terra Cinema – Postproduction : Darelite 52David Drouineau Maltese

Quelques sites de référence pour Espalion et l’Aveyron :

https://musees.aveyron.fr/

https://www.tourisme-aveyron.com/fr/diffusio/patrimoine-culturel-visites/musee-joseph-vaylet-musee-du-scaphandre-espalion_TFO18795656775

https://www.aveyron-culture.com/

www.association-musees-espalion.fr

Espalion et le sourire du scaphandre

Texte et photos Henri Eskenazi

Pour tous les plongeurs qui s’intéressent à l’histoire de l’exploration sous-marine, la petite ville d’Espalion, nichée au cœur de l’Aveyron, à près de 200 km du littoral le plus proche, représente une étape incontournable : c’est au bord de la rivière qui serpente à travers cette bourgade qu’a été créé le fameux régulateur Rouquayrol & Denayrouze, à l’origine du détendeur qui équipe aujourd’hui tous les plongeurs de loisir…

La silhouette du Vieux-Palais se dessine peu à peu à travers la surface de la rivière, alors que le corps dans la vase du fond de la rivière, à – 4 mètres de profondeur, je m’approche d’une arche du Pont-Vieux. Le débit de l’eau est régulé et la température de 14°C, très acceptable. 

Sous les murs du Vieux-Palais, en hommage au sieur Rouquayrol, inventeur du régulateur de plongée

Le Musée du scaphandre d’Espalion, invité d’honneur de la 41ème édition du Festival Mondial de l’Image Sous-Marine (FMISM) de Marseille, en 2014, y avait exposé une trentaine de pièces de ses collections, scaphandres, gravures, livres à cartonnages, photographies, partitions, sur le thème « Mer et utopie ». C’est cette belle exposition, avec son intrigante association de matériel de plongée « vintage » et d’envolée vers l’imaginaire des profondeurs, qui m’a donné envie de venir à Espalion pour découvrir le Musée et m’immerger dans les eaux du Lot, muni de mon appareil photo.

« Quel beau symbole que ce monument de pierre, bâti sur le roc qui émerge fièrement au bord de l’eau qui s’écoule ! Solide, svelte, élégant même, avec ses croisillons aux moulures simples mais soignées, ses larges fenêtres, ses arceaux, ses corniches et ses dentelles d’arabesques, le Vieux-Palais était hier encore, le symbole de la France, la nation paysanne et robuste, cachant sa forte ossature sous un visage gracieux, un esprit ouvert et enjoué : l’esprit gaulois».

Passage sous le Pont-Vieux

Avec Nicolas Liautard, mon guide, président du club de plongée « Rouquayrol et Denayrouze », c’est un véritable bond de 4 siècles dans l’histoire que nous vivons. Bernardin de la Valette, gouverneur d’Espalion, fut à l’origine de la construction de ce bâtiment. Alors que je suis à la recherche de quelques vestiges, parmi les alluvions déplacés de l’amont au cours du temps, je tombe sur un énorme monolithe de plus de 4 mètres de long et presque 1 mètre de diamètre, à moitié enfoui dans les sédiments. La visibilité n’est pas extraordinaire. « Une colonne, en marbre ou en granit ?», me dis-je. J’approche ma main, touche cette superbe pièce archéologique du doigt pour en apprécier la texture et, oh surprise, elle se met à bouger. Je peux même aisément la faire rouler sur le sol. Je décide, avec un petit rictus de déception ressemblant à un sourire, de soulever ce trésor à bout de bras tel un haltérophile, pour le projeter plus loin. Ce tronc d’arbre, gorgé d’eau depuis des décennies voire peut-être des siècles a une flottabilité quasiment neutre. N’est pas archéologue qui veut ! J’ai même aperçu de nombreux poissons se moquer de moi. Après une petite heure sous l’eau, avec Nicolas nous sortons de la rivière, sur la rive opposée à celle du Vieux-Palais planté sur le Roc Magnus, près d’une superbe statue en bronze de scaphandrier de deux mètres, symbole d’une fabuleuse histoire née ici près du Pont-Vieux, dans l’Aveyron. Sous son casque, il semble sourire aussi.

Le Pont-Vieux d’Espalion, présent depuis le XIe siècle

Etape du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle

Espalion, cette petite ville de la vallée du Lot, est connue pour être l’une des étapes du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Après l’austérité de l’Aubrac, c’est « le premier sourire du midi ». Et, bien que située à plus de 200 km des côtes maritimes les plus proches, elle a été en 1864 le berceau du premier scaphandre autonome doté d’un régulateur de pression, annonciateur de la plongée autonome du XXème siècle. En effet, « c’est par un transfert de technologie du domaine de la mine à celui de la mer, qu’Espalion s’est rattachée àl’histoire du scaphandre », m’explique Muriel Peissik, Chargée des relations extérieures de l’Association du Musée. Voici comment l’histoire du scaphandre s’enrichit d’une problématique née du terroir : l’Espalionnais Benoît Rouquayrol (1826-1875), ingénieur des mines à Decazeville, à quelque 60 km d’Espalion, mit au point en 1863 un appareil respiratoire pour sauver les mineurs pris dans les coups de grisou. Mais le principe du régulateur à membrane, objet d’un brevet en 1860, était amphibie de conception. Il faut savoir que les houillères pouvaient être inondées ! L’appareil Rouquayrol fut adapté dès 1864 pour le domaine sous-marin, dans lequel le lieutenant de vaisseau Auguste Denayrouze (1837-1883), lui aussi habitant d’Espalion, entrevoyait un vrai débouché commercial. Les deux hommes s’associèrent : « Un tandem qui n’est pas sansrappeler celui de Cousteau-Gagnan » (inventeurs du détendeur de plongée moderne – NDLR), me fait remarquer mon guide. La société Rouquayrol-Denayrouze, qui a complété l’appareil plongeur de différents accessoires, l’a diffusé avant la fin du siècle, à plus de 1000 exemplaires, en Occident dans les Marines nationales européennes et américaines, auprès d’établissements de travaux hydrauliques, mais aussi en Orient, pour la pêche aux éponges, aux huîtres et au corail. 

Le scaphandre Rouquayrol & Denayrouze

Un bond dans l’Histoire

Le Musée du Scaphandre, situé dans le cadre exceptionnel qu’est celui de l’église Saint Jean-Baptiste du XVème siècle (qui abrite également le musée d’arts et traditions populaires Joseph Vaylet), a été créé en 1980, ex-nihilo mais après 5 années de recherche, en hommage à ces deux inventeurs enfants du pays. Bernard Piel, dernier fabricant de scaphandres leur ayant succédé, a fait un don fondateur pour le musée, celui de l’appareil Rouquayrol-Denayrouze conservé par sa société. Après avoir servi à de nombreuses démonstrations de plongée, notamment avec le plongeur archéologue Robert Sténuit et Jean-Michel Cousteau (fils du célèbre Commandant – NDLR) qui ont été filmés, il a été classé monument historique, par l’arrêté ministériel du 2 octobre 2006.

Les collections du Musée rassemblent aujourd’hui près de 400 pièces qui permettent une plongée dans l’aventure de la pénétration sous-marine, des origines à nos jours et dans l’iconographie qu’elle a suscité. Associatif, le musée est géré depuis 2008 par le Conseil départemental, en partenariat avec l’Association Musée Joseph Vaylet – Musée du Scaphandre et intégré au réseau des musées de l’Aveyron. 

Le musée d’Espalion

Un musée des scaphandriers

A l’extérieur, côté boulevard, « Barbarella », une tourelle de plongée orange fluo de 3 tonnes, née en 1969 chez « COMEX », signale ce musée si inattendu pour le touriste néophyte. Elle habille, de façon très contemporaine sa façade néogothique du XIXème siècle. Cette superbe machine est une sorte d’ascenseur, pressurisé à 20 bars, utilisé dans les forages pétroliers jusqu’à 200 mètres de profondeur. 

Parcourant les salles du musée, je trouve une pléiade de scaphandres historiques et contemporains, des reconstitutions, des maquettes, un petit sous-marin ainsi qu’une grande variété d’équipements subaquatiques, mais aussi des objets, des tableaux et des photographies tel le « Casque à vapeur » de Fred Mella (1969) qui a photographié Georges Brassens avec sa pipe dans un casque Galeazzi. 

Je découvre avec ces scaphandres une fabuleuse galerie de portraits. Pour certains appareils de plongée du musée, un panneau conçu en partenariat avec l’Institut National de la Propriété Industrielle propose des informations sur le brevet d’invention qui les sous-tendent, avec une notice historique et technique. Je rêve devant ces fascinantes machines à plonger nées du savoir et de l’ingéniosité d’inventeurs souvent visionnaires. Je retrouve le « Masque à piques » de Léonard de Vinci (reconstitution d’après un dessin), dont l’allure fantastique avait  beaucoup étonné les visiteurs du FMISM à Marseille. 

Le “Masque à piques” imaginé par Léonard de Vinci

Je m’étonne devant l’Engin de Lethbridge (représenté par une superbe maquette au tiers), datant de 1715. Malgré sa conception pourtant très rudimentaire, il a permis à son inventeur de récupérer de véritables trésors dans des cargaisons englouties de la Compagnie des Indes orientales.

Autre œuvre marquante des collections du musée que celle de la reconstitution du scaphandre inventé en 1797 par Karl Heinrich Klingert, dont les yeux de verre et les deux tuyaux émergeant d’une partie cylindrique qui surmontent un habit de cuir bordé d’une frise de trèfles, renforcent l’étrangeté de l’objet. Simple et raffiné à la fois. N’oublions pas que, jusqu’au XIXème siècle, les scaphandriers avaient une forte appréhension du milieu marin et leur équipement était censé les en protéger. D’ailleurs, dans l’imaginaire qu’il véhicule, « le scaphandrier est un héros, sauveteur ou chercheur de trésors. Son scaphandre, véritable armure, fait de lui un chevalierdes mers », commente Muriel Peissik. 

Je contemple tout un groupe de pieds-lourds de différents pays, harnachés de leur lourd équipement avec des casques à 3 ou 12 boulons et auquel Rouquayrol et Denayrouze avaient, en 1864, voulu donner une autre alternative avec un simple appareil respiratoire à embout buccal. En fait, ils retournent à un équipement complet conçu pour travailler sous la mer, celui du scaphandre des bords du Lot, de Nemo. Il y a tout un stand pour raconter leur histoire,  réservoir haute ou basse pression pour le régulateur, variation du masque « groin » au casque à 3 boulons puis à crochet (celui de Tintin), vers la fin du siècle. En regard du stand Rouquayrol et Denayrouze, voici celui dévolu à la plongée du XXème siècle, qui m’est beaucoup plus familier : combinaison à volume constant, équipements russes et « Comex » pour grandes profondeurs, scaphandre Dräger à recycleur, petit sous-marin humide Havas…

Le régulateur de Rouquayrol

Le régulateur, ancêtre du plongeur moderne

Au cœur du musée, l’original du « réservoir régulateur » ou « poumon artificiel » aveyronnais, « la relique » comme l’avait appelée Jean-Michel Cousteau, est mis en exergue dans une vitrine, où je m’arrête devant un buste de Jules Verne. En effet, celui-ci, contemporain de l’invention, avait remarqué l’appareil aveyronnais à l’occasion de l’Exposition universelle de 1867 à Paris, où il avait reçu une médaille d’or. Dans « Vingt Mille Lieues sous les mers », appelé à devenir un best-seller mondial, il en équipe Nemo, le célèbre capitaine du Nautilus, qui s’est juré totale indépendance sous les mers, et son équipage : « Nous étions restés muets, ne remuant pas, ne sachant quelle surprise, agréable oudésagréable,nous attendait » (1869). Dans le sillage de cet écrivain, la fascination qu’exerce sur les esprits le monde sous-marin, ouvre la voie à une abondante création dans nombre de domaines : littérature populaire et science-fiction, cinéma, illustration, bande dessinée, chanson, dont je trouve des échos dans les collections du musée. 

Au centre de la pièce, une œuvre contemporaine m’attire : « Masque-Ernst : médusée » de l’artiste plasticienne Rafaële Ide. Elle appartient à la série « Némotecknic » réalisée en 2005 en relation avec le centenaire de la mort de Jules Verne. De multiples tuyaux et fils électriques s’emmêlent autour d’un masque de sablage, devenant ainsi un casque de plongée, où apparaît le regard de l’artiste médusée par l’effroi des profondeurs et les rencontres insolites. La fiction n’est plus très loin.

Plongeurs d’eau douce

Toutes ces œuvres m’interpellent sur ce mystérieux personnage, conducteur de rêves, qu’est le scaphandrier, coupé du monde dans sa bulle. Avec cette modernité qui s’appuie sur les socles fondamentaux du passé, je plonge ici dans les profondeurs du temps en développant mon imaginaire. Le sérieux mêlé à un zest d’humour. Même Salvator Dali, me raconte Muriel Peissik, l’excentrique Catalan, a revêtu un scaphandre en 1936 à Londres, lors de la première Exposition internationale du Surréalisme, pour « plonger jusqu’à la profondeur du subconscient».

Une époque mais, quelle époque. Celle des vrais aventuriers qui ont su ou tout au moins tenté de franchir la frontière de la surface pour explorer les fonds sous-marins et ainsi, permettre à d’autres de flirter avec les abysses.

