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Par Francis Micheletti

Gabriel Bérenger (Collection personnelle)

Gabriel Bérenger est né le 8 mars 1930 à La Ciotat. 1945, la fin de la guerre est proche. Le golfe de La Ciotat est truffé de mines. Pour empêcher tout accès par la mer, l’occupant a positionné, tous les dix mètres, des engins explosifs. M. Joseph Bérenger, le père de Gabriel, est alors âgé de 46 ans. Artificier dans l’armée française avant la reddition de 1940, c’est donc tout naturellement qu’à la fin du conflit, les autorités font appel à lui pour participer au déminage de cette zone. Il parle allemand, on lui confie donc deux prisonniers.

Equipés des nouveaux scaphandres «Cousteau – Gagnan 45» (abusivement surnommé ainsi par les utilisateurs eux-mêmes en comparaison du GC – 42 de Georges Commeinhes) et à concurrence de deux plongées par jour, ils sont chargés de regrouper les mines (sorte de petits plateaux) par paquet de huit avant que M. Bérenger ne les neutralise depuis la plage à l’aide d’une charge explosive.

Ainsi pendant près d’un an, accompagné de ses plongeurs allemands dont il a la garde, il participe activement à la dépollution du golfe sous les yeux de son fils Gabriel, alors âgé d’à peine 14 ans. Après chaque explosion, le gamin se met à l’eau pour ramasser les poissons qui émergent à la surface, tués par la déflagration sous-marine. Récupérés par le jeune garçon, ils servent de repas quotidien, la plupart du temps grillés en bord de mer et partagés avec les prisonniers. A l’issue de chaque journée de labeur, la famille Bérenger ramène les soldats à leur cantonnement au « Palais Lumières ». A la fin de cette campagne de déminage, Joseph Bérenger propose à son fils de récupérer le matériel de plongée :

« … Tu veux le garder pour plonger ? … Si tu veux, je te le donne !… »

Voilà comment tout commence pour Gabriel Bérenger, affectueusement surnommé «Gaby».

Premier logo du GPES (Collection Famille Borelli)
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Dès l’année suivante, il s’inscrit au GPES (Groupement de Pêche et d’Etudes Sous-marines), ne manquant pas chaque année d’y renouveler sa licence pendant plus de quatre décennies.

Ce club fut créé le 16 juin 1941 à Marseille à l’initiative de M. Jean Flavien Borelli qui fondera en 1948, la FSPNES (Fédération des Sociétés de Pêche à la Nage et d’Etudes Sous-marines) plus connues aujourd’hui sous le nom de FFESSM. Il est à ce jour, le plus ancien club de plongée encore en activité et n’ayant jamais cessé d’exister depuis sa création.

Licence de 1953 (Collection Gabriel Bérenger)

Gabriel Bérenger va alors faire la connaissance de JYC Cousteau, Albert Falco, Georges Beuchat, Elie Ferrat, Yves Girault, Alain Portail et bien d’autres encore…

Christian Petron à Figuerolles (Coll C Petron)

C’est ainsi que pendant près d’une quinzaine d’années, il plonge sans diplôme et propose des sorties du bord, à Font-sainte, dans les calanques de Figuerolles ou du Mugel… avec du matériel gracieusement prêté par son grand ami Georges Beuchat et chez qui, Gabriel Bérenger gonfle ses blocs, initiant ainsi de nombreuses personnes à la plongée…

Il en est un qui garde un excellent souvenir de cette époque, c’est M. Christian Petron. Le célèbre photographe et cinéaste sous-marin a été initié et formé à la plongée par « Gaby » lui-même…

En 1956, JF. Borelli le fondateur charismatique du GPES décède prématurément à l’âge de 63 ans. Cette disparition porte un coup très dur à l’association… pendant les quatre années qui suivent, le club connait une forte baisse de ses activités… A tel point qu’au début de 1960, il est même sur le point de disparaître. Il ne doit sa survie qu’à M. Pierre Lasalarié qui demande à Gabriel Bérenger de relancer le club depuis La Ciotat…

Balade à la Calanque du Mugel (Collection Gabriel Bérenger)
Sortie plongée à la Calanque de Figuerolles Gabriel Bérenger à gauche avec la combinaison marquée GPES (Collection Gabriel Bérenger)
Gabriel Bérenger à la barre du « Stella III » (Collection Gabriel Bérenger)

En 1961, le GPES renaît de ses cendres, Gaby obtient son 2° Echelon (Niveau IV) et crée donc une Ecole de Plongée à La Ciotat sous l’égide du GPES… et quand Pierre Lasalarié prend la présidence du club en 1963, le siège du GPES bascule définitivement à La Ciotat…

En 1962, Gabriel Bérenger fait acheter son premier bateau au GPES : le « Stella III »… Bien d’autres suivront !

C’est ainsi qu’il se met à la recherche de lieux de plongée… Au fur et à mesure de leur découverte, il leur attribue un nom.

