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Propos de Anuar Abdullah (Ocean Quest) recueillis par Paul Poivert

Patron d’Ocean Quest, Anuar Abdullah n’est pas très connu en France, pourtant il s’est donné une mission qui intéresse le monde entier : reconstruire la mer… Depuis 1980, il travaille à la réhabilitation des récifs coralliens par des méthodes naturelles, dont l’efficacité est spectaculaire.

Anuar Abdullah, originaire de Malaisie, a passé un master d’océanographie aux Etats-Unis. Puis il a beaucoup voyagé dans toutes les parties du monde, des Caraïbes aux confins des mers d’extrême Orient, ce qui lui a permis de se familiariser avec les différents milieux marins. Il a profité de ses voyages pour sensibiliser les enfants et les jeunes de tous les pays traversés à la nécessité de mieux connaître l’environnement marin pour mieux le protéger. 

Anuar Abdullah en pleine récolte de boutures

Dès 1980, Anuar Abdullah avait constaté le début du blanchiment des coraux. Très concerné par les questions environnementales et le milieu marin, il a cherché une manière d’aider à réparer les dommages que subissaient les fonds marins. Il a alors étudié les différentes méthodes déjà existantes de bouturage des coraux, mais n’étant pas complètement convaincu par les solutions utilisant des matériaux synthétiques qui ne pouvaient, selon lui, qu’apporter une pollution supplémentaire, il a voulu mettre au point une méthode plus naturelle, utilisant des matériaux issus du milieu marin. 

Comme rien n’existait dans ce domaine il a dû beaucoup tâtonner et faire des erreurs avant de finalement réussir à mettre au point un process qui soit le plus respectueux de l’environnement. Après tout, n’est-ce pas en faisant des erreurs que l’on apprend ?

On trouve souvent des branches de coraux cassées qui feront de très bonnes boutures

Anuar Abdullah a développé son activité de réhabilitation des récifs coralliens endommagés à partir de la Thaïlande, en rapport avec les parcs nationaux notamment pour la restauration de Maya Bay, mais aussi de la Malaisie et de l’Indonésie, avant de s’étendre à l’international par le biais d’une structure nommée Ocean Quest. Aujourd’hui, il exporte ses techniques jusqu’en occident où il compte de nombreux adeptes. Il a même écrit un guide technique extrêmement complet sur la question, servant de support de cours aux formations dispensées par Ocean Quest (voir en fin d’article).

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Passionné, Anuar Abdullah l’est sans aucun doute, comme le prouve sa situation personnelle : depuis le lancement de son activité, il a travaillé entièrement bénévolement, sans aucun salaire. Les subvention qu’il a pu obtenir ont été entièrement investies dans les programmes de bouturage corallien. Il a vécu uniquement sur ses fonds personnels, ses économies amassées dans son ancienne profession de gérant d’un centre de plongée (autant dire qu’il est très concerné par les questions d’environnement sous-marin !). Mais ses économies s’amenuisent inexorablement… Aujourd’hui il tente de mettre en place un moyen de vivre de cette activité qui lui prend tout son temps. Pour ce faire, il organise des formations à destination de toutes les personnes désireuses de s’impliquer dans la protection des récifs coralliens, où que ce soit dans le monde, en Asie, en Australie, aux Caraïbes et même en Europe. Il crée des programmes de formation à destination des différents organismes œuvrant dans ce but hautement salutaire pour l’environnement et la survie planétaire.

Comment envisager l’avenir quand la passion ne suffit pas pour vivre ? Anuar Abdullah est désormais très occupé. La technique qu’il a mise au point ouvre une nouvelle voie dans le domaine de l’étude et la gestion de la vie corallienne et il reçoit désormais beaucoup de demandes venant de différents horizons.

La technique de bouturage naturel

Le choix de l’emplacement est important

La technique développée par Anuar Abdullah pour la restauration des massifs coralliens et le bouturage est entièrement naturelle et n’utilise aucun support artificiel. Le principe est comparable aux techniques de repeuplement des forêts : on sème des graines dans une nurserie, puis on replante sur le site à restaurer. De même, pour le corail, on élève de petits fragments avec tous les soins nécessaires dans une nurserie, avant de les installer sur leur récif de destination. Les différentes manipulations exigent des conditions rigoureuses de propreté et d’hygiène car il ne s’agit pas là de culture végétale, mais bien d’élevage animal.

