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Reportage Paul Poivert

Il est des voyages qui marquent une vie… Partir explorer l’Antarctique, ce continent au bout du monde, à des milliers de kilomètres de la civilisation, fait partie de ceux-là. Marcher au milieu des manchots, plonger avec les phoques, découvrir des cimetières de baleines… Dépaysement garanti !

La Péninsule Antarctique convie les voyageurs au spectacle de la nature sauvage dans toute sa splendeur. Sillonnant au milieu des centaines d’îles et îlots présents le long des côtes, les bateaux ont maintes fois l’opportunité de jeter l’ancre pour visiter stations scientifiques, lieux d’emplacement d’expéditions historiques, vestiges d’épopées polaires, colonies de manchots se comptant par milliers, familles de phoques et d’otaries, regroupements d’oiseaux en tout genre… La glace joue de ses multiples reflets, les cétacés évoluent sous la surface de l’eau et la banquise morcelée dérive, emportant les phoques se prélassant au soleil…

Pour venir dans ce paradis blanc, le passage obligé est la ville d’Ushuaïa, la ville la plus au sud du monde. Située à l’extrêmité du continent sud-américain, cette ville est le rendez-vous de tous les aventuriers, navigateurs et globe-trotters qui traversent la Terre de Feu, visitent les glaciers de Patagonie ou passent le légendaire Cap Horn, tout près de là. Puis c’est la grande traversée, le Passage de Drake qui longe le Cap Horn, avec une mer toujours agitée où il n’est pas rare d’affronter des creux de 8 à 12m. Pas de problème, le Plancius, l’un de ces bateaux polaires, est équipé pour ces situations.

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M/V Plancius a été construit en 1976 comme navire de recherche océanographique hollandais. Le navire de 89m de long a navigué pour la marine néerlandaise jusqu’en Juin 2004, a finalement été entièrement transformé en navire de 110 passagers en 2009. Très confortable même dans les contrées extrêmes, dirigé par un équipage spécialisé dans ce type de navigation, on s’y sent en parfaite sécurité.

Après une traversée mouvementée, l’arrivée aux abords du continent blanc est comme une révélation. Loin de toute agitation, ce paysage qui apparaît d’abord figé, irisé de couleurs et de reflets pastels, allant du rose pâle au lever du soleil au bleu plus ou moins dense des icebergs réfractant la lumière solaire. Mais figé, il ne l’est pas. Premiers «locaux» à venir accueillir les visiteurs, des colonies de manchots qui nagent et sautent avec grâce dans les vagues, suivis par quelques phoques en quête de leur repas, eux-même remplacés par des familles de baleines se ressourçant en surface… Ça commence fort ! Et ce sera comme ça pendant tout le séjour. Le grand spectacle. Appareils photos et caméras prêts, personne à bord ne s’en plaint…

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Chaque jour une escale différente dans des hâvres caractéristiques : colonies abondantes de manchots et de phoques, stations scientifiques ou anciennes stations baleinières aujourd’hui abandonnées, champs d’ossements de baleines qui sont venues mourir sur l’une de ces plages désertes, offrant de la nourriture à tous ses habitants, ou bien ancien dépotoir des baleiniers qui se débarrassaient des squelettes après avoir récupéré l’huile… Chaque descente à terre porte un goût prononcé des aventures qui se sont déroulées ici, des pionniers partis à la conquête du Pôle sud aux pêcheurs et scientifiques affrontant le climat le plus rude de la planète loin de toute possibilité d’assistance.

Les paysages magnifiques se succèdent, glaciers, morceaux de banquise fondant dans la «chaleur» de l’été austral (0° à 5°C, le jour entre décembre et mars), une ambiance blanche dont la luminosité et les contrastes font oublier le froid, très supportable dans de bons vêtements du genre «vêtements de ski». Et surtout, les rencontres avec cette faune qui a tellement peu l’habitude de voir ces bipèdes bigarrés qu’elle n’en est même pas apeurée. Il suffit de s’asseoir au milieu d’une colonie de manchots pour inciter leur curiosité et voilà quelques audacieux qui s’approchent doucement en se dandinant pour venir se planter sous votre nez et vous lancer des regards interrogatifs, avant de s’installer sans plus de cérémonie sur votre sac posé à terre… Si les phoques crabiers, difficilement accessibles sur leurs minuscules ilôts de glace dérivant sur la surface (presque) liquide parsemée de «nénuphars de glace» restent placides, les otaries à fourrure quant à elles sont un peu plus renfrognées et la traversée de leur colonie peut donner lieu à quelques grognements réprobateurs, voire même l’ire d’un gros mâle jaloux de cet intrus venu photographier sa belle et qui se charge, tout en chargeant ledit intrus, de lui rappeler les règles élémentaires de politesse polaire… Ici, la vie est rude et sans aucun artifice. Chaque animal qui meurt représente une opportunité de survie pour les autres qui viennent se partager ce repas providentiel sans manière. C’est la dure loi de la vie polaire et tous s’y conforment.