«Les Rosiers», «Le Levant», «Le Pain de Sucre», «Rousteaud»… et bien d’autres, sont autant de sites qui aujourd’hui encore, font le bonheur des plongeurs locaux et de passage…

Gabriel Bérenger sur le « Saint-Louis » (Collection Gabriel Bérenger

Jusqu’en 1988, année de son départ du GPES, Gabriel Bérenger fait tourner l’Ecole de Plongée avec passion, dévouement pendant plus de 28 ans, lui donnant ainsi sa notoriété et ses lettres de noblesse.

Comme me l’a confié Pierre Perraud, membre d’honneur du GPES, ancien Président de la FFESSM et ancien Secrétaire Générale de la CMAS:

« Aujourd’hui, si ce club existe encore, c’est incontestablement grâce à Gabriel Bérenger ».

Le « Saint-Angèle » s’apprête à quitter le port (Collection Gabriel Bérenger)
Gabriel Bérenger en blanc. (Collection Gabriel Bérenger)

Effectivement, il formera et marquera de très nombreuses générations de plongeuses et plongeurs… Pendant trois décennies, Gabriel Bérenger en tant que Directeur Technique, ne connaît aucun ou accident de plongée.

En 1989, c’est pour remercier La Vierge Marie qui selon lui, n’a cessé de veiller sur lui et les plongeurs dont il a eu la charge pendant toutes ces années, qu’il décide de poser à l’entrée d’une grotte sous-marine entre Le Bec de l’Aigle et l’Ile Verte et par 15 mètres de fond, une superbe Statue de la Vierge Marie qu’il a fait spécialement confectionner en Italie.

Gabriel Bérenger embrassant la Vierge pour la remercier (Collection Christian Petron)

C’est en compagnie de trois amis : Roger Ré, Alfred Deriu et Alain Hervé, qu’il scelle la statue.

Aujourd’hui, ce site de plongée est incontournable dans la baie de La Ciotat, accessible aisément même pour les niveaux I.

Nombreux sont également les plongeurs qui viennent se recueillir et y déposer divers objets personnels en mémoire d’un ami ou d’un proche. Connue sous le nom de «Grotte de La Vierge», ceux qui ont connu Gabriel Bérenger, l’appellent plus communément «La Grotte à Gaby».

Depuis, chaque année au début du mois de mai, «Gaby» ne manque pas d’aller nettoyer La Vierge, histoire de lui redonner une beauté…

La Vierge a retrouvé une beauté (Collection Francis Micheletti)

A la fin des années 90, Gabriel Bérenger souffle ses soixante-dix printemps… Il ne se sent plus de plonger pour nettoyer sa belle statue, il confie donc la tâche à un ami de confiance : Roger Ré qui dès le milieu des années 60, a été son élève… Il reprend donc le flambeau et tous les ans, il passe près d’une heure à frotter La Vierge de Gabriel Bérenger…

Personnellement, c’est en octobre 2011 que je fais la connaissance de Gabriel Bérenger dans le cadre du livre consacré au GPES et que je suis en train de rédiger… Au fil de nos rencontres régulières, la confiance s’est instaurée et même une certaine complicité s’est mise en place…

Il me confie alors, de nombreux souvenirs, anecdotes, de précieux documents et photographies qui viendront merveilleusement illustrer les propos de mon ouvrage… j’ai fini par découvrir sous sa fine carapace d’homme au caractère bien trempé, un monsieur d’une gentillesse extrême et doté comme on dit : d’un cœur gros comme ça !

Roger Ré, André Vageon, Cathy Rey et Gabriel Bérenger (F Micheletti)

Depuis et à chacune de mes venues mensuelles à La Ciotat pour plonger, je ne manque pas d’aller lui rendre visite à son domicile… de longs moments enrichissants dont je ne me suis jamais lassé… et dont je garde un souvenir merveilleux et indélibile…

En 2013, alors âgé de 83 ans, «Gaby» commence à connaître quelques problèmes de santé… nous sommes quelques-uns à l’accompagner et à ne pas manquer de venir le voir : Christian Petron, André Vageon, Cathy Rey, Roger Ré et moi-même… tous des plongeurs…

Le 26 janvier 2015, il me reçoit une nouvelle fois chez lui… Cette fois-ci, il évoque les souvenirs de son ami Georges Beuchat, avec lequel bien des dimanches au milieu des années 60, il partageait les plongées autour de l’Ile Verte en face de La Ciotat. Son témoignage sublime est venu merveilleusement enrichir l’ouvrage que je suis en train d’écrire sur Beuchat…

C’était la dernière fois que je le voyais…

Le 24 février 2015 à 13h00, Gabriel Bérenger nous quittait, emporté par une mauvaise grippe, il avait 85 ans.

C’est pour lui rendre hommage qu’avec l’accord de la famille, les cinq qui avions été présent jusqu’à la fin, avons décidé de faire confectionner une plaque en sa mémoire.

Le 2 août 2015, avec mon ami Roger Ré, nous sommes allés la fixer au pied de la Vierge de « Gaby ».

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