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Par Pascal Bernabé – Photos Gregory VERNOUX / www.proteustek.com

Les 2 coéquipiers tiennent le fil ; le second tient le bras du premier, il communique ainsi par « touch contact » avec le premier et ne le perd pas. Le premier protège son visage avec la main devant lui, en cas de choc avec un mur ou un rocher dans cette visibilité nulle. Et soudain pour une raison inconnue le fil bouge et sort de leur main. Ils le cherchent… En vain. Leur erreur : ils ne tenaient pas le fil correctement. Vont-ils paniquer ? Non. Leur instructeur, qui se tenait à leur côté, arrête l’exercice qui se déroulait… entre les arbres proches du centre de gonflage, le long d’un fil d’ariane préalablement tendu entre les arbres.

Il s’agit en fait d’un exercice à terre (landrill), qui suit la théorie et l’explication des techniques et procédures d’urgence et précède leur mise en application dans l’eau lors de la plongée d’entrainement. L’intérêt du landrill est que l’on peut répéter les gestes techniques jusqu’à ce qu’ils soient acquis/réussis tout en les corrigeant et les commentant en direct. Ces exercices à terre sont souvent abordés de manière ludique et sont même l’occasion de se détendre et de plaisanter. C’est donc un outil d’apprentissage idéal.

La Plongée souterraine est elle une pratique marginale et difficile?

Non pas du tout, au contraire. Dans le domaine de la plongée tek, la discipline connaissant actuellement le plus grand développement, avec le recycleur, est la plongée souterraine.

Si la plongée en recycleur inquiète moins qu’auparavant, la plongée spéléo génère encore cependant quelques appréhensions et certains apprentis potentiels, ont encore parfois des angoisses non fondées, comme la peur de se retrouver pendant le cours dans des galeries trop étroites, avec une visibilité nulle, de l’eau glacée…

Les stages se déroulent avec une visibilité d’au moins plusieurs mètres, dans des galeries de dimensions plus que confortables. Quant à la température de l’eau, elle varie entre 13/14° dans le lot en France, jusqu’à 26° au Mexique, en passant par 18° en Croatie ou 22° en Floride. Bien sûr dans le Jura, en Suisse, en Italie du Nord, l’eau est plutôt à 7/8° et elle descend même entre 4 et 6° en Russie à Ordinskaya par exemple. Mais dans l’ensemble l’eau n’est pas si froide… Avec une combinaison étanche et un bon sous-vêtement, aucun problème.

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Une autre crainte récurrente concerne la difficulté du cours. Quelques personnes s’imaginent une formation très difficile. Bien sûr, il vaut mieux éviter d’être claustrophobe, ce qui est extrêmement rare. L’objectif du cours est tout simplement dans un premier temps de faire découvrir avec plaisir cet environnement nouveau et éventuellement de donner envie aux gens de continuer dans cette voie en toute sécurité.

Quelles sont les différentes étapes ?

Le premier niveau est le Caverne (Cavern), une découverte sur 2 jours de la plongée sous plafond mais sans aller plus loin que 60m de l’entrée et en voyant toujours la lumière du jour. Une bonne manière de découvrir l’activité.

Le deuxième niveau est l’introduction à la plongée souterraine (intro to cave). C’est le premier niveau réellement en grotte, hors de toute lumière du jour, à plus de 60m de l’entrée. Ces 2 premiers niveaux ne comportent ni étroitures, ni navigation complexe ou mauvaise visibilité.

Chez NACD (National Association of Cave Divers) et NSS-CDS (National Speological Society-Cave Diving Section) le niveau suivant est Apprentice cave diver, puis (Full) Cave Diver, mais une majorité d’autres agences ont regroupé ces 2 derniers niveaux dans la formation finale de plongeur souterrain autonome (Cave ou full cave diver) généralement sur 4 jours. Des combinaisons sont possibles sur plusieurs jours ou une semaine.