« Il était juste de rappeler d’une façon aussi attrayante les péripéties de ces purs terriens qui ouvrirent les profondeurs marines à l’aventure et à la science. »

Après la plongée, une visite à la statue du scaphandrier s’impose. En arrière-plan, le Vieux-Palais

Comme le plongeur qui a su prendre son autonomie en coupant son cordon ombilical, je souhaite au Musée du scaphandre de prendre son envol à dimension internationale pour s’élever encore plus haut dans l’espace et nous faire rêver longtemps…

Juste avant mon départ de cette magnifique région, je suis invité par le vignoble d’Estaing, à déguster un vin qui a séjourné une année à -20 mètres au fond du Lac de Castelnau. Comme ce breuvage aux cépages connus (Fer N, Gamay N, Cab. franc), vieillit plus vite sous la surface, je le trouve plus rond et plus fruité. Juste pour le plaisir !

L’ivresse n’est donc pas toujours liée à la profondeur et puis, il y a plus de 80% d’eau dans le vin…

Tribuere suum cuique « Rendre à chacun ce qui lui est dû » (Cicéron)

Loin de la mer, les plongeurs cherchent l’eau…

A lire :

  • « L’Invention Rouquayrol-Denayrouze, de la réalité à la fiction » de Muriel Peissik, Ed. Musée Joseph Vaylet, 2004
  • « Le Musée du Scaphandre », de Robert Sténuit, Ed. Ass. Musée-Bibliothèque Joseph Vaylet, 1990
  • « Trois inventeurs méconnus », de Michel Jacques (Cdt), Ed. Musée Joseph Vaylet, 1980
  • « Une histoire de la plongée », de Alain Foret et Pierre Martin-Razi, Ed. Gap, 2013
  • « De Vingt mille lieues sous les mers à SeaOrbiter », de Jacques Rougerie, 2010

A voir à Espalion :

  • Le Musée Joseph Vaylet, où se trouve le Musée du scaphandre
  • Le château de Calmont d’Olt
  • L’église de Bessuejouls
  • L’église de Perse
  • La librairie « Point Virgule », 2 Rue Saint-Antoine 05 65 44 91 41

A écouter :

Programmation de musique de chambre organisée par l’Association pour la Renaissance du Vieux-Palais d’Espalion 05 65 51 11 50

Où manger ?

« Le monde de Laëtitia » 4 Rue du Dr Trémolières 05 65 48 44 17

« La Tour » 3 Place Saint-Georges 05 65 44 03 30

« Le Méjane » 8 Rue Méjane 05 65 48 22 37

Où loger ?

« Vieux-Palais », Gîtes de France 05 65 75 55 66

A visiter en Aveyron :

  • L’Aubrac
  • Le viaduc de Millau
  • Les Chemins du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle
  • La ville de Conques
  • Le village d’Estaing
  • Le trou de Bozouls

Pour en savoir plus : www.museeduscaphandre.com

Remerciements :

  • Le Conseil Départemental de l’Aveyron
  • La Municipalité d’Espalion
  • Lucien Cabrolié, fondateur du Musée du Scaphandre 
  • Sylvie Lacan, adjointe à la culture, Mairie d’Espalion
  • Muriel Peissik, Chargée des relations extérieures de l’association du Musée du Scaphandre, (muriel.peissik@museeduscaphandre.com)
  • Association pour la Renaissance du Vieux-Palais (Gîtes de France)
  • Club de plongée d’Espalion (espalion-plongee@wanadoo.fr)
  • Christine Miquel du groupement des Vignerons d’Olt, pour la dégustation du vin (06 38 28 45 27, al.miquel12@wanadoo.fr)
Espalion by night

Témoignage

« Hier, les habitants d’Espalion ont pu voir, à deux reprises et pendant plusieurs heures, fonctionner dans la rivière, l’ingénieux et si renommé appareil plongeur inventé et propagé par nos compatriotes, MM. Rouquayrol et Denayrouze. L’une des piles du vieux pont, déjà minée par les eaux dans sa base, a été si grandement endommagée par la dernière inondation, que MM. les ingénieurs du département ont cru devoir venir faire procéder en leur présence et sous leur direction, au sondage et à la vérification de cette partie du pont, qu’il est de toute urgence de réparer au plus tôt. Il est inutile de faire ressortir ici le mérite de cet appareil, dont tous les journaux ont déjà et bien souvent parlé si avantageusement. »

(Bulletin d’Espalion N° 45, XXIXème année – Samedi 10 novembre 1866)

Le scaphandre autonome POUMONDEAU, l’invention méconnue de Georges Hérail

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Par Philippe Rousseau et Jacques Chabbert

 Parmi les pionniers de la plongée, il fut des inventeurs peu connus qui ont apporté leur contribution au développement de la pratique. Philippe Rousseau et Jacques Chabbert ont tiré de l’oubli cet inventeur génial, Georges Herail, qui avait lancé un détendeur présentant les avantages du Cousteau-Gagnan, mais avec une autre approche technique… 

POUMONDEAU Ventral. Le tuyau annelé en caoutchouc bleu n’a pas résisté à l’épreuve du temps (photo Ph. ROUSSEAU)

Qui se souvient encore aujourd’hui de Georges HERAIL et des remarquables scaphandres autonomes « POUMONDEAU » qu’il avait conçus et qu’il fabriquait ? Nous allons remonter le temps et vous raconter l’histoire de ce concepteur inventif et de ses superbes réalisations.

Georges HERAIL était né le 27 avril 1925 à SERIGNAN (Hérault). C’est dans ce village qu’il va réaliser sa scolarité primaire à l’école élémentaire Paul BERT, puis au collège et enfin intégrer l’Ecole Pratique à BEZIERS (34). Dans cette école professionnelle, il va préparer et obtenir trois C.A.P. différents : un C.A.P. d’ajusteur, un C.A.P. de mécanicien-électricien, et un C.A.P. de mécanicien avion. Il terminera sa formation technique par l’obtention du Brevet d’Enseignement Industriel.

Georges se marie avec Claire, à SERIGNAN. Ils auront trois enfants et Claire HERAIL était enceinte de son quatrième lors de la disparition de Georges en 1959.

A gauche : Portait de Georges HERAIL (archives Claire HERAIL) – A droite : Logo publicitaire des établissements POUMONDEAU (archives Claire HERAIL)

Georges va débuter sa carrière professionnelle en 1945 comme dessinateur industriel chez un fabricant de planeurs à CASTELNAUDARY (11). Il y travaillera jusqu’en 1946. Puis, de 1946 à 1954, il sera dessinateur industriel pour « SUD-AVIATION » à BLAGNAC (31) notamment au sein du bureau d’études de la « Caravelle ». Georges y travaille sur les commandes de vol et sur un système de ralentissement des machines à l’atterrissage. Ce début de carrière va lui apporter une bonne connaissance du milieu aéronautique et lui permettre d’apprécier la qualité de fabrication très soignée des productions dans ce domaine.

Dessin éclaté du détendeur pectoral à double membrane (archives Claire HERAIL)

La passion de la plongée et les dépôts de brevets d’invention

Par ailleurs, Georges est passionné par la plongée. Il sera membre du Club Sub-Aquatique Toulousain. Il se met donc à étudier les principes de fonctionnement des appareils respiratoires utilisés en immersion. Dès le 29.01.1953, il dépose un premier brevet d’invention n° 1.073.608 pour un « scaphandre amphibie autonome ». Il le conçoit avec une, deux ou trois bouteilles d’air comprimé en acier au nickel-chrome (BRUNON-VALLETTE) ou en alliage léger (GERZAT), chacune de 6 à 7 litres de volume interne et résistant à une pression de l’ordre de 165 bars. Il opte pour un positionnement de la robinetterie en bas, le détendeur étant quant à lui installé en haut dans le prolongement de la bouteille et protégé par un carénage métallique. Le détendeur se caractérise par un seul étage de détente, mais deux membranes. Ces deux membranes sont parallèles entre elles, mais perpendiculaires au dos du plongeur et placées au même niveau que la soupape d’expiration. Il en résulte qu’il n’existe pas de différence de pression hydrostatique entre la phase d’inspiration et la phase d’expiration. La démultiplication de la pression hydrostatique est réalisée par l’intermédiaire de deux leviers (un par membrane). Ces deux leviers sont également asservis entre eux par un poussoir. Le détendeur est équipé de deux tuyaux annelés, raccordés à un embout buccal en « T ». La soupape d’expiration est du type « bec de canard ». Enfin, un dispositif de sécurité permet de « gonfler un gilet flotteur » remontant automatiquement le plongeur lorsque la pression dans la ou les bouteilles descend en-dessous d’une valeur limite fixée par avance, ou par manœuvre volontaire du plongeur.

Dessin des premiers scaphandres autonomes réalisés (tri-bouteille et mono-bouteille), robinetteries en bas, avec détendeur caréné placé dans le prolongement de la bouteille (archives Claire HERAIL).

Début 1954, Georges se met à son compte pour la fabrication de ses premiers scaphandres en installant son atelier Chemin de la Gare à BLAGNAC. Des exemplaires prototypes de ces scaphandres seront construits et simplement dénommés « scaphandre autonome G.H. … » suivis d’un numéro de type précis au fil des améliorations successives (G.H. 05 ou G.H. 08, par exemple). Les lettres « G.H. » signifiaient évidemment Georges HERAIL, tout comme le « G.C. 42 » signifiait Georges COMMEINHES 1942 et quelques années plus tard le « C.G. 45 » signifiait COUSTEAU – GAGNAN 1945 pour ses utilisateurs. 

Détendeur pectoral à double membrane. Les tuyaux annelés en caoutchouc bleu n’ont pas résisté à l’épreuve du temps. (photo Ph. ROUSSEAU)

Georges dépose le 17.08.1954 un second brevet d’invention n° 1.106.529 concernant un « dispositif régulateur pour appareil respiratoire ». Il s’agit en réalité de précisions apportées à son premier brevet d’invention déposé. Il y explique que la soupape d’expiration doit se trouver à mi-distance entre les deux membranes (moyenne des pressions relatives aux deux membranes). Il y précise que le centre de poussée de la soupape d’expiration coïncide exactement avec l’axe vertical et le croisement des axes longitudinaux et transversaux, se confondant ainsi avec le centre moyen de poussée des membranes du détendeur.

L’originalité majeure du détendeur conçu par Georges HERAIL réside dans ses deux membranes parallèles, agissant en sens inverse l’une de l’autre, avec une soupape d’expiration placée à mi-distance entre ces deux membranes. On peut obtenir le débit continu en effectuant d’un doigt une légère pression au centre de la membrane.

Vue latérale du détendeur pectoral à double membrane (photo Ph. ROUSSEAU)

Le 14.10.1954, Georges dépose un troisième brevet d’invention n° 1.110.036 pour un « dispositif destiné aux appareils respiratoires permettant de changer la distribution d’air ». Il s’agit d’un perfectionnement de son précédent système par adjonction d’un tuba, installé de façon permanente sur l’embout buccal en « T », avec un by-pass permettant alternativement l’alimentation de l’embout buccal soit par le scaphandre autonome, soit par le tuba. Un dispositif complémentaire permettait également l’élimination de l’eau ou de la salive par deux soupapes disposées dans des logements étagés. Le Commandant Yves LE PRIEUR et l’ingénieur Dimitri REBIKOFF ont également travaillé sur des systèmes analogues, avec obturation de l’extrémité du tuba lors des phases d’immersion, avec dépôts de brevets d’invention et fabrication de prototypes, mais sans succès commercial. Curieusement, quelques années plus tard, les sociétés CRISTAL et PIEL produiront un vêtement étanche de plongée professionnelle dénommé « TS 7 » dont le détendeur CRISTAL intégré était équipé d’un tuba et d’un by-pass.    

Entrainement en piscine. Georges est à gauche, sur le bord du bassin. (archives Ph. ROUSSEAU)

Le 16.02.1955, Georges se déclare comme artisan à la Chambre des Métiers (fabrication d’appareils sous-marins et respiratoires). Le 2.03.1955, il dépose auprès de l’I.N.P.I. la marque « POUMONDEAU, le scaphandre autonome idéal pour les activités sous-marines ». Le 18.04.1955, Georges dépose également la marque POUMONDEAU auprès du Tribunal de Commerce de TOULOUSE sous le n° 5.043. 

Des photographies d’archives confirment la réalisation de ces premiers scaphandres de Georges HERAIL et leur utilisation en plongée. En avril 1955, la première publicité apparait dans le numéro 5 de « L’Aventure Sous-Marine ». Puis des articles rédactionnels expliquant le fonctionnement des scaphandres POUMONDEAU sont publiés dès la fin de l’année 1957 dans les numéros 10, 11 et 12 de « L’Eau et la Vie Sous-Marine ».

Georges équipé du bi-bouteille dorsal et son détendeur pectoral à double membrane (archives Claire HERAIL)

Nous pouvons aujourd’hui nous demander pourquoi Georges avait choisi l’appellation « POUMONDEAU ». Pouvait-il ignorer que la fabrication des scaphandres autonomes COUSTEAU – GAGNAN aux Etats-Unis était réalisée depuis une demi-douzaine d’années par la société nord-américaine « AQUA-LUNG », filiale de la société française LA SPIROTECHNIQUE ? L’appellation « POUMONDEAU » serait-elle une raison supplémentaire, mais non formalisée par LA SPIROTECHNIQUE, pour initier le futur procès à l’encontre de Georges HERAIL ? 

