Par Paul Poivert

Il existe une épave très peu connue des plongeurs français, pourtant il s’agit d’un bateau de notre nationalité : le Souffleur, sous-marin de la France occupée, fut coulé devant Beyrouth au Liban, par un sous-marin anglais. Un véritable sanctuaire sous-marin à quelques encâblures d’une ville qui a su oublier la guerre et se tourner vers la vie à l’Occidentale…

Juste devant Beyrouth, à quelques centaines de mètres de la longue corniche qui borde la capitale du Liban, gît par 37 mètres de fond l’épave d’un sous-marin français, dans un excellent état de conservation. Le Souffleur est peu connu des plongeurs français, car il fait partie d’une période sombre de notre histoire : l’occupation. De plus, le Liban n’était pas, il y a encore peu, une destination touristique très développée pour le public européen. Les restes de la guerre ont été effacés depuis longtemps et aujourd’hui, le pays surnommé “la Suisse du Moyen-Orient”, se tourne résolument vers l’occident. Le tourisme se développe grâce à la présence de sites historiques et archéologiques de premier ordre comme Tyr ou Baalbec et la plongée commence à prendre un essor important, surtout avec les pratiquants locaux. Plongée de type méditerranéenne, ne vous attendez pas à voir une faune délirante, mais des sites intéressants comme les ruines immergées de Sidon et de Tyr et les épaves au large comme l’extraordinaire Victoria, planté verticalement sur un fond de 140m et remontant jusqu’à une soixantaine de mètres de la surface…

Le Souffleur était l’un des neuf sous-marins du type Requin, mis en service de 1925 à 1928. Construit à Cherbourg en 1924, il avait 78.25 mètres de long, 6.84 mètres de large et 4.52 mètres de tirant d’eau. Il fut refondu en 1936 au chantier de Penhoet à Saint- Nazaire et réarmé en 1937. De 1926 à 1932 il a fait partie de la 3e Escadrille de Sous-marins de la 1ère Escadre. De 1932 à Septembre 1939 il appartenait à la 6e Escadrille de Sous-marins de Bizerte. En 1939 il naviguait entre Aden, Port Said, Beyrouth et Bizerte. A partir de Septembre 1939 il a été affecté à la 9ème Division de Sous-Marins de Bizerte et demeura stationé sur les côtes de Tunisie. Le 19 Novembre on le trouvait à Casablanca pour participer à la surveillance des Iles Canaries.

Le 20 Mars 1940 le Lieutenant de Vaisseau Lejay prit le commandement du “Souffleur”. A l’armistice il se trouvait à Sfax et en date du 22 Juin le LV Lejay rédigea un rapport où il est mentionné: “Du point de vue militaire, cette opération de surveillance à permis de mettre en lumière les difficultés de charge des batteries d’accumulateurs de ces bâtiments. En cette période de l’année ou la durée des nuits ne dépasse pas huit heures, la charge maximum compatible avec la sûreté des moteurs ne permet de récupérer que 6.000 A.H. Cette récupération correspond exactement à la dépense minimum de 16 heures de plongée…”

Le Souffleur au port de Bayrouth

Ce problème causa la perte du submersible, obligé de rester longtemps en surface pour recharger ses batteries, et donc vulnérable.

Lieutenant de Vaisseau Lejay, commandant du Souffleur

Le 1er Avril 1941 il fut affecté, ainsi que le “Caïman” et le “Marsouin” à la Division Navale du Levant sous les ordres du capitaine de corvette commandant la 9ème D.S.M. Le 8 du même mois il partait pour Beyrouth. Le 8 Juin débuta l’attaque des Alliés contre le Liban et la Syrie. A 06h15 la vigie de Tyr prevint qu’un Bâtiment de ligne, 3 Croiseurs et 5 Torpilleurs ennemis faisaient route au Nord. Du 8 au 25 il effectua des missions de surveillance et d’attaque contre des forces suppérieures en nombre , au cours desquelles il a été chassé et grenadé à diverses reprises. Le 10 juin, il effectua dans des conditions difficiles, deux attaques sur un croiseur anglais, probablement le “Phoebe”.

