Chaque jour, une épave : 9 avril 1917, l’Estérel et le sang froid d’un capitaine

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Chaque jour, découvrez dans www.plongee-infos.com l’histoire d’une épave, coulée à la même date par le passé, quelque part près des côtes françaises ou ailleurs dans le monde, déjà explorée… ou pas ! Vous retrouverez ainsi quotidiennement un nouveau site, pour vous confectionner une collection passionnante pour vos futures plongées ou simplement pour explorer… l’Histoire!

L’Estérel était un cargo français en acier et à vapeur, construit en 1904 par les chantiers Mac Millan & Son, à Dumbarton en Grande Bretagne, pour le compte de la Compagnie Marseillaise de Navigation à Vapeur – Fraissinet, de Marseille comme son nom l’indique. Il mesurait 90 mètres de long sur 13 mètres de large pour un tirant d’eau de 4,5 mètres. Jaugeant 2574 tonnes, il était propulsé par une machine à triple expansion de 261 cv sur une seule hélice, à une vitesse de 11 nœuds.

Son capitaine était Justin Alphonse GIBERT, Lieutenant de Vaisseau auxiliaire, qui avait sous ses ordres un équipage de 39 hommes (38 Français et 1 Italien –le cambusier-).

Mis en service en 1904, l’Estérel a d’abord été affecté à la ligne de la mer Noire. En 1913, il fut avarié par fait de guerre aux Dardanelles. En 1914, il a été réquisitionné par la Marine Nationale française pour participer à l’effort de guerre, et fut armé d’un canon de 95 mm.

Le 9 avril 1917, l’Estérel était de retour d’un voyage sur la côte occidentale d’Afrique, commencé à Cotonou et terminé à Dakar le 26 Mars 1917. Il était chargé de 2495 tonnes de marchandises dont de l’huile de palme en fûts, du beurre de karité en fûts, des amandes de palmes en sacs, du cuir brut de bœuf, des peaux de moutons, du caoutchouc en fûts, du sésame en sacs, et des colis divers dont un sac postal d’Accra (Gold Coast). A son bord, outre l’équipage de 40 hommes au total, se trouvaient aussi 2 passagers : un homme et une femme.

En arrivant près de côtes françaises, l’Estérel fit une rencontre plutôt désagréable : alors qu’il se trouvait à 20 milles nautiques dans le 74 du cap Béar, il croisa malheureusement la route du sous-marin allemand U 52, commandé par le Kplt Hans Walther, qui lui envoya une torpille en cadeau de bienvenue… Le cargo prit la torpille de plein fouet, suivie de près par une seconde. Le navire commença alors à s’enfoncer et le capitaine Gibert, réagissant immédiatement, ordonna l’évacuation. Tous les passagers et membres d’équipage purent embarquer sans difficulté dans deux grosses chaloupes et purent gagner la côte, sains et saufs, non sans avoir au préalable été rejoints pas le sous-marin dont un officier les a interrogés sur l’identité du cargo avant de les laisser repartir.

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Voici reproduit ci-dessus le rapport rédigé par le capitaine Gibert sur le naufrage :

« Stoppé à Gibraltar le 6 Avril de 00h00 à 01h10 pour prendre les ordres sur la route à suivre jusqu’à Marseille. Navigation tout près des côtes d’Espagne.

Le 9 Avril à 17h15, doublé Massa à 0,5 mille. Fait route jusqu’à 17h45 au N005W vrai. Phare du cap Béar à 8 milles. Continué au Nord vrai jusqu’à 19h00. Mer clapoteuse, petit vent de NW, ciel nébuleux, visibilité 2,5 milles.

A 19h00, la nuit étant tombée, fait route sur le phare de Faraman quand on aperçoit à 20h12, le long du bord, le sillage d’une torpille. Ressenti quelques secondes plus tard un choc violent à tribord sur l’arrière de l’écoutille de la cale 2, suivi d’une forte explosion. Le navire venait d’être torpillé.

Appelé aux postes d’abandon et amené l’embarcation bâbord. Allumé une bouée lumineuse au phosphore de calcium pour éclairer les opérations car nous naviguions tous feux masqués. Détruit les documents secrets. Mis à l’eau le youyou et le canot 2. Embarqué en premier les passagers, puis le mousse et le novice, puis le personnel et enfin les officiers.

A 20h20, deuxième choc violent suivi d’une autre explosion. Les panneaux de la soute volent en éclats et une pluie de charbon s’abat sur le pont. Le navire a reçu une deuxième torpille dans la chaufferie. Le garant arrière du canot 1 s’est cassé sous la violence de l’explosion. Le canot, suspendu à son garant avant, apique et une partie de son matériel tombe à la mer. Coupé le garant et le canot, retenu par sa bosse, flotte. Le personnel y embarque, puis les officiers, et le capitaine en dernier. Nous sommes 18 en tout dans celui-ci.

Le navire s’enfonce mais ne coule pas à cause de son chargement d’huile de palme. Débordé du navire et appelé le youyou qui nous prend en remorque. Défoncé un baril de galère pour vider l’eau du canot.

Appelé le canot 2, mais pas reçu de réponse. Fait route sur le cap de Creus après avoir embarqué les hommes du youyou et l’avoir pris en remorque.

Le sous-marin émerge alors lentement et se dirige sur nous. Il nous ordonne de l’accoster et le commandant nous interroge. Les questions sont posées en allemand et les réponses données en anglais. Pas de français, ni d’italien. Il demande nom du navire, provenance, destination, cargaison et si nous sommes armés et possédons la TSF. Aux deux dernières questions, il est répondu « Non ». Il nous laisse ensuite partir.

Fait route à l’aviron et sous voile de fortune sur le cap de Creus que nous atteignons le 10 Avril à 08h00. Continué sur Cadaquès où nous trouvons un secours efficace.

Après notre départ, le sous-marin s’est approché de l’Estérel et lui a lancé une 3e torpille et tiré 9 coups de canon. L’Estérel a coulé lentement vers 21h15.

Le canot 2 est arrivé à Port Bou avec 24 personnes à son bord. La totalité des passagers et de l’équipage a donc été sauvée (42 personnes). »

L’Estérel gît toujours en face du cap Béar, non loin de Port-Vendres, à 20 milles nautiques de la côte et à 105 mètres de profondeur, aux coordonnées : latitude 42° 36’ 4 N et longitude 3° 33’ 5 E. En 1997, des plongeurs profonds équipés au trimix effectuèrent une première exploration du site, sans parvenir à identifier l’épave. Par la suite, plusieurs autres explorations furent faites, notamment en 1999 et c’est en 2008 que l’épave fut officiellement identifiée comme étant l’Estérel, suite à la découverte de la plaque constructeur dans la machinerie. Evidemment cette plongée s’adresse à des plongeurs Tek de très bon niveau vue sa profondeur, mais elle reste une épave mythique dans la région.

 

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