Le conflit et le procès avec LA SPIROTECHNIQUE

Dès le 27.08.1953, LA SPIROTECHNIQUE avait adressé un premier courrier recommandé à Georges HERAIL en lui reprochant de réaliser ce qu’elle considérait comme des contrefaçons de ses scaphandres autonomes COUSTEAU-GAGNAN, tombant sous la dépendance de leur brevet n° 937.032 déposé le 8.07.1943 par la société « L’AIR LIQUIDE » et Jacques-Yves COUSTEAU. Il s’agissait initialement d’obtenir « à l’amiable » l’arrêt des fabrications de Georges HERAIL. Devant la poursuite de ses réalisations, LA SPIROTECHNIQUE lui adressait le 6.06.1956 un nouveau courrier recommandé de mise en demeure et l’informait qu’elle avait décidé de passer à l’action judiciaire à son encontre.    

Mise à l’eau de plongeurs tous équipés de scaphandres autonomes HERAIL / POUMONDEAU de modèles différents (archives Claire HERAIL)

Curieusement, la plainte et la procédure seront initiées au nom propre de Jacques-Yves COUSTEAU et non de LA SPIROTECHNIQUE. Le procès et le jugement du 31.03.1958 de la 1èreChambre civile du Tribunal de 1èreInstance de TOULOUSE déboutera Jacques-Yves COUSTEAU et donnera raison à Georges HERAIL. Personne ne fera appel après ce jugement de première instance. (voir ci-après les attendus ayant motivé le jugement)

Le projet d’ « AQUAPHONE » avec Paul BEUCHAT

Conjointement avec Paul BEUCHAT, Georges dépose le 31.07.1958 un quatrième brevet d’invention n° 1.201.020 pour un « dispositif destiné à permettre la transmission phonique directe sous l’eau ». Il est constitué par un masque facial dont la vitre est remplacée par une « paroi transparente lamellaire, de façon à vibrer lors des émissions phoniques ». La partie inférieure du masque est plus proéminente que la partie supérieure, afin d’y former une « caisse de résonance ». Le hublot est donc incliné obliquement, la partie haute rapprochée du front et la partie basse éloignée du menton. Un embout buccal interne permet son retrait et sa reprise en bouche de façon aisée, par une manœuvre volontaire du plongeur. Le projet imaginait la possibilité future de l’équiper d’un microphone d’une « installation radiophonique », sans préciser le système de transmission pouvant être adopté (filaire ou non-filaire). Ce projet n’aboutira pas, car techniquement sans résultat probant.  

Arrière du POUMONDEAU Ventral et son détendeur à boitier cylindrique transparent (photo Ph. ROUSSEAU)

Les différents modèles de scaphandres POUMONDEAU

Tous les modèles sont caractérisés par une qualité de fabrication particulièrement soignée, dans l’esprit des productions de l’industrie aéronautique. Les bouteilles, les carénages et les pièces métalliques externes des détendeurs ont systématiquement des traitements de surface anodisés et une couleur bleue métallisée. 

Le POUMONDEAU Dorsal. Il est proposé en version mono-bouteille ou en version bi-bouteille, en dorsal avec les robinets en bas. Les bouteilles sont de 8 litres ou de 12 litres à 200 bars. Le détendeur est fixé à l’avant sur le sanglage de poitrine.

A gauche : Georges équipé d’un POUMONDEAU Ventral (archives Claire HERAIL) – A droite : POUMONDEAU Ventral lors de ses essais par le G.E.R.S. (archives Ph. ROUSSEAU et Marine Nationale)

Le POUMONDEAU Ventral. Il s’agit d’un petit bi-bouteille, robinets en haut, porté de façon ventrale. Les bouteilles en alliage léger sont de 2 litres ou de 3 litres à 178 bars. Le détendeur à un étage est commandé par une membrane tubulaire souple et transparente. Il ne comporte qu’un seul tuyau annelé pendulaire. La soupape d’expiration est encore de type « bec de canard ». Il peut être livré avec ou sans un astucieux manomètre étanche à double lecture : frontale pour être vue par une personne face à l’utilisateur, latérale pour être vue par l’utilisateur. Le POUMONDEAU ventral a été conçu pour une mise en œuvre rapide et pour des plongées à moyenne profondeur (maximum – 25 mètres).

POUMONDEAU Ventral utilisé par la très jeune Dany VEDRINES (fille d’André VEDRINES, Directeur général de la FFESSM de 1981 à 1996, décédé le 25 mars 2019) en juillet 1958. (archives Ph. ROUSSEAU)

Le POUMONDEAU Junior (janvier 1958). Il s’agit d’un bi-bouteille dorsal, robinetteries en haut, avec un seul tuyau annelé. Ce sera le modèle le plus vendu.

L’accident mortel du 5.02.1959

Le jeudi 5.02.1959, Georges HERAIL est sollicité pour réaliser une plongée d’inspection sur le barrage d’une usine électrique à SAINT-LIZIER (Ariège). Equipé d’un vêtement en néoprène et d’un petit bi-bouteille POUMONDEAU Ventral de sa fabrication, Georges se met à l’eau à 11H30’. Il effectue une première inspection en immersion en aval de la vanne, puis remonte sur le barrage. Vers 11H50’, il se réimmerge en amont du barrage pour tenter de repérer l’emplacement d’un probable « renard » au niveau de la pile centrale de la vanne. Malgré un bout attaché autour de la taille et une corde d’appel à la main, Georges est brutalement aspiré dans le « renard ». Le bout est tendu au maximum et ne peut plus être tiré. Lors d’une nouvelle tentative de traction par les assistants de surface, le bout finit par casser. Aucun autre plongeur n’est présent sur les lieux. Les assistants présents téléphonent pour demander des secours. Environ une heure plus tard, une première équipe d’un club de plongée arrive sur place. Un plongeur est envoyé en reconnaissance en amont du barrage, à l’endroit où Georges a disparu. Il est assuré par deux bouts solides et on ne lui laisse que très peu de mou. En bas du radier, il constate que le « renard » fait apparemment 1,20 m de largeur et 1 m de longueur. En cherchant à regarder à l’intérieur, le masque du plongeur est arraché par l’aspiration. Pendant trois jours, de nombreux sauveteurs provenant de trois clubs de plongée de la région vont se relayer. Un batardeau sera édifié, mais les recherches resteront infructueuses. Certains évoqueront la présence d’un « trou » de 5 mètres de profondeur sous le fond de la rivière. Heureusement, personne ne s’y risquera. Le corps de Georges HERAIL ne sera jamais retrouvé. Une rumeur non vérifiée aurait courue plus tard qu’une de ses palmes aurait été retrouvée à une vingtaine de kilomètres en aval.

Georges équipé d’un POUMONDEAU Ventral

Lorsque l’accident s’est produit en 1959, un adolescent de SAINT-LIZIER avait assisté aux tentatives infructueuses de récupération du corps de Georges. Les hasards de la vie ont fait que bien des années plus tard cet adolescent est devenu le Maire de SAINT-LIZIER. L’évènement avait dû particulièrement le marquer puisqu’en 2008 la Mairie de SAINT-LIZIER a fait édifier une stèle avec une plaque commémorative à l’endroit de sa disparition et qu’elle fleurit tous les ans, le 5 février. Alors qu’il se produit encore aujourd’hui, environ une fois par an, un accident mortel de scaphandrier aspiré par le « renard » d’un ouvrage d’art sur lequel il intervenait, Georges est probablement le seul plongeur qui ait été ainsi honoré par les responsables de la commune où l’accident s’est produit. Par ailleurs, une rue de SERIGNAN porte le nom de Georges HERAIL.

Les essais techniques par le G.E.R.S. du POUMONDEAU Ventral

Quelques mois après le décès de Georges HERAIL, le 17.07.1959 le Capitaine de Frégate DURAY, commandant le G.E.R.S., rédigeait le rapport d’essais n° 349 de l’appareil de plongée autonome à air POUMONDEAU Ventral. Ce rapport constate la qualité de fabrication ainsi que l’originalité du détendeur par sa membrane d’équilibrage constituée de son boitier cylindrique en matière plastique souple et enfin la grande compacité générale de l’appareil. Il est par contre beaucoup plus critique sur la capacité limitée des deux bouteilles ainsi que sur le débit au-delà d’une vingtaine de mètres.

Plongeurs équipés de POUMONDEAU Ventraux (archives Claire HERAIL)

Il conclut ainsi son rapport d’essais : « Appareil de plongée de faible capacité et de performances juste suffisantes dans ses limites ; conception originale en plusieurs points et fabrication soignée. Cet appareil ne présente pas grand intérêt pour la Marine. Sa capacité est trop faible pour l’emploi en plongée courante et permet de le classer parmi les appareils de sauvetage pour lequel il serait assez bien adapté par sa conception. Son créateur l’a étudié en vue de la plongée spéléologique, pour laquelle il a cherché à obtenir un appareil très compact, présentant les risques minimum d’accrochage aux parois rocheuses (sanglage ventral, détendeur incorporé. »

Claire HERAIL doit élever seule ses enfants

A la suite de son décès, son épouse Claire s’est retrouvée seule avec leurs trois enfants et était enceinte d’un quatrième. L’aînée n’avait alors que 10 ans. Claire HERAIL est revenue s’installer à SERIGNAN, son village d’origine. Elle a été soutenue par sa famille et ses amis. En 1961, le Maire de SERIGNAN lui a proposé une place de concierge au collège Paul BERT. Elle surveillait les bâtiments et faisait le ménage le soir dans les classes. Elle a été logée avec ses enfants au rez-de-chaussée de l’actuelle Ecole de musique. Elle a occupé ce poste jusqu’en 1985, à l’âge de son départ à la retraite.

Claire HERAIL a continué à payer les redevances annuelles pour les brevets d’invention déposés par Georges. Elle a contacté les divers fabricants de matériels de plongée pour tenter de leur vendre ces brevets. Ce sera en vain. Elle finira le 27.07.1961 par demander la radiation à la Chambre des Métiers, ce qui signifiera la fin des POUMONDEAU.  

Entrainement en piscine avec le bi-bouteille dorsal et son détendeur pectoral (archives Ph. ROUSSEAU)

Des points communs entre deux Georges

Il existe plusieurs points communs entre deux Georges ayant marqué l’histoire technique de la plongée subaquatique : Georges COMMEINHES et Georges HERAIL. Ils ont tous les deux conçu et fabriqué des appareils de plongée autonome très astucieux, mais surtout d’une qualité de fabrication que nous pouvons qualifier d’exceptionnelle aujourd’hui avec le recul. Leurs entreprises respectives étaient de taille modeste par rapport à leur concurrent LA SPIROTECHNIQUE, filiale du groupe L’AIR LIQUIDE. Comment pouvaient-ils lutter longtemps commercialement contre le fabricant des scaphandres autonomes COUSTEAU – GAGNAN ? Bien que d’une fabrication un peu plus rustique, mais d’une solidité et d’une fiabilité à toute épreuve, ces derniers se sont imposés à l’échelon mondial.

Les deux Georges sont l’un et l’autre décédés peu de temps après le début de l’aventure de la commercialisation de leurs productions : Georges COMMEINHES, chef de char au sein de la 2èmeDivision Blindée lors de la libération de STRASBOURG le 23.11.1944 (voir magazine SUBAQUA n° 159 de juillet-août 1998) et Georges HERAIL aspiré dans un « renard » d’un barrage le 5.02.1959. 

Ce dernier nous aura néanmoins laissé quelques remarquables scaphandres autonomes POUMONDEAU.

 Philippe ROUSSEAU et Jacques CHABBERT

Qui remercient chaleureusement madame Claire HERAIL et sa fille Gisèle BERTOMEU pour les éléments biographiques et iconographiques aimablement communiqués.

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POUMONDEAU Ventral et son mano_B

DOCUMENT INEDIT : la décision de Justice du 31.03.1958

Procédure judiciaire civile, COUSTEAU contre HERAIL

1èreChambre civile du Tribunal de 1èreInstance de TOULOUSE

Composition du Tribunal : BENOIT, Président ; LACHEZE, Juge ; DEVEZE, Juge ; AYMERIC, Substitut,

Parties défendues par :

–      Me DEMOUSSEAUX, avocat au Barreau de PARIS, assisté de Me MADRAY, avoué, pour M. Jacques-Yves COUSTEAU demeurant à PARIS, 48 avenue de la Motte-Piquet,

–      Me DUMAS Jacques, avocat au Barreau de PARIS, assisté de Me MALAVAL, avoué, pour M. Georges HERAIL demeurant à BLAGNAC (Haute-Garonne), chemin de la Gare.