Plongée en eau (très) froide

Il est temps d’enfiler les combinaisons étanches, indispensables pour plonger dans cette eau à -1°C, et aller voir l’envers du décors. Harnachés comme des bibendums, la mise à l’eau n’est pas des plus grâcieuses, à l’inverse des manchots patauds qui eux, montrent une agilité et une grâce déconcertantes dès qu’ils passent le miroir liquide.

L’eau froide n’empêche en rien le développement de la vie subaquatique, bien au contraire. C’est d’ailleurs la raison du foisonnement de la vie dans ces contrées. Car pour tous, le garde-manger est sous l’eau. Crustacés, poissons, mollusques, tous entrent dans la chaîne alimentaire. Les baleines viennent ici se goinfrer de krill, les manchots mangent les poissons, les phoques léopards mangent les manchots… Tiens justement, en parlant de phoques léopards : la rencontre avec trois jeunes individus jouant à cache-cache entre les glaçons flottants vous laissera un souvenir indélébile. Une heure dans l’eau glaciale à jouer avec eux et vous ne sentez absolument pas la morsure du froid, ni même ne sentirez le temps passer. C’est à la sortie de l’eau, une heure plus tard, que vous vous rendez compte que l’un de vos gants étanches a pris l’eau et que vous ne sentez plus votre main… Mais quel souvenir que ce face à face avec ces animaux splendides, à la fois prédateurs sauvages aux réactions imprévisibles et compagnons de jeux espiègles et curieux ! Le plus grand prédateur antarctique peut atteindre 4m pour près de 600kg à l’âge adulte; les trois compagnons rencontrés ne sont que des adolescents turbulents, avec leurs 2,5m pour 250 à 300kg maxi. Une heure d’enchantement et on en redemande !

Autre plongée impressionnante, cette fois-ci sous un iceberg. Petite plateforme de glace en surface, celui-ci se révèle immense sous l’eau. Un mur de glace sculptée par les courants s’enfonce vers les profondeurs. A peine 1m en surface, 15 à 20m en-dessous. On escalade une montagne à l’envers, dont le sommet s’élance vers le fond. les parois lisses et transparentes comme le verre, aux reliefs arrondis, véritables sculptures de cristal, offrent une vision et des sensations extraordinaires. Là aussi, on oublie les conditions extrêmes pour profiter d’un spectacle exceptionnel. La présence de pierres incrustées dans la glace montre que cet iceberg provient du glissement d’un glacier tombé dans la mer. Il est donc composé d’eau douce, contrairement aux icebergs provenant de morceaux de banquise, formés d’eau de mer gelée.

On ramène un morceau de cet énorme glaçon à bord ; découpé en morceaux, il servira à rafraîchir l’apéro ce soir… Pas banal de déguster une eau qui provient d’un glacier de plusieurs milliers d’années et vierge de toute trace humaine !

Retour au bateau, déséquipement pour retrouver la chaleur.

La grande aventure 

La partie la plus visitée de l’Antarctique est la péninsule due à sa «proximité» avec le continent sud américain. Peu de brise-glaces peuvent franchir sans frémir les mers de weddell et de Ross. La péninsule est très montagneuse, ses plus hauts pics atteignant environ 2 800 m. C’est donc la région du continent blanc la plus variée au niveau des paysages et la plus riche au niveau de la faune. Le climat étant le plus doux du continent (0 à 5°C en été, -20 à -10°C en hiver), la plupart des stations de recherches y sont construites ou sur les îles avoisinantes.

La péninsule est également le site le plus chargé d’histoire. Suivre les pas des premiers grands explorateurs rend l’expédition d’autant plus fascinante !

