Chaque jour, une épave : 28 mai 1915, La Champagne, le paquebot malchanceux, coulait à Saint-Nazaire

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Chaque jour, découvrez dans www.plongee-infos.com l’histoire d’une épave, coulée à la même date par le passé, quelque part près des côtes françaises ou ailleurs dans le monde, déjà explorée… ou pas ! Vous retrouverez ainsi quotidiennement un nouveau site, pour vous confectionner une collection passionnante pour vos futures plongées ou simplement pour explorer… l’Histoire!

Le paquebot La Champagne à son lancement, était gréé de quatre mâts

La Champagne était un paquebot français en acier de 150 mètres de long sur 16 mètres de large et 7 mètres de tirant d’eau, qui jaugeait 6726 tonnes. Gréé à son origine en quatre-mâts, il était doté d’une machine à vapeur à triple expansion de 9000 cv sur une seule hélice, lui donnant une vitesse de 17,5 nœuds. Il a été construit en 1886 par les Ateliers et Chantiers de Saint-Nazaire, à Penhoët près de Saint-Nazaire, pour le compte de la Compagnie Générale Transatlantique, dont le siège était à Paris. Il était l’un des quatre paquebots de la même série, tous lancés la même année, ses « sister-ships » étant La Gascogne, La Bourgogne et La Bretagne.

Mais La Champagne avait hérité d’une particularité : sa fâcheuse tendance à s’échouer… C’est ce qui se produisit le jour même de son lancement, où le paquebot toucha un banc de sable, heureusement sans gravité. Mais c’était peut-être un présage…

La Champagne fut affectée au début de sa carrière à la ligne Le Havre-New York. Le 7 mai 1887, par une épaisse brume au large Barfleur en Bretagne, comme la Manche sait souvent se draper dans cette couverture de coton, La Champagne venant du Havre fut éperonnée sur son flanc bâbord par le paquebot Ville-de-Rio-de-Janeiro, de la Compagnie des Chargeurs-Réunis qui était de retour de La Plata en Argentine.

A la suite du choc, La Champagne est allée s’échouer sur un banc de sable tandis que le Ville-de-Rio sombrait non loin de Guernesey. Les passagers et l’équipage du Ville-de-Rio-de-Janeiro furent tous récupérés par le transatlantique Ville-de-Bordeaux qui croisait non loin des lieux du sinistre.

Lors de l’abordage du Ville-de-Rio-de-Janeiro, la panique gagna à bord de La Champagne

Du côté de la Champagne, les choses furent un peu plus compliquées : un grand nombre d’émigrants italiens, qui se trouvaient sur le pont, furent pris d’une irrésistible panique et se ruèrent sur les embarcations malgré l’énergique opposition des marins et des officiers qui tentaient de les repousser pistolet au poing et à coups de barres de fer et de haches. Une vingtaine d’entre eux parvinrent cependant à s’entasser dans l’embarcation n° 7 dont l’un des garants cassa sous la surcharge. Le canot se retrouva suspendu verticalement le long du bordé et les malheureux furent précipités à la mer sans qu’il y ait la moindre possibilité de les sauver. Vingt émigrants napolitains périrent noyés. Les rescapés furent pris en charge par le steamer La Bretagne, de la Compagnie de Navigation Sud-Atlantique et un petit charbonnier anglais, le Vulture, qui les reconduisirent au Havre.

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A la suite de cet abordage, le paquebot La Champagne fut dégagé du banc de sable qui lui avait permis de ne pas couler malgré la déchirure qui ouvrait son flanc bâbord, puis fut remorqué à Saint-Nazaire pour y subir les réparations qui s’imposaient.

Le navire fut ensuite modifié en 1896, pour être équipé d’une nouvelle chaudière et d’une machine à vapeur à quadruple expansion et des cheminées rehaussées. Par la même occasion, deux de ses quatre mâts furent supprimés.

Le 17 février 1898, sur une traversée du Havre à New York, une rupture d’arbre d’hélice laissa le paquebot à la dérive pendant une semaine à 150 milles au large de Terre-Neuve. Découvert par le vapeur hollandais Rotterdam de la Holland America Line le 24 février, il fut pris en charge par deux remorqueurs jusqu’à Halifax.

A partir de 1905, La Champagne fut affectée à la ligne du Mexique. Parti le 30 novembre 1912 de Bordeaux à destination de l’Amérique du Sud, affrété par la Compagnie Sud Atlantique, La Champagne entra une nouvelle fois en collision avec le Desna, cargo mixte anglais de la Royal Mail Line, lors de l’escale de Lisbonne. Cette fois-ci les avaries étaient mineures.

Le 19 janvier 1915, La Champagne, arrivant du Mexique, frisa encore une fois la catastrophe : un radiotélégramme reçu à bord annonçait que, parmi les passagers, un terroriste allemand avait pour mission de faire sauter le paquebot. Grâce aux mesures prises par le commandant, l’Allemand fut arrêté en possession d’une valise contenant 5 engins explosifs.

En 1914, au début de la Première Guerre mondiale, La Champagne fut réquisitionnée pour servir de transport de troupes et de matériel.

Lors de son ultime échouage devant Saint-Nazaire, La Champagne finit par se couper en deux

Le 28 mai 1915 à 3 heures du matin, en pleine tempête, La Champagne revenait des Antilles, transportant 978 passagers, dont 909 soldats antillais qui rejoignaient la métropole, ainsi qu’une cargaison de 1000 tonnes de café et des marchandises diverses. Alors qu’il pénétrait dans l’estuaire de la Loire pour rejoindre le port de Saint-Nazaire, pris dans la tempête et à la suite d’une mauvaise manœuvre, le paquebot s’échoua sur la roche dite du Casino tout près de l’entrée du port de Saint-Nazaire. Les passagers et l’équipage furent transbordés sur le cargo Rigel, de la Compagnie de Navigation Mixte qui précédait La Champagne, et purent rejoindre la terre ferme sans encombre. Une seule victime sera à déplorer, le soldat tirailleur de 2e classe Cambronne Apollon Théodore, dont les circonstances du décès ne sont pas précisées.

Le lendemain dans la matinée, à basse mer, le paquebot posé sur le rocher finit de se casser en deux. Irrécupérable, il fut considéré comme définitivement perdu. L’épave restera longtemps à la merci des éléments, à seulement 800 mètres de la jetée nord du port de Saint-Nazaire. Par la suite, l’épave fut en grande partie démantelée in-situ. Ce qu’il en reste gît sous quelques mètres d’eau, aux coordonnées : latitude 47° 15′ 792 N et longitude 2° 12′ 628 W. Le site se trouvant dans l’estuaire de la Loire, tout près de la surface découverte à marée basse, les conditions de visibilité sont mauvaises et sa position en bordure de chenal l’expose aux courants du fleuve. La visite du site, si elle reste possible, n’en est pas très aisée. Triste fin pour un géant des mers…

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