« Attendu que COUSTEAU est propriétaire conjointement avec la Société « AIR LIQUIDE » d’un brevet d’invention n° 937.032 demandé le 8.07.1943 et délivré le 1.03.1948 concernant les perfectionnements aux installations pour la respiration des scaphandriers, que le 12.09.1956 il a fait régulièrement procéder suivant les formes de la loi du 5.07.1844 au domicile et dans l’atelier du sieur HERAIL à BLAGNAC (Haute-Garonne) à la saisie d’un appareil respiratoire pour scaphandrier en circuit ouvert, comportant un dispositif d’aspiration d’air avec détendeur et un dispositif d’évacuation de l’air expiré ; qu’il soutient que cet appareil constitue une contrefaçon de l’appareil breveté n° 937.032 et qu’il a assigné HERAIL en confiscation des appareils saisis ou stockés, ainsi qu’en dommages intérêts,

Attendu qu’HERAIL oppose d’abord que le brevet invoqué par COUSTEAU ne décrit pas des moyens nouveaux ou des originalités dont COUSTEAU soit l’inventeur et puisse se prévaloir et que ce brevet est donc de nul effet, qu’il soutient ensuite que l’appareil qu’il a construit lui-même présente des caractéristiques nouvelles et brevetables n’ayant rien de commun avec celles décrites dans le brevet COUSTEAU,

Attendu que l’appareil COUSTEAU est un appareil autonome pour scaphandrier à circuit ouvert tel que le plongeur emporte avec lui sa provision d’air dans des bouteilles, aspire cet air par l’intermédiaire d’un détendeur, d’un tuyau et d’un embout introduit dans sa bouche, puis rejette l’air expiré par le même embout et par un tuyau terminé par une soupape,

Attendu que le brevet indique comme première caractéristique que le détendeur est un détendeur à dépression que règle l’arrivée de l’air suivant les besoins du plongeur par le moyen d’une membrane soumise à la pression de l’eau et placée au voisinage de la cage thoracique, laquelle commande une soupape de telle sorte que soit réalisé automatiquement un équilibre entre la pression de l’air provenant de la bouteille et la pression de l’eau, sur la cage thoracique du plongeur,

Attendu que la deuxième caractéristique de l’appareil COUSTEAU consiste en ce que l’évacuation du gaz expiré se fait par une soupape placée au voisinage de la membrane du détendeur, ce qui a pour effet dans les diverses positions du plongeur de réduire la différence entre la pression de l’eau sur la membrane et la pression d’échappement de l’air et par ce moyen, d’empêcher dans une certaine position du plongeur l’échappement spontané de l’air frais et dans une position opposée l’effort de la cage thoracique pour provoquer l’échappement de l’air expiré,

Attendu que le brevet COUSTEAU indique que l’orifice d’évacuation de l’air expiré doit être disposé à une distance du centre de poussée de la membrane du détendeur inférieure à la hauteur de la colonne d’eau mesurant la dépression nécessaire au fonctionnement du détendeur et que COUSTEAU dans son appareil a placé la soupape d’expiration dans la même boite cylindrique que le détendeur et aussi près que possible de la membrane unique de ce détendeur que l’appareillage le permettait,

Attendu que suivant une jurisprudence constante, pour qu’une invention soit brevetable, il n’est pas nécessaire qu’elle mette en œuvre des moyens nouveaux pour obtenir un résultat nouveau, qu’il suffit qu’il y ait combinaison nouvelle de moyens connus,

Attendu que COUSTEAU ne conteste pas que le scaphandre autonome à circuit ouvert soit déjà connu, qu’il en soit de même de la soupape en caoutchouc pour l’expiration ni que le détendeur à dépression dont il avait fait cependant la première caractéristique de son brevet soit un moyen déjà connu,

Mais attendu qu’il soutient avoir imaginé pour son appareil deux combinaisons nouvelles que l’appareil HERAIL reproduit à savoir : 1°) l’installation de deux tuyaux partant tous deux de l’embouchure l’un pour l’aspiration, l’autre pour l’expiration de telle sorte qu’il n’y a pas mélange de l’air frais aspiré et de l’air vicié expiré, 2°) le rapprochement dans un même dispositif de la soupape d’expiration et de la membrane du détendeur ainsi qu’il a été expliqué ci-dessus,

Attendu sur le premier point que le brevet du scaphandre autonome LE PRIEUR demandé le 21.08.1926 comporte les deux tuyaux d’aspiration et d’expiration branchés sur la même embouchure et que ce dispositif est si bien dans le domaine public qu’il est employé dans de nombreux appareils dont les appareils DRAGER,

Attendu dès lors que COUSTEAU ne saurait revendiquer la nouveauté d’une telle combinaison,

Attendu sur le deuxième point que l’idée de placer l’orifice de la soupape d’expiration aussi près que possible de la membrane du détendeur pour éviter fuite d’air frais et effort du plongeur n’est pas nouvelle, qu’elle se trouve exprimée dans la note sur l’appareil plongeur ROUQUAYROL-DENAYROUZE en date de 1865 où il est écrit « pour économiser l’air, je l’ai placée (la soupape d’expiration) sous le plateau ».

Attendu que COUSTEAU ne saurait donc revendiquer la nouveauté d’une telle idée,

Attendu qu’il l’a réalisée en installant la soupape d’expiration dans la même boite que le détendeur et aussi près que possible de la membrane unique de ce dernier sans toutefois que la différence des pressions exercées sur l’orifice de la soupape et sur le centre de la membrane puisse devenir inférieure à deux grammes,

Mais attendu qu’il est sans intérêt, en l’état de l’appareil construit par HERAIL de rechercher si le dispositif ci-dessus de COUSTEAU tel qu’il l’a décrit et tel qu’il l’a construit constitue une invention brevetable,

Attendu en effet que le dispositif imaginé par HERAIL pour réduire et même supprimer la différence des pressions exercées sur l’orifice de la soupape d’expiration et sur la commande du détendeur apparait non comme un perfectionnement du dispositif COUSTEAU mais comme une combinaison nouvelle,

Attendu en effet que HERAIL a construit un détendeur en forme de tambour dont chaque face porte une membrane sur laquelle s’exerce la pression de l’eau, les deux membranes commandant ensemble l’admission de l’air frais par un système d’articulation de telle sorte que la pression de l’eau sur l’une des membranes se compose avec la pression de l’eau sur l’autre pour faire jouer une résultante égale à la pression qui s’exercerait sur une membrane située dans le plan médian au tambour,

Attendu qu’il a disposé dans ce plan médian et au centre du tambour la soupape d’expiration obtenant ainsi qu’à chaque instant de la plongée et dans toutes les positions du plongeur la pression qui commande la détente soit égale à celle qui s’exerce sur l’orifice de la soupape d’échappement,

Attendu qu’il est attesté par deux collectivités utilisatrices de l’appareil HERAIL, la Compagnie des Sapeurs-Pompiers de TOULOUSE et le Groupe de Secours spéléologique National, que le dispositif HERAIL a une excellente souplesse dans son fonctionnement et répond à toute sollicitation du plongeur, quelque soit la position ou le rythme,

Attendu que l’appareil breveté COUSTEAU comporte une seule membrane, que la combinaison imaginée par HERAIL de deux membranes avec installation de la soupape d’expiration entre elles pour obtenir un résultat théoriquement parfait est une combinaison nouvelle, que l’idée inventive étrangère au brevet COUSTEAU et sans équivalence dans ce brevet, réside dans cet emploi des deux membranes que COUSTEAU ne saurait donc prétendre qu’HERAIL est un contrefacteur et que sa demande doit être rejetée,

PAR CES MOTIFS

Le Tribunal jugeant publiquement, contradictoirement en matière ordinaire et en premier ressort, après avoir entendu Mr le Juge chargé de suivre la procédure en son rapport écrit, lu à l’audience, les avocats de la cause en leur plaidoirie, le Ministère Public en ses conclusions et après en avoir délibéré conformément à la loi,

Déboute COUSTEAU de sa demande, le condamne aux entiers dépens avec distraction au profit de Me MALAVAL, avoué, sur son affirmation de droit. »   

#SOMOSLOSCENOTES (*), les réseaux sociaux au secours de la conservation des cénotes

*Nous sommes les cénotes. Par Vincent Rouquette – Cathala – Photos Phillip Lehmann et SOMOSLOSCENOTES

Comment protéger les cénotes, ces merveilles de la plongée souterraine dans le Yucatan (Mexique), soumis à la convoitise des promoteurs immobiliers ? Éléments de réponse de Vincent Rouquette – Cathala, spécialiste dans ce domaine.

Il y a déjà dix ans de cela. Natalie Lynn Gibb, Anders Knudsen et moi-même faisions nos premiers pas en exploration sur la Péninsule du Yucatan, connue pour l’infinité de ses réseaux souterrains.

Notre enthousiasme à l’époque était sans limite. Nous n’hésitions pas à nous arrêter dans n’importe quelle ferme, à discuter avec n’importe qui, et surmonter n’importe quel obstacle afin de trouver des nouveaux cénotes dans lesquels assouvir notre soif d’exploration. 

Muk K’in fut le premier cenote exploré dans cette zone en 2011, par Natalie Lynn Gibb, Anders Knudsen et Vincent Rouquette-Cathala

Nous pensions naïvement que tout le monde portait un réel intérêt à ce qui nous semblait alors être l’activité la plus gratifiante que pouvait vivre un plongeur souterrain, voire un être humain. Et il ne nous serait jamais passé par la tête que certaines personnes n’aient pas envie de protéger les merveilles que sont les cénotes de la péninsule du Yucatan.

Chapeautés depuis déjà quelques temps par de grands noms de l’exploration souterraine dans la péninsule tels que Bill Phillips et Steve Bogaerts, il nous avait été dit que la plus grande épopée exploratoire de la région était derrière nous, les grands systèmes de grottes avaient déjà été découverts et connectés. Il restait sans doute d’anciennes explorations à poursuivre, quelques bouts de lignes à rajouter dans quelques tunnels partiellement envasés…Mais le gros de l’exploration était terminé, c’est en tous cas ce que l’on nous avait dit, et ce que nous croyions.

Extrêmement décoré, le système Nohoch Pek présente de nombreux paysages géométriques, comme ce plafond, au fil de ses 26 kms de galeries. 

De plus, une légende rurale (plus qu’urbaine) prétendait que tous les grands réseaux souterrains de la région présentant des développements horizontaux d’importance, se situaient exclusivement entre la côte des Caraïbes et une mystérieuse faille géologique, appelée la fracture de Holbox. Même si personne n’avait (et n’a encore) prouvé son existence, elle devait en théorie marquer la limite ouest, à environ 12 kms de la côte, ainsi que la limite sud de la zone où se trouvent les réseaux les plus étendus, au nord d’un petit village du nom de Muyl. Nous croyions alors nos mentors, car rien ne nous avait jusque-là prouvé le contraire.

Notre motivation sans relâche nous poussait cependant à aller nous mettre dans chaque trou boueux que nous trouvions. Nous ne voulions pas perdre la moindre opportunité de découvrir de nouvelles grottes vierges. Et bien que la plupart de nos essais se terminèrent par de cuisants échecs, il nous arriva aussi à l’époque de vivre quelques succès, et de rajouter quelques kms de ligne fraîche à des projets d’exploration abandonnés depuis les année 90. Notre mantra était alors “si on n’y va pas, on ne saura pas”…

Vecan est une cavité profonde aux dimensions titanesques, contrastant avec les réseaux décorés et peu profonds de la zone, l’exploration continue.

C’est sans doute cette obstination aveugle qui nous mis sur la route de Moises. Un villageois au nom prophétique qui nous montra un cénote vierge proche du petit village de Muyl. 

Le plus probable étant de trouver encore une fois un trou vaseux au milieu de la jungle, dans une zone ou les vétérans ne voyaient aucune possibilité sérieuse d’exploration, il nous fallait quand même aller voir pour savoir…

Contre toute attente, la grotte se révéla immédiatement immense, d’une beauté jamais encore vue dans la région, et elle semblait de plus infinie. Nous y vécûmes alors parmi nos plus grands moments d’exploration, vidant des dévidoirs de fil les uns après les autres, ajoutant chaque mois de nouveaux kilomètres d’exploration à ceux des semaines passées.

Dans une ambiance crépusculaire, la vision des concrétions qui ornent ces grottes est tout simplement magique.

Nous nous rendîmes alors compte qu’un aquifère monstrueux se cachait dans la région de Muyl. Et que les possibilités d’exploration étaient pratiquement illimitées. Les connections entre réseaux se succédèrent, les kilomètres de lignes s’ajoutaient les uns aux autres. Aujourd’hui l’exploration de cette zone n’a pas ralenti et présente à elle seule un des plus gros potentiels de notre région.

Un des aspects les plus remarquables de cette région, réside dans la variété des paysages souterrains rencontrés : Des grottes très étendues aux spéleothermes presque translucides, comme aux Bahamas, des cavités beaucoup plus profondes aux dimensions titanesques, qui semblent creusées par des ouvriers géants d’un autre âge. Des passages intimes très peu profonds accessibles seulement aux techniques de “sidemount avancé”, en rampant et en poussant bouteilles et matériel, et souvent un mélange de tout cela au sein d’un même passage.

Un univers minéral sans formations qui recèle de nombreux vestiges. L’austérité apparente peu cacher plus d’un trésor, et pas forcément financier.

 Les restes paléonto-archéologiques sont aussi nombreux : Des ossements de faune disparue depuis la dernière ère glaciaire et une abondance rare de vestiges mayas font de cette zone une véritable capsule temporelle qui doit impérativement être protégée, chérie et préservée.

