Chaque jour, une épave : 22 mai 1812, à Lorient, les frégates Ariane et Andromaque… et leur butin !

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Chaque jour, découvrez dans www.plongee-infos.com l’histoire d’une épave, coulée à la même date par le passé, quelque part près des côtes françaises ou ailleurs dans le monde, déjà explorée… ou pas ! Vous retrouverez ainsi quotidiennement un nouveau site, pour vous confectionner une collection passionnante pour vos futures plongées ou simplement pour explorer… l’Histoire!

L’Ariane et l’Andromaque étaient deux frégates de 44 canons de classe Pallas jaugeant 790 tonnes, de 47 mètres de long sur 12 mètres de large et 4,8 mètres de tirant d’eau. Elles ont été construites à Nantes en 1809, lancée le 7 avril 1811 pour l’Ariane et le 10 mai 1811 pour l’Andromaque. L’armement de chaque navire de 44 canons se composait de 28 canons de 18 livres, 8 carronades de 36 et 8 canons de 8 livres.

Plan d’une frégate de la classe Pallas

Les deux frégates, accompagnées du brick le Mamelouck, formaient une « division » (petite flottille) qui avait mené une croisière au cours de laquelle les trois navires avaient parcouru l’océan Atlantique, des Açores aux Antilles où leur mission était d’attaquer le commerce ennemi. Le 31 octobre 1811, l’Ariane comptait à son bord 301 hommes d’équipage et l’Andromaque 295. Les commandements étaient assurés par le Capitaine de Frégate Jean-Baptiste Henri Feretier sur l’Ariane et le Capitaine de Frégate Nicolas Morice sur l’Andromaque.

Au cours de sa croisière dans les Caraïbes, la division mena une chasse fructueuse, prenant ou coulant 9 navires anglais, 3 navires portugais, 1 navire espagnol, 1 navire suédois et 11 navires américains. La division rentrait donc en France avec ses cales remplies de précieux butins qui allaient enrichir le trésor impérial.

Les frégates Ariane et Andromaque

Devant initialement rallier Brest, le Capitaine de Frégate Feretier, qui dirigeait l’expédition, a appris par des prisonniers et par les journaux de bord trouvés sur les navires capturés qu’une escadre anglaise interdisait l’entrée du goulet de Brest. Il était donc impossible à la flottille française de se risquer vers la pointe armoricaine sans risquer de faire une mauvaise rencontre avec des vaisseaux anglais bien supérieurs en nombre et en puissance de feu. Autant dire qu’ils n’avaient aucune chance de passer. Il décida alors de changer son itinéraire et de mettre le cap sur Lorient, certainement moins surveillée que Brest.

La division arriva en vue de la terre le 22 mai 1812 à 5 heures du matin. Elle reconnut aisément les roches de Penmarc’h, doubla les îles des Glénans à 10h et aperçut l’île de Groix peu avant 11h.

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Devant Groix, A 11h30 les vigies annoncèrent un navire à trois mâts portant l’Union Jack, le pavillon anglais. Feretier reconnut le vaisseau anglais qui se révèlera être le Nothumberland (navire qui sera rendu célèbre quelques années plus tard en conduisant Napoléon en exil à Sainte-Hélène en 1815). Le Northumberland occupait la partie centrale du chenal menant à Lorient, obligeant les deux frégates, soit à engager le combat, soit à chercher un passage au plus près de la côte. Mais la zone, truffée de roches affleurantes, ne laissait le passage que pour les petits pêcheurs, mais certainement pas pour de grosses unités. Il fut alors décidé de suivre une solution intermédiaire, consistant à venir provoquer le combat contre le vaisseau anglais et pendant que celui-ci manœuvrerait lentement pour se placer en position de combat, les trois navires français, plus légers et plus manœuvrables en profiteraient pour le contourner et poursuivre en longeant le bord du chenal pour chercher l’abri des batteries côtières de Locqueltas et de Port-Louis. Les capitaines des deux frégates avaient pris cette décision sur la foi des déclarations d’un enseigne de vaisseau, originaire de Ploemeur, qui aurait affirmé au commandant de l’Andromaque, connaître une passe à terre, passe qui n’a jamais existé que pour les canots de pêche…

Les deux frégates et le brick se sont alors engagés dans le chenal l’un derrière l’autre, pour forcer le passage.

