Chaque jour, une épave : 4 janvier 1943, le Schokland et ses prostituées

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Chaque jour, découvrez dans www.plongee-infos.com l’histoire d’une épave, coulée à la même date par le passé, quelque part près des côtes françaises ou ailleurs dans le monde, déjà explorée… ou pas ! Vous retrouverez ainsi quotidiennement un nouveau site, pour vous confectionner une collection passionnante pour vos futures plongées ou simplement pour explorer… l’Histoire!

Le Schokland était un cargo néerlandais à vapeur construit en 1915 par les chantiers néerlandais A. Vuijk & Fils Capelle aan den Ijssel pour le compte de la compagnie Scheepvaart et Steenkolen Mij NV, de Rotterdam.

D’une longueur 68,5 mètres et d’une largeur de 10 mètres pour un tirant d’eau de 4 mètres, Il avait une jauge brute de 1113 tonnes. Sa machine à vapeur de 3 cylindres à triple expansion de 800 cv le propulsait à 10 nœuds. Il fut utilisé principalement au transport de charbon entre la Hollande et le nord de l’Angleterre, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

Le 2 mai 1942, le navire fut réquisitionné par les occupants allemands comme navire ravitailleur, transport de matériaux et transport de troupes. Il fut affecté en Normandie au transport des soldats allemands entre les îles anglo-normandes et le littoral français.

Le 4 janvier 1943 au soir, le SS Schokland transportait dans la région 284 soldats allemands en permission à Saint-Malo. Ces soldats partaient de Jersey, emmenant avec eux quelques prostituées françaises, qui se déplaçaient volontiers pour effectuer leur profession à domicile, ne reculant devant rien pour une telle concentration de clients sur l’île, avant de rentrer dans la cité des corsaires…

Une demi-heure après le départ de Jersey, le bateau contournait l’île par le sud quand son équipage commit une erreur de navigation, passant beaucoup trop près des zones de rochers à environ un mille au large de Portelet Bay au sud de Jersey, dans l’obscurité grandissante de ce début de cette soirée hivernale. Le cargo finit sa course planté sur les récifs, la coque éventrée laissant pénétrer une grande quantité d’eau qui annonçait une fin très rapide.

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Le problème était que le Schokland étant un cargo et non pas un transport de passagers, ceux-ci étaient parqués dans la cale arrière, avec comme issue, un simple panneau de pont duquel on descendait dans la cale au moyen d’une échelle de 6 mètres de haut. D’ordinaire les soldats ne s’en plaignaient pas, le plus important pour eux étant de pouvoir aller faire la fête sur le continent. Mais en ce soir du 4 janvier 1943, ce « système D » a coûté très cher aux permissionnaires pris au piège dans la cale qui se remplissait rapidement d’eau glacée. Le fait d’avoir à grimper à l’échelle, un par un, pour pouvoir sortir par la trappe de pont créait un goulot d’étranglement qui ralentissait, voire paralysait quasiment les opérations d’évacuation. Ce problème causa la mort de 106 personnes.

Pendant les jours qui ont suivi, les corps sont venus s’échouer sur le rivage de l’île. Les habitants se rappellent qu’ils étaient «empilés comme du bois» sur le quai Albert, en attendant d’être enterrés. Le capitaine du navire quant à lui, a réussi à regagner la terre et a ensuite été traduit en cour martiale pour avoir perdu le navire.

En 1960, l’épave de Schokland a été trouvée par des plongeurs par 23 mètres de profondeur, à 2000 mètres environ de Noirmont Point. Aujourd’hui, c’est probablement l’épave la plus visitée de la zone de Jersey car elle offre un spectacle impressionnant aux plongeurs. Posée bien droit sur le fond, elle est encore entière, bien que la superstructure soit maintenant effondrée et que les pavois s’effondrent vers l’intérieur. Elle laisse apparaître des formes et de volumes qui abritent une vie marine abondante. Les deux premières cales à l’avant contiennent encore les restes de leur cargaison de sacs de ciment et de poutres de fer qui abritent aujourd’hui d’énormes homards et congres. La troisième cale, à l’arrière, est maintenant étrangement vide. C’est là que se tenaient les militaires allemands, dont 106 y laissèrent leur vie.

Le tamisage de la vase dans cette zone peut encore révéler des artefacts intéressants, ainsi que de nombreux morceaux de bouteilles en verre cassées et de porcelaine. Selon la rumeur, les prostituées françaises qui étaient également à bord ont péri elles aussi lorsque le navire a coulé. Les autorités allemandes de l’époque ont toujours nié la présence de femmes à bord, mais les plongeurs ont trouvé, lors des premières plongées effectuées sur l’épave, des flacons de parfum, des talons aiguilles et d’autres articles féminins similaires…

Comme tous les sites autour de Jersey, l’épave du Schokland doit être plongée par eau calme, de préférence à marée basse, car elle est exposée. On peut visiter assez facilement l’intérieur, avec une visibilité relativement bonne. Ses coordonnées : latitude 49° 08’293 N; longitude 02° 10’ 582 W.

On trouve encore de nos jours le Schokland gravé sur un timbre de l’île de Jersey, seul souvenir de cette catastrophe passée inaperçue au milieu des horreurs de la guerre, avec cette épave qui continue à raconter son histoire aux plongeurs venus la visiter.

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