La Jungle au-dessus est de plus une des dernières forêts originelles du sud-est Mexicain. On y rencontre souvent des jaguars, des toucans, et toutes sortes d’espèces devenues malheureusement très rares ailleurs, les arbres multi centenaires aux proportions de gratte-ciels végétaux y sont encore fréquents.

Pour Des raisons assez évidentes, Muk K’In est aussi appelé le temple au mille colonnes.

Entretemps la nouvelle génération d’explorateurs dont nous faisions partie, n’a eu de cesse que de trouver et d’explorer des grottes dans l’ensemble de l’état du Quintana Roo, et même au-delà. Il devenait alors clair que les légendes propagées par nos prédécesseurs n’étaient que cela : des légendes. Il suffisait de chercher de nouvelles grottes pour les trouver, et se mettre sous la dent des projets d’exploration tout frais.

Nous avions tous commencé à réaliser cependant que notre passion égocentrique pour être les premiers humains à voir certaines parties de notre planète, pouvait aussi être abordée de manière plus globale en incluant les problématiques que sont la divulgation de la connaissance, à des fins de conservation et d’éducation. 

Le paradis de l’Inframonde existe : nous l’avons découvert !

En effet un peu partout autour de nous, d’énormes complexes hôteliers détruisaient des centaines d’hectares de forêts et de mangroves dans le seul but de faire du profit rapide et sans vison sur l’avenir. Les stations de pompage proches des villes montraient de plus en plus de signes de pollution grave des eaux souterraines, et de nombreux propriétaires n’hésitaient pas à combler leur cénotes de manière à rendre constructibles des terrains qui ne le sont en réalité pas, sacrifiant un héritage culturel et naturel millénaire à un confort moderne souvent douteux.

Cependant, un charme particulier faisait de Muyl une zone à part, exceptionnelle et chère à tous. Le temps semblait figé, loin des développements urbains et touristiques. Les traditions Mayas perduraient, il nous fallait régulièrement demander l’aide d’interprètes pour traduire le Maya à l’espagnol, et pouvoir ainsi communiquer avec les locaux lors de nos longue marches dans cette forêt enchanteresse. Il nous semblait alors que le « progrès », la construction à outrance et la pollution des nappes phréatiques qui en découlent n’atteindraient jamais, en tous cas pas de notre vivant cette zone si fragile et si belle.

Loin d’être terminée, l’exploration des cénotes de Yucatan réserve encore de belles surprises… Mais ces beautés souterraines sont menacées par les promoteurs immobiliers.

Il est aussi utile de mentionner que la réserve de Sian Kan, patrimoine mondial de l’humanité, une zone de mangroves représentant la surface du Luxembourg et de la Belgique réunis, commence littéralement en bordure de ce village. L’ensemble de l’eau coulant dans les veines souterraines de Muyl est aussi celle qui alimente ce bijoux, cet écosystème d’une richesse et d’une fragilité rarement égalée, où que ce soit sur la planète.

Nous étions tristement optimistes

Il y a un an, une effroyable rumeur commença à se propager : le gouvernement fédéral avait cédé à la pression d’investisseurs très puissants, qui avaient (et ont toujours) comme projet d’ériger en plein sur cette zone si fragile et unique, une ville moderne, sortie de nulle part et d’une superficie aberrante de 50Km2.

 Notre paradis caché allait être sacrifié aux lois du marché, de la corruption et des échéances politiques à court terme.

Il nous fallait agir vite, le temps pressait, et le temps presse aujourd’hui plus qu’hier.

Somos Los Cenotes, Episodio 1

Le damos la bienvenida al primer episodio de una serie de videos que ilustran "Somos Los Cenotes".Somos Los Cenotes es un esfuerzo para crear conciencia local y global sobre la importancia de preservar estos acuíferos vitales.Lo invitamos a compartir estos videos ampliamente, ya sea que haya nacido y crecido en la Península de Yucatán, o eres un profesional del turismo, un buzo o un visitante. "Somos Los Cenotes" nos concierne a todos.Los cenotes están actualmente bajo amenaza, dile al mundo qué te importa, sea parte de la solución. Sé la voz de los cenotes.Sigue los cenotes en las redes sociales.#SomosLosCenotesWe welcome you to the first episode of a series of videos illustrating “Somos Los Cenotes”.Somos Los Cenotes is a grassroots effort to raise awareness locally and globally on the importance of preserving these vital aquifers. We invite you to share these videos widely, wether you were born and raised in the Yucatan Peninsula, a tourism professional, a divers or a visitors “Somos Los Cenotes” concerns all of us. The cenotes are currently under threat, tell the world that you care, be part of the solution. Be the voice of the cenotes. Follow the cenotes on Social Media. #SomosLosCenotes

Publiée par Somos Los Cenotes sur Mercredi 13 novembre 2019

Un groupe étendu de scientifiques, d’archéologues, d’écologistes, d’explorateurs et même de certains membres de ministères Mexicains se réunirent en secret de manière à trouver un angle d’attaque permettant de se donner les plus grandes chances de succès dans cette entreprise titanesque, face à de si grandes puissances économiques. Phillip Lehmann, ayant déjà gagné des batailles similaires en République Dominicaine, sur des fronts plus modestes, eut alors une idée.

L’objectif était alors d’insister sur l’aspect économique, et les revenus que les populations locales peuvent tirer de la conservation de leur patrimoine, plutôt que de sa destruction.

Il nous fallait alors trouver une solution virale, et faire des cénotes de cette zone la pierre d’angle de la subsistance de ses habitants.

Le mouvement #SOMOSLOSCENOTES était né

Somos Los Cenote episodio 2

Le damos la bienvenida al segundor episodio de una serie de videos que ilustran "Somos Los Cenotes".Somos Los Cenotes es un esfuerzo para crear conciencia local y global sobre la importancia de preservar estos acuíferos vitales.Lo invitamos a compartir estos videos ampliamente, ya sea que haya nacido y crecido en la Península de Yucatán, o eres un profesional del turismo, un buzo o un visitante. "Somos Los Cenotes" nos concierne a todos.Los cenotes están actualmente bajo amenaza, dile al mundo qué te importa, sea parte de la solución. Sé la voz de los cenotes.Sigue los cenotes en las redes sociales.#SomosLosCenotesWe welcome you to the second episode of a series of videos illustrating “Somos Los Cenotes”.Somos Los Cenotes is a grassroots effort to raise awareness locally and globally on the importance of preserving these vital aquifers.We invite you to share these videos widely, wether you were born and raised in the Yucatan Peninsula, a tourism professional, a diver or a visitor “Somos Los Cenotes” concerns all of us.The cenotes are currently under threat, tell the world that you care, be part of the solution. Be the voice of the cenotes.Follow the cenotes on Social Media.#SomosLosCenotes

Publiée par Somos Los Cenotes sur Mardi 10 décembre 2019

Nous avons depuis travaillé à un documentaire destiné à montrer au grand public les beautés cachés de l’inframonde, et l’importance de l’eau douce et de sa conservation comme racine même de l’essor touristique de la péninsule du Yucatan. Â un niveau plus global, la même prise de conscience est extrapolable à tous les aquifères du monde, à toutes les ressources d’eau douce de la planète, et ce que nous voulons faire, avec votre aide, car au fond, nous sommes faits d’eau douce, et en cela SOMOSLOSCENOTES* !

Aidez-nous à propager le message, auprès des plongeurs et des non-plongeurs, devenez vous aussi les embassadeurs de la protection de ce milieu unique en partageant la série de documentaires de la page FB # SomosLosCenotes* (*Nous sommes les cénotes)

Somos Los Cenotes episodio 3

Le damos la bienvenida al tercero episodio de una serie de videos que ilustran "Somos Los Cenotes".Somos Los Cenotes es un esfuerzo para crear conciencia local y global sobre la importancia de preservar estos acuíferos vitales.Lo invitamos a compartir estos videos ampliamente, ya sea que haya nacido y crecido en la Península de Yucatán, o eres un profesional del turismo, un buzo o un visitante. "Somos Los Cenotes" nos concierne a todos.Los cenotes están actualmente bajo amenaza, dile al mundo qué te importa, sea parte de la solución. Sé la voz de los cenotes.Sigue los cenotes en las redes sociales.#SomosLosCenotesWe welcome you to the third episode of a series of videos illustrating “Somos Los Cenotes”.Somos Los Cenotes is a grassroots effort to raise awareness locally and globally on the importance of preserving these vital aquifers.We invite you to share these videos widely, wether you were born and raised in the Yucatan Peninsula, a tourism professional, a diver or a visitor “Somos Los Cenotes” concerns all of us.The cenotes are currently under threat, tell the world that you care, be part of the solution. Be the voice of the cenotes.Follow the cenotes on Social Media.#SomosLosCenotes

Publiée par Somos Los Cenotes sur Dimanche 2 février 2020

Vincent Rouquette-Cathala est copropriétaire de Under The Jungle, au Mexique. Il est instructeur et formateur d’instructeurs de plongée technique et souterraine TDI, CMAS et DSAT.

Avec Natalie Gibb, sa binôme et associée depuis de nombreuses années, ils n’ont de cesse que d’explorer, cartographier, et oeuvrer à l’éducation et la conservation de ces merveilles naturelles.

Vincent Rouquette – Cathala, copropriétaire de “Under The Jungle”

contact: vince@underthejungle.comwww.underthejungle.com

Lien vers la page Facebook Somosloscenotes : https://www.facebook.com/SomosLosCenotes/?__tn__=%2Cd%2CP-R&eid=ARC8w_rcCpe1dRFd5rq6yAyuODuqJswIPsRHzOF1fq77CFqXASHOuwTyztfzXnfiTZxo3Ze8vfyRv-J7

Croisière en Papouasie, un hommage au temps (qui passe)

Texte et photos (sauf celles de drone) Henri Eskenazi – www.henrieskenazi.com

Précision : Cet article n’est pas un reportage, c’est juste un recueil d’émotions partagées.

S’évader le temps d’une croisière en Papouasie, c’est une opportunité de bouleverser son quotidien, de découvrir des univers différents et de multiplier des rencontres enrichissantes.

A vouloir vivre plus, plus longtemps, plus intensément, plus efficacement… nous avons tendance à vouloir vivre plus vite. Et en vivant plus vite, nous vivons moins.

La recherche de performance est souvent vaine, tant nous avons tendance à oublier pourquoi nous voulons aller vite. Pour profiter de plus d’évènements ?

Alors, pourquoi les gâcher tous en les vivant superficiellement, sous la pression que nous imposons à nous mêmes ?

Il n’est pas question de vivre moins mais de vivre mieux. Le bon rythme, c’est celui qui nous permet de vivre pleinement ce que nous vivons.

Dans l’expression « prendre son temps », c’est le « son » qu‘il faut entendre. Le bon temps, c’est le temps qu’il nous faut, à nous et à nous seul, pour réaliser une tâche.

En prenant « son » temps, la tâche retrouve un intérêt en elle-même, alors que dans la recherche de performance, la tâche n’est qu’un moyen, qu’une contrainte. Et la vie passe de tâches bâclées en tâches sans intérêts… avec son lot de stress, de compétitions inutiles et de tristes victoires. La bonne vitesse, c’est celle qui nous permet de faire bien, dès la première fois et de perdre son temps : en gagnant !

Tout d’abord donc, ne penser à rien, ensuite continuer pour voir le monde autrement. 

Loin de la froidure de l’hiver européen, Jakaré, un superbe bateau d’une trentaine de mètres, nous attend sagement ancré au milieu de la baie juste en face de Sorong. C’est une goélette toute en tek et bois de fer, construit récemment, aussi confortable qu’agréable à l’œil. Il y a beaucoup d’espace et je m’y sens tout de suite très à l’aise.

La plupart des hommes d’équipage sont présents depuis l’origine du bateau. Ils sont originaires d’îles diverses, Java, Sulawesi ou Papouasie mais le sourire dans leur regard est commun : discrets, disponibles et efficaces. Quelques qualités que les plongeurs croisiéristes que nous sommes apprécient tout particulièrement. Les plongées sont parfaitement gérées. François, le responsable du bateau est calme, chaleureux et très professionnel. Ici, loin de tout, il est indispensable de ne rien laisser au hasard.

Notre première nuit à Yanbuba, entourés d’îles verdoyantes et de plages désertes typiques des Raja Ampat (les 4 Rois), est méritée après un long périple pour atteindre cette destination. Ainsi nous sommes prêts pour notre première plongée d’une heure. Devant le village, dans quinze mètres d’eau, la vie est foisonnante avec en particulier, au bout de dix minutes, la rencontre de l’étrange requin-tapis (il porte bien son nom !) ou Wobbegong, sous une grande table de corail. Notre croisière commence bien…

Après une balade en plein soleil sur un banc de sable particulièrement photogénique, notre cœur et notre corps se réchauffent de tant de beauté. Il est difficile d’être blasé de ces îles lointaines où la végétation luxuriante trempe littéralement dans les flots. Les nombreux animaux s’expriment par leurs chants ou leurs cris. Les moustiques sont absents.

