Par Paul Poivert – Photos Paul Poivert, Frédéric Caen

Il a été rendu célèbre par le roman « Le fantôme de l’Opéra » de Gaston Leroux, mais quelle est la part du vrai et de l’imaginaire ? Le fameux « lac » sous l’Opéra de Paris, objet de beaucoup de fantasmes, existe bel et bien, sauf que… Ce n’est pas un lac mystérieux alimenté par une rivière souterraine, mais une immense cuve servant à équilibrer la pression des nappes phréatiques pour stabiliser les fondations du prestigieux bâtiment. Les plongeurs des services de secours ont le privilège de tremper leurs palmes dans cet endroit magique, pour leur entraînement et pour la surveillance du site…

Par le décret du 29 septembre 1860, Napoléon III déclarait d’utilité publique la construction d’un grand Opéra, dédié à la danse et à la musique. Le baron Haussmann, préfet depuis 1853, avait déjà tracé des projets de voies monumentales, en particulier une large avenue assurant la desserte des Tuileries, et il choisit un emplacement de 10 000 m2, espace dégagé, résultant du croisement de ces voies « Haussmanniennes » pour implanter le bâtiment. Restait à trouver l’architecte…

L’Opéra Garnier peu après sa construction

Un concours fut organisé, 171 candidats présentèrent un projet et c’est le projet de Charles Garnier, jeune architecte peu connu mais grand Prix de Rome en 1848, qui fut retenu à l’unanimité. La première pierre fut posée le 21 juillet 1862.

Les mystères de l’Opéra

 

L’accès au “lac”

Ce que Garnier n’avait pas prévu, c’est que sous cet espace, une nappe phréatique importante, alimentée par un bras préhistorique de la Seine, rendait le sol plus ou moins marécageux et provoquerait une inondation permanente. Ce bras existait encore au Moyen-âge et longeait les remparts nord de la ville. Plus tard, il fut comblé pour laisser la place à l’expansion de la capitale, dont les faubourgs furent inclus dans la cité. Mais les environs de l’ancien bras de Seine restaient toujours plus ou moins marécageux et le sol manquait de stabilité, surtout pour la construction d’un bâtiment aussi imposant que le projet de Garnier.

Le plan de l’Opéra. Le “lac” se situe sous la partie la plus profonde

Durant les travaux de l’Opéra, l’eau s’infiltrait sans arrêt. Après mûre réflexion, Garnier réussit à isoler les sous-sols par un double mur. Pour assainir le terrain, et terminer les travaux il eut recours à huit pompes à vapeur qui travaillèrent jours et nuits durant huit mois. Puis pour contenir la pression des eaux d’infiltration, il fit construire au plus profond des sous-sols de l’Opéra un lac souterrain, dans une cuve de ciment et de pierres.

Construction de l’Opéra

Dans cette immense cuve, une forêt de larges piliers soutient l’ensemble du bâtiment, dont la stabilité est assurée par l’équilibre des pressions, entre la cuve et la nappe phréatique extérieure.

C’est un squelette laissé par la Commune, ainsi que le mystère de ce lac et les doubles murs qui inspirèrent à Gaston Leroux, en 1925 son roman « le Fantôme de l’Opéra » : relisez l’histoire du terrible Erik, vivant sous l’Opéra, dans un palais souterrain qu’on ne peut atteindre que par le lac alimenté par un cours d’eau portant le nom de la Grange-Batelière, installant la « chambre des supplices » dans les doubles murs…

Si le fantôme est une légende, les eaux souterraines existent bien et font l’objet d’une surveillance constante, car elles sont la garantie de la stabilité de l’immense édifice. Et il faut bien reconnaître l’efficacité du dispositif puisqu’en plus d’un siècle et demi, l’Opéra Garnier est resté l’une des splendeurs de la capitale.