A 13h30, L’Andromaque passait devant l’Ariane. Le pilote de l’Ariane estimait qu’il y avait assez d’eau pour les frégates. Dans la passe, le pilote de l’Andromaque parlait de 6 à 7 brasses, soit 12 mètres de profondeur. A 15h, les navires français se trouvant très de l’Anglais, à portée de fusil, les deux divisions ouvrirent le feu de tous leurs canons. L’enseigne de vaisseau qui était censé connaître les lieux et avait pris le pilotage de l’Andromaque fut tué. Les premières volées de boulets de canons de l’Ariane avaient désemparés le vaisseau anglais qui a été obligé de battre en retraite et d’aller mouiller pendant trois heures pour réparer son mât de hune et ses avaries. Mais les frégates françaises, au lieu de se rabattre vers le centre du chenal, préférèrent rester près de la côte pour se tenir le plus loin possible du Nothumberland. Hélas, la marée étant alors descendante, les heuteurs d’eau n’étaient plus, et de loin, ce quelles auraient dû être…

A 16h, l’Ariane sondait 7,40 m, alors que son tirant d’eau était de 4,8 m. A ce moment, il fut signalé que l’on voyait la basse de Grasu sous le beaupré à tribord. Le navire se trouvait donc entre le rocher du Grasu et le plateau de Kerpape, au milieu d’un dédale de récifs extrêmement dangereux. L’Andromaque toucha la roche. L’Ariane lui vint sur tribord et toucha à son tour la roche. L’Andromaque sonda 6m à l’arrière et 4,5 m à l’avant (pour un tirant d’eau de 4,8 m).

Le Mamelouk passa sur tribord de l’Ariane et toucha la roche par tribord à une demi-longueur. Il jeta alors deux caronades à la mer pour s’alléger et tenter de se dégager. Les frégates donnèrent rapidement de la bande sur bâbord. Les canons et caronades de bâbord de l’Ariane furent jetés à la mer, avec du matériel. Mais c’était trop tard.

Maquette de la frégate Ariane

A 17h30, la division anglaise reprit le combat. Les frégates étaient immobilisées et à la merci de l’Anglais. Pris sous le feu ennemi, un incendie se déclara à bord de l’Andromaque. Le Mamelouk fut abandonné. On donna aussi l’ordre d’abandon de l’Andromaque, puis celui de l’Ariane. Ce dernier fut enflammé volontairement pour le soustraire à la convoitise de l’adversaire. Tous les équipages se sont retrouvés à terre, des noyés et tués ont été ramenés. Dans les heures qui suivirent, les réserves de poudre à canon des deux frégates explosèrent, envoyant les deux navires par le fond. Le 23 et 24 mai 1812, le Mamelouk fut renfloué et amené au port de Lorient.

On peut supposer que dans les temps qui suivirent, on tenta de récupérer une partie de l’armement et des cargaisons des deux frégates, d’autant plus qu’elles étaient chargées d’un important butin, en matériel comme en numéraire. Mais à la suite des explosions, toutes ces richesses avaient dû être éparpillées dans le secteur du naufrage. Puis les épaves des frégates Ariane et Andromaque tombèrent dans l’oubli.

C’est en 1987 que les premières investigations ont été menées pour retrouver les restes des deux épaves. De 1996 à 2000, quatre sondages ont été réalisés, à la demande de la Direction de l’archéologie sous-marine – DRASSM, du Ministère de la Culture.

L’objectif principal de ces sondages était de déterminer l’emplacement précis du site et d’en faire l’inventaire. La balise du Grasu, au large du plateau de Kerpape à l’entrée du chenal de Lorient, en face de la commune de Ploemeur, définit le point de référence du site qui s’étend dans quelques mètres d’eau aux coordonnées : latitude 47° 41’ 691 N et longitude 3° 24’ 685 W.

La basse de Grasu est un chapelet de roches découvrantes, près de l’entrée du port de Lorient. Le fond varie de 3 à 7 mètres. L’absence de vase, la présence de roches et de sable, ont facilité les recherches des archéologues. Le mobilier archéologique était très répandu et les quatre campagnes de fouilles n’ont pas été de trop pour en faire l’inventaire. De nombreuses trouvailles furent faites, canons, monnaies, objets usuels qui ont fait l’objet de plusieurs expositions.

Les canons et la couleuvrine retrouvés lors des fouilles archéologiques

Le site du naufrage, entre le plateau de Kerpape et la roche du Grasu, couronnée d’une balise cardinale sud, a par la suite été interdit à la plongée pour éviter les pillages. En 2017, sous l’impulsion de l’ADRAMAR (Association pour le développement de la recherche en archéologie maritime) et avec l’appui du Ministère de la Culture et de la Préfecture Maritime, Une reconstitution d’un site archéologique représentant un mouillage du XIXe siècle a été installée tout près de l’ancien site du naufrage des frégates, sous forme d’un sentier sous-marin. Les plongeurs peuvent désormais parcourir ce sentier et découvrir plusieurs ancres, dans un environnement sécurisé et accessible entre le plateau de Kerpape et l’anse du Stole.

« Cela répond à une demande de l’Unesco de rendre accessible, mais dans son élément et non dans les musées, le patrimoine marin », souligne Anne Hoyau-Marin, archéologue de l’ADRAMAR, qui y voit aussi un atout pour le développement économique et touristique. Le site est relativement simple d’accès depuis la plage, à 200 m du rivage et 9 m de profondeur. C’est idéal pour des plongeurs débutants », affirme l’archéologue sous-marin. « C’est aussi un moyen de démystifier l’objet archéologique, de le toucher, le photographier, de développer des rêves », ajoute-t-elle. Une belle initiative qui, espérons-le, fera des émules…

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