Le ciel déjà un peu menaçant, nous offre maintenant un orage particulièrement intense mais qui ne dure que quelques minutes. Juste assez pour nous faire encore plus apprécier la blancheur éblouissante du sable et la transparence de l’eau, avec une visibilité de vingt mètres, laissant apparaître les innombrables coraux.

Avec mon regard, embrasser tout l’espace et le calme de cet archipel des Raja Ampat dans mer d’Halmahera, pour me laisser doucement bercer par la naissance du soleil, dans un repos presque absolu tout près des flots. Me retrouver seul. Me retrouver en compagnie. Ne plus penser à rien sauf à l’essentiel, car il est des croisières qui nous grandissent l’esprit…

Celle sur Jakaré en fait partie. Ici mes rêves s’éveillent au fil des jours qui défilent, là je photographie les océans, vastes et tranquilles, quelquefois impétueux où palpitent, de l’horizon bas au zénith, des fonds jusqu’à la surface, une multitude de tons doux et pastels, nuancés par la houle ou les vagues blanches et tendres.

J’essaye maintenant de passer plus de temps à voir, à observer, le plus complexe de nos sens mais pourtant le plus utilisé. Je tente de créer l’aventure aux détours des chemins et au-delà de ma simple pensée rétinienne, je flirte constamment avec la profondeur de champ.

Quand j’écoute les hommes parler, ils me content le silence des années passées et murmurent à mes yeux les souvenirs de la nature. Le spectacle devient ainsi plus beau que mes souvenirs. Je savoure ce précieux cadeau offert par le temps.

« Peut-être, si ce que racontent les sages est vrai et qu’il existe ici ou là un lieu où nous aurons notre séjour, celui que nous pensons avoir perdu nous a ouvert le chemin. » (Sénèque)

Cap au Nord-ouest. A la proue, les dauphins nous accompagnent.

A Cape Kri, nous nous laissons entraîner par un léger courant qui force en fin de plongée plus près de la surface. En chemin, plusieurs requins gris, pointes noires et pointes blanches accompagnent notre route. Les tortues ne sont pas en reste de nos éclairs de flash qui semblent ne point les importuner, bien au contraire. L’une d’entre elles ne se gêne pas pour littéralement labourer les alcyonaires. Un gros napoléon et une raie manta passent dans le bleu.

Au final, une loche de presque deux mètres se laisse nettoyer par une dizaine de petits poissons coopérants. Il y a aussi les platax en bancs, les trois espèces différentes de poissons-clowns dans la même anémone plus toute la vie animale de la Papouasie qui s’ébat entre coraux et gorgones.

Un coucher de soleil nous laisse sans voix, perdus dans le silence environnant. Place alors à l’émotion…

Quand je vole dans les abysses, en fait je tombe. 

Mes oreilles réagissent en premier, ou presque, par la pression qu’elles subissent dès les premiers mètres. Presque simultanément, mon regard se perd dans le bleu, cherche des repères qu’il ne trouve pas. Cherche encore.

En vain, je tente de prendre possession de l’obscurité en laissant la chaleur du soleil derrière moi. Les rayons, sans cesse en mouvement, me guident vers les profondeurs. 

Un poisson rouge m’observe plus que ce que je le vois. Un autre plus timide me croise, indifférent. 

Tel le poète, je plonge dans l’eau pour me rendre beau, je me gave de soleil pour me rendre fort et je regarde le ciel pour devenir grand. Je m’enfuis, tel un enfant, dans mes rêves enfouis.

Ce calme étrange, ce silence fabuleux, cette paix surnaturelle, qui entourent les océans le jour, survolent la houle, telle une légère drogue, la nuit. Entre mythe et réalité, je reste toujours fasciné par ces océans légendaires, synonymes de rêve, d’évasion, de volupté et de magie.

Peu importe l’ivresse, pourvu que j’ais la profondeur…

Navigation de nuit pour arriver à cent miles au Nord-ouest de Sorong dans l’archipel magique de Wayag, avec toujours cet immense plaisir de franchir la ligne équatoriale en comptant les étoiles et en suivant des yeux la lune qui s’élève.

Réveil au beau milieu d’immenses rochers volcaniques où mille palmiers surplombent la mer turquoise. Parfois une plage de sable immaculé vient troubler ma vision. Paisible est l’instant. Dix requins flirtent toute la journée avec la goélette.

Un nasi goreng (riz local agrémenté de légumes et autres bonnes choses) au petit déjeuner à six heures et nous sommes en forme pour l’ascension assez vertigineuse du mont Pindito à travers la forêt luxuriante poussant sur les scories. Là-haut, nous sommes récompensés par la vue sublime sur tout l’archipel caractéristique de cette région de la Papouasie. Photos sans compter. Benoit s’éclate avec son drone qui nous ramène des images originales. Le sourire aux lèvres de satisfaction, nous rentrons vers Jakaré pour notre première des quatre plongées quotidiennes au Nitrox à Pinacle Ridge. A peine mis à l’eau, une raie manta s’enfuie dans le bleu. Sur le sable, une tortue peu farouche et quelques requins batifolent. Parmi les couleurs indescriptibles des coraux, gorgones, éponges et alcyonaires, Mansar notre guide papou tape sur sa bouteille, tout émoustillé. En effet, il vient de nous dénicher un minuscule hippocampe marron de deux millimètres, posé sur un hydrozoaire, ce qui me remplie de joie car je suis équipé en macro mais qui laisse presque indifférent les autres plongeurs. Certains n’arrivent même pas à le voir sur le substrat de la même couleur.

Plus tard sur Secret Garden, nous sommes honorés par la présence de quatre énormes raies mantas qui vont et viennent dans une passe sablonneuse, plus une autre raie mobula en surface. L’une d’elles doit friser les cinq mètres, une autre est toute noire. Un requin-tapis, surpris par mes compagnons de plongée Patrick et Fred, vient se blottir littéralement sous mon corps. Peu farouche le bougre !

Notre journée se termine on ne peut plus paisiblement par une balade à travers les nombreux îlots de Wayag où quelques requins pointes noires et pointes blanches se promènent. J’en compte une bonne douzaine. Certains d’entre eux décident même de faire des bonds totalement hors de l’eau. C’est la première fois que j’ai l’occasion d’observer une telle scène. On en apprend tous les jours…

Désormais, j’aime regarder le ciel comme on voit la mer, avec les sons et les silences. 
Regarder les hommes comme on voit les fleurs, avec les ombres et les couleurs. 
Regarder la terre comme on voit l’amour, avec tendresse et bienveillance. 
En posant le juste regard. 

Tel un écrivain psychédélique dans un délire amusant, je me laisse parfois imaginer un espace infini totalement coupé du reste des mers, des îles littéralement en dehors de notre monde, bordées par de larges ceintures d’écume lumineuse, d’immenses galaxies complexes et minuscules d’étoiles primaires mais étincelantes où l’on pourrait entrecroiser dix mille tendres et sympathiques monstres cosmologiques. L’élégance dans l’esthétique ?

Une véritable immersion au cœur de la vie, une rencontre avec le peuple de la mer, du plus discret au plus imposant de ses habitants : voici le voyage auquel la nature  m’invite. Du plancton translucide aux mammifères puissants et majestueux, en passant par les murènes sensuelles et les limaces graciles, du gris froid des requins à la débauche de couleurs des poissons clowns, tout cela au milieu des coraux, ces sculptures composées par la nature et le temps. Tandis que d’autres créatures étranges semblent hésiter entre le minéral et l’animal, œuvres sans auteur, idéales de douceur et de délicatesse. Même le sable immaculé s’étire harmonieusement au fil de l’eau pour créer des formes mystérieuses. Une sensualité de l’espace, comme seule l’exceptionnelle nature peut nous l’offrir. Une fascination qui révèle l’harmonie. Des énergies rayonnantes m’enveloppent et me pincent le cœur car j’y ressens clairement la fluidité de toutes choses.

En amour, point n’est besoin de mots. Ainsi, une légende s’inscrit délicatement dans mon cœur.

Douce nuit, bercé par le clapotis sur la coque. Un véritable tourbillon océanique vient alors tenir compagnie à mes rêves pour un long voyage initiatique par delà les courants marins, exempt de toute drogue si ce n’est la seule faculté de penser…

Le top de mes plongées se trouve à Black Rock et Eagle Rock, à l’ouest de l’île de Kawé. Il me semble difficile dans ces lignes de décrire la richesse de la vie que je rencontre ici, avec une multitude de couleurs dans une eau à 30°C, sans courant et par moins de vingt mètres de profondeur. Je cite au hasard les raies mantas, les raies pastenagues, les barracudas, les perroquets à bosse sans oublier les immenses bancs de poissons et les nombreux nudibranches parmi les très nombreux coraux ou éponges. Ici, un descriptif détaillé ou exhaustif me semble aussi inutile qu’impossible.

Chaque journée passée comme celle-ci me fait prendre conscience de la chance que j’ai eu d’avoir découvert un jour la plongée sous-marine, quand j’étais plus jeune (hier !) et juste après, la photographie sous-marine. Mais çà c’est une autre histoire…

Découvrir le monde pour mieux le partager. Telle est désormais ma devise.

Les plongées nocturnes sous les jetées des îles Aljui et Sapokren nous réservent toutes les surprises attendues ou presque avec en prime un requin-tapis adulte et, à côté, un juvénile blotti dans une anémone. Une dizaine de crabes photogéniques sur des alcyonaires blanc et rouge. Des nudibranches, des crevettes, des vers, plein d’autres minuscules créatures mystérieuses et les yeux des poissons hébétés. Au sortir de l’eau, des millions d’étoiles et le calme de la nuit.

Ah au fait, j’allais oublier de préciser mais à aucun moment nous ne portons notre bloc ni notre matériel photo durant cette croisière. Le personnel, je le répète, est attentif et précautionneux. Il ya aussi suffisamment de prises électriques (prises françaises, 220 volts) pour charger nos batteries. Des détails non négligeables pour notre confort.

Deux aigles pêcheurs survolent Jakaré alors que nous appareillons vers l’île de Wofoh au Sud et que nous laissons au loin le village de pêcheurs avec sa ferme perlière. Des frégates suivent notre bateau durant de longues minutes. Autre spectacle inoubliable.

A l’entrée de la baie, nous nous délectons de la rencontre de deux hippocampes pygmées Barbiganti rouge et blanc, d’un banc d’une trentaine de perroquets à bosse et, cerise sur le gâteau, d’un gros requin-tapis qui expose ses deux ptérygopodes sur le sable dans une position franchement outrageuse. De plus, certaines éponges barriques décident de se reproduire à ce moment même. Pure coïncidence ? Les deux plongées, très différentes, autour de l’île, le mur et la pente de sable nous comblent avec ces carangues en chasse, ce superbe poulpe à la robe rouge, cette squille mante active et curieuse puis toutes ces crevettes aux formes et couleurs aussi folles les unes que les autres. 

Stop et photos du haut du mât avec vue imprenable sur les cocotiers de l’île de Wofoh, suivi d’une balade en kayak puis en PMT et enfin vient se coucher le soleil. Voilà donc le programme de cette magnifique journée, la tête ailleurs et pourtant encore sur terre mais au bout du bout du monde.

Descente vers l’île Piaynemo et le Kermo channel où un léger courant nous permet de côtoyer longuement un grand banc de perroquets à bosse broutant le corail.

Paix au fond et paix en surface avec un must à Melissa’s Garden où une dizaine de requins pointes noires nous attendent à quinze mètres de profondeur.

Ils effectuent un véritable ballet au milieu de milliers de poissons dont certains seront certainement leurs futurs repas. La variété des coraux et la diversité des poissons sont assez extraordinaires. La chaine alimentaire semble ici parfaitement respectée, sans déséquilibre, du plus petit aux plus grands prédateurs. Un nième requin-tapis, amorphe au possible, se vautre sur une table de corail. Macrophotographie des tâches sur sa peau et il ne bouge toujours pas.

Une seule palanquée rencontrée sous l’eau et un seul bateau de plongée croisé lors de cette croisière. Incroyable. Par contre, à chaque mouillage, les requins tournent régulièrement autour de Jakaré, ce qui agrémente notablement nos promenades aquatiques entre deux immersions. Balade ensuite, pour se dégourdir les jambes, au sommet de l’île Piaynemo afin d’admirer les multiples îlots dans un ancien cratère volcanique effondré, en tentant d’apercevoir les cacatoès ou les oiseaux du paradis. Le taux d’humidité avoisine les 100% mais il n’y a personne et le point de vue est magique à 13 539km de la France (c’est peint sur un panneau de bois !), avec pas ou peu de réseau internet…

Jakaré mouille à l’abri de l’île Yanggefo. Au loin, un orage illumine le ciel de la nuit, signé par quelques étoiles filantes.

Au tout petit matin, François fait le guet des crocodiles pendant que je m’aventure dans la mangrove pour quelques clichés mi air-mi eau, avec les coraux colorés au premier plan sous l’eau et, en surface, les racines de palétuviers qui plongent dans l’eau limpide. Pour ma part, ces prises de vues restent toujours, à la fois très esthétiques et excitantes, malgré ma déception de ne pas pouvoir photographier l’un de ces animaux.