Plongée dans le réservoir

Les mouvements de palmes soulèvent les sédiments et troublent rapidement l’eau de la citerne

Situé sous la cage de scène, l’accès est rendu possible par un petit escalier étroit, protégé par une grille fermée, qui s’enfonce dans les ténèbres. La surveillance de l’état des structures de la cuve et de ses voûtes y est régulièrement effectuée par les pompiers de l’Opéra. Cette immense réserve d’eau sert aussi de lieu d’entraînement aux plongeurs des Sapeurs Pompiers de Paris, ainsi qu’aux plongeurs de la Police Nationale qui peuvent ainsi se perfectionner dans les techniques d’investigation en milieu souterrain inondé.

La citerne est peu profonde et laisse un espace sous sa voûte

Les plongeurs s’y entraînent à dérouler et fixer un fil d’Ariane, à se repérer, à effectuer des constatations sur les structures, les crépines qui servent à l’équilibrage du niveau de l’eau, ou bien à rechercher des éléments ou indices. Ils apprennent surtout à gérer le stress dans des situations particulièrement difficiles à l’issue improbable, où la maîtrise absolue de tous les paramètres de la plongée est un élément crucial pour sa réussite.

Une ambiance fantômatique…

Si la profondeur de la cuve ne présente aucune difficulté (tout juste 2 à 3 m), alors que subsiste un espace entre la surface et la voûte, le principal travail des plongeurs et de s’orienter dans la forêt de piliers de pierres et de retrouver un itinéraire fixé à l’avance. Pour ce faire, ils déroulent leur fil d’Ariane jusqu’à atteindre une crépine de pompage qui se trouve quelque part dans la cuve.

Vérification de la crépine d’une pompe

Si l’eau est claire au début de l’exercice, la couche de sédiments déposée sur le fond a tôt fait de s’envoler et de venir brouiller la vision des plongeurs, les obligeant à tâtonner pour retrouver le chemin du retour et à se guider avec le fil d’Ariane. Le but de l’exercice consiste donc aussi à apprendre à se déplacer dans l’eau en provoquant le moins de remous possible, pour préserver la clarté de l’eau.

Les plongeurs de Paris

Depuis le toit de l’Opéra Garnier, on domine une grande partie de la capitale

Hormis quelques entreprises de travaux subaquatiques, les plongeurs des Sapeurs Pompiers et de la Préfecture de Police sont les seuls à pouvoir intervenir dans les milieux immergés de la région parisienne : la Seine bien sûr, mais aussi les autres cours d’eau, la Marne, les canaux, les lacs et les étangs, sans oublier les différents endroits présentant les caractéristiques nécessaires : parkings et sous-sols d’usines inondés, conduits de vidange d’écluses ou autres conduits souterrains sous la capitale, envahis par la nappe phréatique, plongées en grottes naturelles et dans les catacombes inondées, et bien sûr, le lac de l’Opéra en point d’orgue…

Le métier est dangereux, comme l’a malheureusement prouvé la récente actualité avec le décès accidentel d’une plongeuse de la Brigade Fluviale de Paris, et exige une condition physique et mentale sans faille. C’est pourquoi la plongée amateur est proscrite dans toute la région, en dehors de certains lacs aménagés (Viry Chatillon, Cergy, Beaumont sur Oise…).

Le métier de plongeurs des Sapeurs Pompiers ou de la Police est un métier à risque qui nécessite des qualités exceptionnelles

Pour les candidats à un poste dans ces unités d’élite, sachez qu’il faut au préalable être fonctionnaire titulaire (Sapeur Pompier ou Policier selon l’unité envisagée), être apte médicalement et être très sportif pour satisfaire aux épreuves d’un concours interne, comportant : natation, plongée, navigation, matelotage, secourisme, réglementation fluviale, ainsi que des tests psychologiques. Et surtout, ne pas avoir peur de plonger en eaux troubles… Avis aux amateurs !

Vidéo INA sur le lac de l’Opéra Garnier :

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