Le HMS Parthian, qui coula le Souffleur

Le 25 juin 1941 à 09h55 G.M.T., le “Souffleur” se trouvait en surface à 2 ou 3 milles de la côte, entre le Ras Damour et le Ras Beyrouth ; il était contraint de charger sa batterie d’accumulateurs, en marche sur un moteur, faisant route à 7 nœuds. Six hommes, dont l’Enseigne de Vaisseau Morange, se trouvaient sur la passerelle. Quatre sillages de torpilles, lancées par le sous-marin anglais “Parthian”, furent aperçus à babord; l’Enseigne de Vaisseau manoeuvra aussitôt, mais ne put éviter l’une des torpilles qui frappa le bâtiment à la hauteur du canon. Le sous-marin coupé en deux, coula instantanément. Cinquantes deux victimes coulèrent avec leur bâtiment. Cinq des hommes qui se trouvaient sur la passerelle tentèrent de regagner la côte à la nage, seuls quatre y sont parvenus. Le “Parthian” fut porté disparu un an plus tard.

Première reconnaissance de l’épave, dans les années 1970

Après quelques plongées de reconnaissance dans les années 70, ce n’est qu’en 1994 que l’épave du Souffleur fut explorée en détail, tout près de Beyrouth.

Depuis la Marina de Beyrouth, le trajet est assez rapide pour accéder au site. Incliné sur un fond de 37 mètres, le Souffleur est coupé en deux parties qui reposent dans le même axe, séparées de quelques mètres. A l’intérieur de la coque un rideau compact de câbles sectionnés pendent du plafond, empêchant  toute pénétration au niveau de la déchirure due à l’explosion de la torpille. Sur le pont, au pied du kiosque, le sas des scaphandriers est ouvert au trois quarts. En remontant le long du kiosque, à -32 mètres, on arrive sur la passerelle. Sur l’avant de celle-ci se trouvent deux tourelles. A l’arrière de la passerelle se trouve la mitrailleuse anti-aérienne jumelée. L’habillage du kiosque a disparu, laissant voir les différents éléments de commande, cheminées d’aération et périscopes. Par eau claire, la vue d’ensemble est saisissante.

Le Souffleur est désormais une sépulture pour son équipage
Bouteilles d’air comprimé
Il ne reste plus grand chose du revêtement extérieur de la coque dure

En continuant vers la poupe, le long de la coque tribord, on entrevoit par endroits, à travers des ouvertures, les torpilles. Des réservoirs d’air comprimé servant à vider les ballasts sont apparents, le long de la coque éventrée. Un portillon de tube arrière est ouvert. En regardant à l’aide d’une d’une torche dans le tube, l’on peut voir la tête d’une torpille prête à être lançée. Celle-ci n’étant définitivement amorçée qu’après avoir été lançée. Au bout de l’axe de propulsion, l’hélice tribord manque. L’hélice babord est difficile à voir, cette partie de la coque étant ensevelie dans le sable. Plus loin, sur la droite, le fût du canon principal. Plus loin encore, une immense torpille posée sur le sable, visiblement amorcée. Il n’est pas trop conseillé d’aller flâner dans cette direction, le danger étant toujours réel.

Le périscope est rentré

La plongée se fait sans réelle difficulté si l’on prend la précaution de la faire par temps très calme, le site n’étant aucunement abrité. Il n’est pas recommandé de pénétrer à l’intérieur ou encore de fouiller dans les décombres, car de nombreuses munitions, dont des torpilles armées, sont encore présentes dans l’épave. Il ne faut pas oublier que ce sous-marin est une tombe de guerre, les corps de l’équipage n’ayant jamais été remontés ; il importe donc de respecter la mémoire des marins disparus. 

L’étrave du Souffleur

Lors d’une escale à Beyrouth, en Mars 2001, le porte-hélicoptères “Jeanne d’Arc” de la Marine Nationale française, a organisé une cérémonie en mémoire des disparus, en effectuant un lancer de gerbe à la verticale du Souffleur. Puis un autre hommage a été rendu en janvier 2015, au Mémorial National des Marins morts pour la France de Plougonvelin (Finistère), en présence de cinq familles des marins disparus.

Plaque de devise du sous-marin Souffleur

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