A Manta Sandy, comme prévu et après quelques minutes d’attente, trois superbes raies mantas, de taille conséquente, viennent nous saluer les unes après les autres dans une eau un peu chargée. Une grosse tortue arrive en fin de plongée.

Autour des îles Frewen et Miokson, les plongées sont également assez extraordinaires avec, en particulier, deux beaux poissons crocodiles au milieu d’un jardin de couleurs.

Blue Magic mérite bien son nom : chasse de carangues, bancs de barracudas et fusiliers, thons et raies mantas sont au rendez-vous. L’une d’elles saute même hors de l’eau. Le courant est fort mais supportable car nous allons dans son sens bien sûr. Tout tournoie au-dessus de nos têtes. C’est la vie sous-marine comme on la souhaite, variée et active. Un must de notre vingtaine de plongées aux Raja Ampat.

Un moment particulièrement exceptionnel de cette croisière en Papouasie reste aussi le barbecue en chantant des chants traditionnels papous avec l’équipage de Jakaré et les habitants du village, tout en regardant les enfants jouer dans les arbres et les vaguelettes, le nez aux étoiles. Instant privilège.

Ecrire, ce n’est jamais que poser avec lenteur les fabuleux instants de ma mémoire. Mais avant cela, il faut mesurer toute l’importance de voir et d’entendre, en se délectant du hasard des lumières et des sons. Toucher et sentir les multiples fragrances aussi quelquefois. Avec tendresse et un opiniâtre refus de me prendre au sérieux, j’aime à raconter notre terre à celles ou ceux qui en font sa saveur. J’aime à la proue du bateau qui me berce, caresser les dauphins de mes yeux éblouis par la surface étincelante du soleil levant ou quand l’astre puissant s’endort enfin à la poupe, j’aime quitter la journée ocre d’un souffle apaisant. Au zénith, j’aime me cacher à l’ombre des paysages habillés par le soleil, sans faire le moindre bruit. Me taire des sons qui m’entourent pour mieux apprécier l’infinie puissance des silences, glanés au bord des chemins amis. J’aime aussi à flâner sous les arbres, ceux où s’entremêlent les fleurs et leurs parfums. Me cacher sous un abri simple quand le vent féroce hurle au dehors. J’aime cette terre où les montagnes se voient au loin et se croisent enfin. J’aime enfin ces beautés venues d’ailleurs qui semblent d’incessantes transitions entre le maintenant et l’onirique.

De l’Europe à la Papouasie, jusqu’à ce que la tête me tourne, je laisse ainsi flotter mes idées à la dérive, entre les continents d’un bonheur accessible, porté par les vagues sensuelles et apaisantes de l’océan. En hommage et en signe de respect pour cet univers sous-marin à la fois fascinant et si fragile, je vous invite tout simplement à voir ce que mes yeux ont vu car le regard est le sens dont sont issus les rêves : des songes riches, doux ou fous, mais qui troublent toujours la pensée et réveillent la passion.

Ensuite, écouter le silence, comme un écho à la multitude et la promesse du souvenir de moments inoubliables. Pas une question. Elles n’ont ici plus de sens.

Tel un nuage éphémère dans le ciel, j’autorise encore longtemps mon esprit à voguer au gré du vent.

« Fais ce que tu fais », disait le sage.

Texte et photos (sauf celle de drone) Henri Eskenazi

PRATIQUE

Forte de plus de deux cents millions d’habitants sur une superficie de 1.920 millions de kilomètres carrés, l’Indonésie est le quatrième pays le plus peuplé au monde. Si la densité moyenne (102 hab. au km2) avoisine celle de la France, elle est fort mal répartie.

Placée sur des lignes de grande fracture, l’Indonésie est une terre de feu.

Le décalage horaire est de UTC+8 (L’Indonésie comprend trois fuseaux horaires).

L’archipel des Raja Ampat (« les quatre rois »), indonésien depuis 1969 est en Papouasie occidentale, ex-Irian Jaya, elle-même située dans le Vogelkop et s’étendant sur les péninsules de Doberai et Bomberai. Cette région assez fermée au tourisme, reste très peu peuplée avec des zones encore inexplorées. Les Korowai « de pierre », derniers Papous réfractaires à la civilisation, ignoreraient que la Terre est ronde. Ils ne cessent de fuir les explorateurs car ils croient que leur monde se renversera et sera détruit au premier contact avec ceux qu’ils prennent pour des esprits… Selon leur catéchisme, un homme peut avoir pour frère un cochon, une souris ou un oiseau. Chez ce peuple, le monde visible s’appelle « Les Endroits ». Autour, s’étend « La Fin des Endroits », un monde invisible peuplé d’âmes. Pour certains, la sorcellerie est couramment pratiquée.

La Papousie occidentale comprend 900 000 habitants sur plus de 140 000 km2. Les Raja Ampat représentant 1 500 îles sont plus proches de l’Australie que de la capitale Java. Sa capitale est Manokwari. A l’est se trouve la Papouasie-Nouvelle-Guinée indépendante depuis 1975. Depuis le XVIème siècle, c’est ici la terre promise des explorateurs, « un musée vivant de la préhistoire ».

La région des Raja Ampat est souvent montagneuse avec des îles arborescentes tels le rotin ou le sagoutier (arbre à tout faire), dont les plus grandes sont Batanta (1185m), Waigeo et Salawati et Misool. Les trois premières se situent dans l’océan Pacifique, Misool se trouvant en mer de Seram. D’autre part, cette dernière mer abrite sur sa bordure nord les îles Raja et Kofiau. D’autres îles (dont Gag et l’archipel Fam) émergent en mer d’Halmahera. La superficie totale de l’archipel est d’environ 46 000 km2.

Cette partie du monde était déjà peuplée il y a 12 000 ans. Ce sont des navigateurs venus d’Asie méridionale qui ont importé la civilisation de la pierre polie, l’agriculture et l’élevage. Lors de cette navigation à l’extrême ouest de la Papouasie, je pourrais aussi  bien croiser des peuples singuliers et de cultures originales, telle la tribu des Danis, perchée dans les Highlands, encore très éloignés de notre civilisation par leur mode de vie mais qui, peu à peu, s’adapte au monde moderne qui les étonne de moins en moins.

Ici, comme partout ailleurs, les marchandises ont toujours traversé les frontières plus aisément que les hommes. Cloisonnées par le relief, la forêt ou la mer, mais aussi par les barrières ethniques et linguistiques, les ethnies sont tout de même liées par un lent réseau d’échanges. Mais les guerres tribales font toujours malheureusement plusieurs victimes chaque année.

Cette partie du monde reste ainsi une terre d’aventures. Pour combien de temps ?

L’archipel est situé à la limite occidentale de l’océan Pacifique et, à son niveau, se rencontrent les eaux des océans Pacifique et Indien, donnant naissance à un fort courant continental originaire du Sahul. 

Administrativement, les Raja Ampat forment un kabupaten de la province de Papouasie occidentale dont le chef lieu est Sorong, porte d’accès par avion également. Celle-ci a été détachée de la province de Papouasie en 2003. L’archipel a alors acquis son statut actuel. On estime la population à 49 000 habitants, soit un peu plus de 1 personne au km2.

Les Raja Ampat sont situées dans le « Triangle de corail », cœur mondial de la biodiversité corallienne et dans une mer qui contient peut-être l’une des plus riches diversités d’espèces de coraux connues au monde. Pour ma part, impressions et étonnement sont quotidiennement au rendez-vous.

L’UNESCO envisage de mettre les îles Raja Ampat sur sa liste du patrimoine mondial comme zone ayant la plus riche biodiversité marine de notre planète. En 2007, le gouvernement indonésien a désigné sept nouvelles zones marines protégées couvrant 9 000 km2.

On se rend aux Raja Ampat depuis la ville de Sorong.

En véritable créateur de souvenirs, je navigue ainsi sur le plus grand archipel du monde, avec dix-sept mille îles autour de moi, dispersées sur 5 000 kilomètres dont certaines restent anonymes.

Les Raja Ampat sont une destination idéale pour la plongée. Dans leurs eaux, abondent des tas de poissons coralliens multicolores. La nature sous-marine livre, même aux novices, un univers étonnant où les coraux aux formes exubérantes abritent une vie riche et encore préservée, avec quelques carangues, barracudas, raies Manta, requins ou hippocampes-pygmée, entre autres pour les plus petits. L’archipel des Raja Ampat a de nombreux sites de plongée comme Blue Magic, Cape Kri, Melissa’s Garden, Black Rock, Eagle Rock, Miokson, Manta Sandy.

Dans les montagnes de la Papousie, août et septembre sont brumeux et c’est au mois de mai qu’il fait le plus chaud. Au moment de la mousson, les averses torrentielles rendent parfois les déplacements difficiles. Mieux vaut donc choisir la saison sèche.

La cuisine indonésienne est savoureuse et épicée. Les plats les plus courants sont le nasi goreng(riz frit avec du poulet et des crevettes), les satés(brochettes avec une sauce cacahuète), les poissons grillés.

Conseils :

Selon la compagnie aérienne, sont autorisés 20kg en soute et 10kg en cabine. Bien se renseigner avant.

10000 roupies indonésiennes = 60 centimes d’euros environ

Remerciements :

Benoit Delamare(pour ses superbes photos de drone) :

bendelamare@hotmail.com – Tel.: + 62 878 62 19 53 15

U 84, le mystérieux U-Boot de Penmarc’h

Par Jean-Louis Maurette et l’Expédition Scillias

Il dormait là depuis près de cent ans, totalement oublié. L’équipe de L’Expédition Scyllias a retrouvé l’épave d’un sous-marin allemand de la Première Guerre mondiale perdu corps et biens, en 1918, à seulement quelques milles des côtes de Cornouaille, par 85 mètres de fond. Selon les historiens, aucun sous-marin de l’empereur Guillaume II n’était donné pour avoir coulé dans le Sud de la Bretagne. Et pourtant, l’U 84 du Kapitänleutnant Walter Roehr, qui sema la terreur dans les eaux finistériennes, semble rebattre les cartes. Retour sur une exploration sensationnelle…

Vidéo tournée en 2019 sur l’U 84 par Laurent Moysan

C’est par un hiver froid et humide, période propice au vagabondage de l’esprit et aux espoirs de folles découvertes sous-marines, qu’une poignée de membres de l’Expédition Scyllias s’était réunie afin d’étudier de nouvelles pistes d’investigations sous-marines. Mélangeant finement ce phénomène d’exaltation généralisée et une liste d’hypothétiques épaves s’allongeant d’autant plus que les verres se vidaient, arrivait le cas le plus prometteur se rapportant à l’épave d’un sous-marin non loin de Penmarc’h, dans le Finistère sud, dont l’existence était confirmée par le SHOM (Service Hydrographique et Océanographique de la Marine – NDLR). Le Service déclarait, sur une fiche épave datant de 1954, qu’il s’agirait de l’U 618, reposant couché sur le flanc par –79 m. La précision de plus ou moins 100 mètres, annonçait cependant de longues et pénibles recherches avant de pouvoir localiser l’épave, si tant est que ce fut possible, ce genre de prospection pouvant réserver bien des surprises.

Le U 84 en navigation

Le fait que l’U 618 fut évoqué interpellait car cet U-Boot, un type VII C commandé par l’Oberleutnant zur See Erich Faust, avait été, le 14 août 1944, victime des frégates britanniques HMS Duckworthet Essington, aidées par un bombardier B-24 Liberator du Squadron 53/G issu du Coastal Commandde la RAF. Les archives le donnaient pour avoir sombré, avec ses 61 hommes d’équipage, à la position N 47° 22′ – W 04° 39′, assez éloignée, dans les faits, de l’épave suscitant notre intérêt. Les marins du roi George avaient, lors de la Seconde Guerre, une idée assez précise de leur position et ne pouvaient pas faire une erreur aussi importante. Une possibilité voulait aussi que l’U 618 ait pu, bien que très avarié, naviguer quelques milles en immersion avant de disparaître, à jamais. Mais cette probabilité était infime car les Alliés déclaraient les U-Boote coulés en se basant sur des faits avérés et non sur des suppositions. Les « je crois que… je pense que… il est probable…” n’avaient pas cours sur les bâtiments anti-sous-marins de la Royal Navy.

Image rare du U 84 au port

Alain proposait alors de questionner un ami, patron pêcheur au Guilvinec, Mick Quiniou, qui pourrait probablement confirmer la présence d’une épave à cette position et, peut-être, fournir une position bien plus précise. Ensuite, il resterait à vérifier in situ ce qui se cache sous les flots de l’Atlantique. Les âmes libérées, la réunion pouvait alors se poursuivre…

Première exploration

En juillet suivant, les beaux jours revenus, une petite équipe de l’Expédition Scyllias était réunie au port de Saint-Guénolé : Hugues Priol venu de Brest avec son bateau ; Alain Vincent Gautron ; Jacques Hellec et l’auteur de ces quelques lignes. Les conditions météos étaient excellentes avec une mer belle, peu de vent et un soleil radieux. Une belle journée pour voguer vers l’aventure. Qu’allions-nous trouver au fond de l’océan ?