Pour fixer les implants, plutôt que d’utiliser un socle synthétique comme il est procédé ailleurs (pvc, béton…), Anuar Abdullah privilégie un socle en pierre naturelle provenant du squelette d’anciens coraux, aussi appelé aragonite. Sur chacun de ces fragments d’aragonite, on vient fixer un petit fragment de corail vivant d’environ un centimètre qui va constituer la bouture. Le fait d’utiliser l’aragonite est plus en harmonie avec la bouture, puisqu’il s’agit exactement de l’élément naturel provenant du corail lui-même.

Récupération d’un morceau cassé d’où seront extraites plusieurs boutures

Comment se procurer ces fameuses boutures ? Inutile d’aller détruire un massif existant, en prospectant on trouve souvent des massifs ou des tables renversés et cassés, mais encore vivants. Ces fragments constituent d’excellentes sources pour prélever les boutures.

De la bouture au replantage en milieu naturel, il va se passer de 18 à 36 mois selon l’espèce. Si les boutures sont bien dorlotées durant leur phase de croissance, on continue à les surveiller étroitement pendant la phase transitoire en « zone d’attente » et même après leur réintroduction en milieu naturel. Une fois bien installées et acclimatées, après seulement une année sur leur emplacement définitif les boutures transplantées deviennent très difficilement reconnaissables au milieu des pousses naturelles.

Repeuplement de la population corallienne

Une nurserie

Actuellement, personne ne sait précisément l’état général de la population corallienne mondiale mais on sait que dans les 30 prochaines années, environ 40% des coraux vont disparaître selon les endroits. Ces pertes sont en partie dues à l’activité humaine : on estime que 60% des pertes sont dues aux destructions d’origine humaine, contre 40% de pertes dues au changement climatique et aux catastrophes naturelles. Dans les causes humaines, la pêche aux explosifs se trouve en bonne place, notamment aux Philippines où elle est encore pratiquée. Chaque explosion sous-marine laisse un véritable désert derrière elle, pour le gain de quelques poissons : une catastrophe écologique.

Maintenant, la technique de bouturage est bien au point mais il est nécessaire que tout le monde s’implique pour la protection de cette population corallienne si indispensable à la respiration de la planète. Sur une surface de plus de 280 000 km2 de récifs, près de 100 000 km2 doivent être remplacés. Devant l’ampleur de la tâche, il est impossible de créer autant de récifs artificiels (on peut comparer avec la surface d’une grande ville comme New York qui ne fait « que » 780 km2…). Si le bouturage permet d’en restaurer une partie, la protection de l’environnement reste primordiale. Une prise de conscience générale de la population est donc nécessaire, notamment par l’éducation. Le vœu d’Anuar Abdullah est de pouvoir expliquer, dans tous les pays et dans toutes les langues, la protection et la restauration des récifs coralliens. Enseigner les techniques de restauration, le bouturage, de façon à cette activité soit assurée par le plus grand nombre, pour le bien de notre environnement.

En Thaïlande, où Anuar Abdullah est beaucoup intervenu, de nombreux projets sont en cours de réalisation, soutenus par des gens très motivés. Cette motivation a maintenant besoin de franchir les frontières. Pour lui, c’est la connaissance qui permettra de faire changer les mentalités. Lui-même veut continuer à enseigner et à partager ses connaissances acquises au fil des années et de nombreuses expériences, car comme il le dit si bien, « il ne servirait à rien qu’il emporte avec lui ces connaissances dans la tombe »…

Et en France ?

Anuar Abdullah au Salon de la Plongée de Paris 2019 en compagnie de Sandrine Treyvaud et Sabrina Graffant, d’Ocean Quest France

La France possède la 4esurface corallienne mondiale, grâce à ses départements et territoires d’outre-mer. Pour Anuar Abdullah, il est très important que la population française prenne conscience de l’importance de cette richesse et en prenne soin. Un tel patrimoine constitue une richesse extraordinaire et une source de vie considérable qui peut même se révéler vitale dans certaines activités comme la pêche, sans parler du tourisme nautique. Autant de secteurs qui seraient sources d’enrichissement et d’activité. Sans oublier, bien sûr que si nous ne prenons pas soin de ce patrimoine, c’est notre existence-même qui risque d’être remise en cause…

Renseignements : www.oceanquest.global

Facebook : Ocean Quest Global ; Ocean Quest France

Instagram : Ocean Quest Global

Contact : Administration@oceanquest.global

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