Longeant la côte ouest de la Péninsule, le bateau s’engage dans le détroit de Gerlache. On atteint alors l’île Cuverville en apercevant régulièrement plusieurs cétacés comme la baleine à bosse, la baleine de Minke la baleine bleue. Sur Cuverville est installée une colonie de manchots papou et s’y reproduisent deux espèces d’oiseaux : le labbe antractique, féroce prédateur, ainsi que l’océanite de Wilson.

Plus au sud, toujours le long de la côte, de nombreux bateaux font escale dans le port de Paradise Bay. On trouve à cet endroit la station scientifique argentine Almirante Brown et non loin, à Waterboat Point, la station chilienne Gabriel Gonzalez Videla.

Cette dernière est installée au beau milieu d’une colonie très animée de manchots papou.

Autre mouillage relativement protégé en Antarctique, Port Lockroy, situé sur la petite île Goudier de l’archipel Palmer, est à l’origine un site de chasse à la baleine proche de Paradise Bay. Durant la seconde Guerre Mondiale, les anglais y installèrent une base militaire qui par la suite se convertit en base scientifique avant d’être fermée en 1962. Aujourd’hui Port Lockroy est un site historique où l’on trouve un musée, une poste et même un magasin de souvenirs ! (habité seulement de novembre à mars).Les bateaux profitent en effet de l’ancrage abrité pour venir observer les manchots papou, cormorans aux yeux bleus, phoques de Weddell et baleines à fanons des environs. A noter la présence sous les eaux d’un grand cimetière de baleines, souvenir de l’époque baleinière. A courte distance de là, juste avant de s’engager dans le magnifique chenal Lemaire, l’île Torgersen offre également la possibilité d’observer manchots Adélie, phoques crabiers et léopards des mers.

Le chenal Lemaire est un lieu à la beauté saisissante. Naviguer aux pieds de ses falaises à pic est une expérience mémorable. On y rencontre souvent des phoques se prélassant sur la banquise dérivante et on peut parfois y observer des baleines de Minke. Le chenal Lemaire mène à l’île Petermann. Sur celle-ci hiverna la seconde expédition scientifique de grande ampleur menée par le grand explorateur français Jean Baptiste Charcot (1908- 1910). On trouve en effet dans cette zone diverses colonies de manchots, on peut y voir des éléphants de mer et il y vit la colonie de manchots papou la plus méridionale d’Antarctique. Les anglais établirent une station en 1947 sur le petit archipel des îles Argentine proches de Petermann. La station fut cédée dans les années 90 à l’Ukraine et porte aujourd’hui le nom de Vernadsky.

Sur le retour, une halte dans le cratère immergé de l’île de la Déception permet de se faire une idée de ce que pouvait être une station baleinière à la grande époque. Là, sur les flancs intérieurs du cratère, sur une plage de sable noir, une véritable petite ville exploitait l’huile des baleines apportées par les navires de pêche. le cratère offrait un abri peu sûr, d’où son nom. Suite à la disparission de la pêche à la baleine, la station fut abandonnée dans les années 30 et partiellement détruite lors d’une éruption en 1969. On peut encore y voir de nombreux vestiges, les chaudières pour la fonte d el’huile et les cuves, rouillées et déformées par le temps, les restes de milliers de barriques d’huile et les bateaux qui les transportaient jusqu’aux navires marchands. L’île est habitée par des colonies de manchots à jugulaires et d’otaries à fourrures.

L’expédition Antarctique représente l’une des dernières grandes aventures de notre temps. C’est véritablement «le voyage d’une vie»…

Faune Antarctique

Oiseaux : pétrel, albatros, cormoran, skua, goéland, sterne, chionis, pipit antarctique.

Cétacés : baleine franche, baleine bleue, rorqual commun, rorqual boréal, baleine de Minke, baleine à bosse, baleine à bec, grand cachalot, orque, dauphin.

Manchots : manchot à jugulaire, manchot papou, manchot Adélie (peu présent), manchot empereur (Uniquement sur la partie continentale), manchot de Magellan.

Les phoques : phoque crabier, phoque de Weddell, otarie à fourrure, éléphants de mer, léopard des mers.

 

1 COMMENTAIRE

  1. Un voyage inoubliable, que j’ai eu la chance de faire avec Paul Poivert.
    Et même si je n’ai pas plongé, j’en ai gardé des souvenirs plein la tête et de magnifiques photos des paysages antarctiques et de leurs habitants !

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