À -81 mètres, la plongée au Trimix s’impose…

Quelques minutes plus tard, nous étions sur site et un écho remarquable apparaissait immédiatement sur l’écran du sondeur Humminbird 997c fourni par la société Navicom. Sans conteste possible, il s’agissait d’une épave arborant une forme allongée et reposant par –81 m. Après un ou deux passages sur cette position discrètement confiée par Mick Quiniou, il ne restait plus qu’à gueuser et descendre à la rencontre de cette silhouette fuselée. D’habitude, nous évitons les palanquées de trois plongeurs, privilégiant les binômes. Ainsi, lors des plongées profondes et comme la plupart du temps dans notre zone d’activité, la visibilité réduite associée aux fonds vaseux et aux sédiments recouvrant les épaves oblige à maintenir une certaine cohésion. De fait, si le plongeur de pointe arrive à se diriger, le second, qui généralement s’occupe de la partie photo/vidéo, doit impérativement le suivre au plus près afin de ne pas le perdre. Le moindre coup de palme trop proche de l’épave ou du fond soulève les sédiments qui viennent dégrader davantage une visibilité déjà très mauvaise. Et si un troisième plongeur est de la partie, il bénéficie du nuage opaque envoyé par ses prédécesseurs… Par expérience, la palanquée de deux est la formule idéale mais, ce jour-là, nous faisions une entorse à nos habitudes car nous souhaitions ramener un maximum d’informations : Alain dirigerait l’explo, Jacques filmerait avec une petite camera et je ferais des photos tandis qu’Hugues gérerait la sécu surface. Nous utilisions un Trimix 18/40 pour la partie fond, un Nitrox 40 pour la déco et de l’oxygène pur pour le dernier palier.

Un excellent sondeur graphique est indispensable pour localiser l’épave à cette profondeur.

La descente commençait dans le bleu et augurait une belle plongée. Mais, à partir de –30 m, la luminosité baissait puis, vers les –50 m, l’eau commençait à changer de couleur pour passer au marron. La profondeur augmentant, on finissait par n’apercevoir que ses équipiers et le bout nous amenant à la gueuse que nous atteignions, peu après, dans une obscurité totale. Les ordinateurs indiquaient alors –84 m. Alain fixait le fil d’Ariane et, quelques secondes après, nous survolions l’épave. Une bien agréable surprise nous attendait sagement : un sous-marin ! Évoluant essentiellement dans le cadre d’un repérage, nous arrivions bientôt sur le kiosque dont la forme et des détails architecturaux permettaient immédiatement d’établir qu’il ne s’agit pas d’un type VII. Exit l’U 618, il s’agit manifestement d’un autre type d’UBoot ! La trappe d’accès ouverte interpellait encore et laissait penser que des hommes auraient pu tenter de s’échapper. Les périscopes étaient rentrés dans leurs puits et l’un d’eux était recouvert d’un morceau de filet.

Le kiosque du U 84

Nous poursuivions notre progression vers ce qui s’avérait être l’avant du submersible. Passé un panneau circulaire fermé, nous tombions en arrêt devant un grand canon, à poste sur son affût. Un chalut, dont une grande partie remonte à la verticale, tirée par des bouées, s’est enroulé sur sa culasse et son frein de recul. On aperçoit ces éléments mais seul le long tube du canon est clairement visible. Plusieurs conteneurs à obus reposent au pied de cette impressionnante pièce d’artillerie dont l’aspect inquiétant est renforcé par la turbidité de l’eau fortement chargée en particules. L’absence de luminosité et la mauvaise visibilité – moins de deux mètres –, ajoutaient une note surréaliste à cette singulière équipée subaquatique. Nous palmions jusqu’au panneau d’embarquement des torpilles avant, survolant les vestiges du pont, mais le temps étant compté – tout particulièrement à cette profondeur – nous devions stopper cette première rencontre avec ce qui est devenu, à nos yeux, « l’U-Boot inconnu de Penmarc’h » car il s’agit sans conteste d’un sous-marin allemand… de la Grande Guerre. Sitôt les longs paliers, nous pouvions enfin partager avec Hugues, qui veillait au grain en surface, le rare plaisir d’une telle découverte près des côtes de Cornouaille.

Le canon arrière du U 84

Une découverte qui intéresse les historiens

Priorité était dorénavant donnée à cette épave. Malgré l’intérêt évident de cette découverte, la presse française s’est avérée, pour l’essentiel, complètement hermétique au sujet. Fait pour le moins surprenant en pleine période de célébration du centenaire de la Grande Guerre… C’est en Allemagne que la nouvelle interpellait, aboutissant, par des chemins détournés – en fait via l’amiral Mathey, ancien président de l’Agasm (association générale amicale des sous mariniers) qui avait eu vent de la trouvaille –, sur le bureau du Korvettenkapitän Juergen Weber, ancien commandant d’U-Boote et vice-président du Verband Deutscher Ubootfahrer e.V. Il nous contactait immédiatement et, parallèlement à notre action, prenait vie un projet franco-allemand destiné à honorer la mémoire des sous-mariniers disparus, toutes nationalités confondues. Bien entendu, les Allemands étaient favorablement interpellés par notre action d’identification et de diffusion de l’information afin de promouvoir, d’une certaine manière, la connaissance d’une petite page d’histoire maritime noyée dans la grande tragédie de la Première Guerre mondiale. Cette action mémorielle naissante avait aussi pour objectif de conforter l’amitié franco-allemande. Et quelle meilleure façon que de réunir des sous-mariniers des deux pays, héritiers d’une tradition commune forgée dans les combats par leurs prédécesseurs ; des pêcheurs bretons dont les ancêtres ont payé le prix fort face aux U-Boote du Kaiser ; des plongeurs passionnés et des élus sensibles à cette démarche ?

Un panneau de pont ouvert, peut-être dans une ultime tentative d’échapper au funeste destin…

Ainsi, fin juillet 2015, l’Expédition Scyllias recevait une délégation allemande et organisait, le 26, à Saint-Guénolé, l’action mémorielle. Il s’agissait d’aller déposer en mer une couronne à la mémoire de l’équipage allemand disparu et d’apposer sur l’épave, grâce aux plongeurs de l’association, une plaque mémorielle accompagnée du pavillon du Verband Deutscher Ubootfahrer e.V. Hélas ! Eole et Neptune avaient eu vent de l’affaire et le mauvais temps avait quelque peu obligé l’équipe franco-allemande à changer ses plans, au dernier moment, pour s’adapter. De fait, seule l’action surface avait pu être réalisée. Il fallait attendre le samedi 22 août pour qu’une équipe mène à terme la seconde phase du projet en déposant, sur le kiosque, la plaque commémoratrice. Auftrag erfüllt ! Mission accomplie !

Une identification difficile

Malgré tout, l’U-Boot n’était toujours pas identifié et l’affaire s’avérait compliquée. Nous avions rapidement pris conscience que l’identification de ce sous-marin serait un véritable challenge, tant technique qu’humain, au vu des difficultés d’accès dues à la profondeur et aux conditions rencontrées sur le site. Néanmoins, de nouvelles plongées s’imposaient. Sous couvert de petits coefficients de marée permettant de profiter de courants – omniprésents sur cette zone où la marée ne semble jamais vraiment étaler – moins puissants, il nous fallait examiner l’épave avec minutie et la « disséquer » plongée après plongée. Tributaire du peu de temps alloué à chaque exploration, il nous fallait établir un plan de travail avec des zones délimitées et des actions ciblées. Seule une certaine rigueur peut permettre de collecter des informations pertinentes.

Le pont encombré de conteneurs à obus.

Avant toute chose, une plongée dans l’histoire de la Grande Guerre et les archives s’imposait. La recherche historique étant indissociable des examens in situ du sujet, les spécialistes des U-Boote de la Kaiserliche Marine, tout particulièrement Yves Dufeil, allaient nous être d’un grand secours en partageant leur analyse finement réfléchie et leur érudition. Première certitude, nous sommes en présence d’un sous-marin océanique de type U ayant coulé, par recoupement, en janvier 1918. Quatre U-Boote de ce type, ayant appareillé pour ce secteur ou y ayant opéré, n’étaient jamais rentrés de patrouille : U 84, U 93U 95 et U 109. Hormis l’U 95, identifié comme tel par une équipe de plongeurs de la côte d’Opale, tous ont disparu à une date indéterminée, pour des causes inconnues et à des positions totalement ignorées. Cependant, des différences architecturales existaient et pouvaient permettre de trancher ! Nous avions déjà noté qu’il n’y avait qu’un seul panneau sur le pont, entre le canon avant et le kiosque. Seul l’U 84 adoptait cette configuration et, de fait, nous penchions pour ce submersible. Si la présence d’un panneau – et non deux – n’était pas un élément d’identification formelle, gardant à l’esprit qu’un chantier naval, en tant de guerre, était susceptible d’avoir pris certaines libertés lors de la construction de l’U-Boot pour ne poser qu’un seul panneau, la probabilité qu’il s’agisse là de l’U 84 restait du domaine du possible.

Alain Vincent Gautron tient la plaque commémorative qui a été fixée sur l’épave.

Nous avions donc été jusqu’à l’avant, qui est en assez bon état avec l’ancre toujours à poste dans son écubier. Les portes externes des tubes lance-torpilles demeuraient invisibles, cachées sous la couche de concrétions et de sédiments, ou bien envasées. Restait une inconnue : la partie arrière. Deux plongées furent nécessaires pour avoir une idée plus précise de l’état de cette portion de l’épave.

Le premier élément intéressant s’avérait être un canon 8,8 cm L/30, dénommé officiellement Feststehendes 8,8 cm U-Bootsgeschütz L 30 avec son frein de recul à l’extrémité caractéristique placé sur le dessus du tube plutôt court de 2,64 m (le canon de pont à l’avant est un 10,5 cm SK-L/45, bien plus imposant avec son tube long de 4,72 m). À l’extrémité du sous-marin étaient visibles deux tubes lance-torpilles fermés. Malheureusement, les deux hélices sont désormais invisibles, totalement envasées. Nous caressions l’espoir qu’une hélice soit visible et qu’il serait possible de gratter entre les pales où doivent figurer chiffres et données techniques permettant d’aider à l’identification du submersible. Hélas ! Cette piste s’avérait dorénavant inexploitable. Collecter des informations sur les canons où plusieurs marquages existent forcément, notamment au dos des culasses, était du domaine du possible mais seule la pièce arrière était facilement accessible, celle de l’avant étant recouverte d’un filet nécessitant d’être ôté – opération ô combien délicate, voire dangereuse à cette profondeur. Le plus simple restait finalement de mesurer la distance entre la base du kiosque et la base du canon avant car il y avait une différence notable entre les sous-marins des séries U 81 / U 86, U 93 / U 95 et U 105 / U 114. L’U 84, notamment, était plus court d’environ 2 m que les autres séries.

L’image du U 84 apparaît sur l’écran du sondeur…

Le samedi 5 septembre, nous organisions donc une plongée, toujours au départ du port de Saint-Guénolé, à laquelle participaient Hugues Priol, Alain Vincent Gautron, Alain Le Garo et votre serviteur. Cette fois, la tâche était partagée, un plongeur devant mesurer la distance kiosque / support canon et les deux autres ayant pour objectif de déployer sur l’épave, en mémoire de l’équipage disparu, le drapeau du Verband Deutscher Ubootfahrer e.V remis, pour l’occasion, par le Korvettenkapitän Juergen Weber. Le succès était au rendez-vous et la mesure relevée donnait 10 m pour 9,9 m sur le plan. Le doute n’était plus permis : il s’agit bien de l’U 84 ! Nous savons désormais où le Kapitänleutnant Walter Roehr et les 39 hommes de son équipage reposent depuis le mois de janvier 1918. Il reste maintenant à retracer sa dernière patrouille et comprendre les événements qui ont mené à sa perte mystérieuse, un jour de janvier 1918. Et l’U 618 ? Affaire à suivre…

Plan du U 84.

Caractéristiques

Classe : océanique Type Mittel U – série U 81

Chantier :Germaniawerft, à Kiel

Commande : 23 juin 1915

Mise en chantier : 25 octobre 1915

Lancement : 22 juillet 1916

Mise en service : 7 octobre 1916

Déplacement en surface: 808 t

Déplacement en plongée: 946 t

Longueur: 70,06 m

Largeur: 6,30 m

Tirant d’eau: 4,02 m

2 moteurs diesel développant2 400 ch

2 moteurs électriques développant1 200 ch

Vitesse en surface : 16,8 nd

Vitesse en plongée : 9,1 nd

Distance franchissable en surface : 11 200 milles à 8 nd

Distance franchissable en plongée : 56 milles à 5 nd

Profondeur de plongée maximum (officielle) : 50 m

Tubes lance-torpilles avant : 2 x 50 cm

Tubes lance-torpilles arrière : 2 x 50 cm

Nombre de torpilles embarquées : 12

Artillerie de pont : 1 pièce de 10,5 cm SK-L/45 + 1 pièce de 8,8 cm L/30

Commandant : KapitänleutnantWalter Roehr

Equipage : 40 hommes

Survivant : aucun

Bilan opérationnel : 7 patrouilles de guerre. 31 navires coulés pour 89 700 t et 7 autres endommagés pour 42 000 t.

Date de la perte : janvier 1918

Remerciements : Messer (www.messer.fr) – Yves Dufeil (http://www.histomar.net) – Verband Deutscher Ubootfahrer e.V