On retrouve ce type de cursus, issu à l’origine de NACD et NSS-CDS, dans des agences comme TDI ou IANTD. Ces cours se font en circuit ouvert ou en recycleur. Ce sont deux cours différents. Ils peuvent être éventuellement suivis de stages de spécialité en cave : Sidemount , relais, Scooter, Topographie…

Les agences DIR comme GUE, UTD ou Inner Space Explorer (ISE) ont un cursus légèrement différent. Ils sont obligés de passer préalablement par une formation sur les techniques de base : configuration hogarthian, aquaticité et position horizontale dans l’eau (trim), palmage frog, safety drill (assistance avec le tuyau long de 2m) Valve Drill (fermeture des robinets en cas de fuite), position de l’équipe en progression et en communication (en étoile). Ces compétences sont donc déjà acquises avant la formation spécifique spéléo comme le cave 1, chez GUE ou Inner Space Explorer (ISE). Dans le cursus « classique » toutes ces compétences sont intégrées lors du cours. La FFESSM et la FFS assurent aussi des formations mais beaucoup moins basées sur la plongée en équipe.

Comment se déroule une formation spéléo ?

Une originalité des formations sous plafond est d’utiliser les analyses et les statistiques d’accidents depuis la fin des années 1970. Sheck Exley écrivit en 1979 « Basic Cave Diving a blueprint for survival », un petit manuel de 46 pages entièrement sur des cas réels d’accidents, leur analyse méticuleuse et les leçons à en tirer pour éviter que cela arrive. Mais même en Europe, les statistiques d’accidents ou incidents ont toujours été utilisées, sans doute car c’était une petite communauté. N’y voyez aucune idée morbide. Bien au contraire, c’est plutôt une manière d’avoir une formation réaliste. L’apprentissage de la plongée sous plafond reste actuellement l’un des plus concrets et mieux construits qui soient.

Le plongeur est dans la grande majorité des cas à l’origine des accidents, par absence de formation, mais de plus en plus plutôt par des plongées non conformes à sa formation (navigation complexe, utilisation d’un recycleur, d’un scooter, manque d’expérience en général…). On étudie le fil en premier puisqu’il est un facteur aggravant dans environ un tiers des problèmes : pas de fil, ou fil perdu avec une mauvaise visibilité, ou emmêlé dans le fil, savoir dérouler, suivre, récupérer un fil quelle que soit la visibilité… Ne pas se prendre dedans, ne pas le perdre…

Puis les règles de consommation et de gestion du gaz : les tiers, mais plutôt actuellement les quarts c’est-à-dire un quart à l’aller, un quart au retour et la moitié en sécurité.

Viennent ensuite la profondeur (ne pas plonger au-delà de 30/40m à l’air), le matériel et particulièrement l’éclairage (1 éclairage principal puissant et 2 éclairages de secours).

La plongée en solo est généralement déconseillée même si les stagiaires apprennent à se débrouiller seuls en cas de perte des coéquipiers et de mauvaise visibilité, donc d’impossibilité de communiquer.

Lors de l’apprentissage, les stagiaires apprennent aussi à lire le milieu, en particulier pour retrouver la sortie (relief d’érosion des roches, vagues de sable…) et éviter les dangers (éboulements, étroitures). La communication est aussi un leitmotiv, par signes de main, éclairage principal, touch contact.

La plupart des notions de base sont étudiées dès le Cavern et l’Intro to cave. Lors du full cave sont abordés : la planification avancée, en fonction de l’environnement, la décompression, et surtout la navigation complexe avec galerie principale, galeries secondaires, systèmes complexes avec utilisation des flèches et cookies pour communiquer sur le fil et retrouver la sortie sans le moindre doute.

Tous ces sujets sont abordés avec un peu de théorie, des exercices à terre, la mise en pratique dans l’eau avec des procédures d’urgence en équipe (sans gaz et sauvetage) et en solo pour certaines (ligne perdue, plongeur perdu).

Il y a actuellement de plus en plus de plongeurs souterrains, notamment de plongeurs avancés. Les agences proposent donc plus de cours avancés, en recycleur, bientôt au trimix en cave chez TDI. Il existe même actuellement une association dédiée à l’enseignement de l’exploration souterraine IDREO (International Diving Research and Exploration Organization) avec notamment les formations Cave Explorer 1 (équivalent d’un full cave) et Cave Explorer 2, plus avancés où toutes les techniques sont abordées… Ainsi que de belles balades à faire sous terre…

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