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Texte et photos (sauf celles de drone) Henri Eskenazi – www.henrieskenazi.com

Précision : Cet article n’est pas un reportage, c’est juste un recueil d’émotions partagées.

S’évader le temps d’une croisière en Papouasie, c’est une opportunité de bouleverser son quotidien, de découvrir des univers différents et de multiplier des rencontres enrichissantes.

A vouloir vivre plus, plus longtemps, plus intensément, plus efficacement… nous avons tendance à vouloir vivre plus vite. Et en vivant plus vite, nous vivons moins.

La recherche de performance est souvent vaine, tant nous avons tendance à oublier pourquoi nous voulons aller vite. Pour profiter de plus d’évènements ?

Alors, pourquoi les gâcher tous en les vivant superficiellement, sous la pression que nous imposons à nous mêmes ?

Il n’est pas question de vivre moins mais de vivre mieux. Le bon rythme, c’est celui qui nous permet de vivre pleinement ce que nous vivons.

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Dans l’expression « prendre son temps », c’est le « son » qu‘il faut entendre. Le bon temps, c’est le temps qu’il nous faut, à nous et à nous seul, pour réaliser une tâche.

En prenant « son » temps, la tâche retrouve un intérêt en elle-même, alors que dans la recherche de performance, la tâche n’est qu’un moyen, qu’une contrainte. Et la vie passe de tâches bâclées en tâches sans intérêts… avec son lot de stress, de compétitions inutiles et de tristes victoires. La bonne vitesse, c’est celle qui nous permet de faire bien, dès la première fois et de perdre son temps : en gagnant !

Tout d’abord donc, ne penser à rien, ensuite continuer pour voir le monde autrement. 

Loin de la froidure de l’hiver européen, Jakaré, un superbe bateau d’une trentaine de mètres, nous attend sagement ancré au milieu de la baie juste en face de Sorong. C’est une goélette toute en tek et bois de fer, construit récemment, aussi confortable qu’agréable à l’œil. Il y a beaucoup d’espace et je m’y sens tout de suite très à l’aise.

La plupart des hommes d’équipage sont présents depuis l’origine du bateau. Ils sont originaires d’îles diverses, Java, Sulawesi ou Papouasie mais le sourire dans leur regard est commun : discrets, disponibles et efficaces. Quelques qualités que les plongeurs croisiéristes que nous sommes apprécient tout particulièrement. Les plongées sont parfaitement gérées. François, le responsable du bateau est calme, chaleureux et très professionnel. Ici, loin de tout, il est indispensable de ne rien laisser au hasard.

Notre première nuit à Yanbuba, entourés d’îles verdoyantes et de plages désertes typiques des Raja Ampat (les 4 Rois), est méritée après un long périple pour atteindre cette destination. Ainsi nous sommes prêts pour notre première plongée d’une heure. Devant le village, dans quinze mètres d’eau, la vie est foisonnante avec en particulier, au bout de dix minutes, la rencontre de l’étrange requin-tapis (il porte bien son nom !) ou Wobbegong, sous une grande table de corail. Notre croisière commence bien…

Après une balade en plein soleil sur un banc de sable particulièrement photogénique, notre cœur et notre corps se réchauffent de tant de beauté. Il est difficile d’être blasé de ces îles lointaines où la végétation luxuriante trempe littéralement dans les flots. Les nombreux animaux s’expriment par leurs chants ou leurs cris. Les moustiques sont absents.

Le ciel déjà un peu menaçant, nous offre maintenant un orage particulièrement intense mais qui ne dure que quelques minutes. Juste assez pour nous faire encore plus apprécier la blancheur éblouissante du sable et la transparence de l’eau, avec une visibilité de vingt mètres, laissant apparaître les innombrables coraux.

Avec mon regard, embrasser tout l’espace et le calme de cet archipel des Raja Ampat dans mer d’Halmahera, pour me laisser doucement bercer par la naissance du soleil, dans un repos presque absolu tout près des flots. Me retrouver seul. Me retrouver en compagnie. Ne plus penser à rien sauf à l’essentiel, car il est des croisières qui nous grandissent l’esprit…

Celle sur Jakaré en fait partie. Ici mes rêves s’éveillent au fil des jours qui défilent, là je photographie les océans, vastes et tranquilles, quelquefois impétueux où palpitent, de l’horizon bas au zénith, des fonds jusqu’à la surface, une multitude de tons doux et pastels, nuancés par la houle ou les vagues blanches et tendres.

J’essaye maintenant de passer plus de temps à voir, à observer, le plus complexe de nos sens mais pourtant le plus utilisé. Je tente de créer l’aventure aux détours des chemins et au-delà de ma simple pensée rétinienne, je flirte constamment avec la profondeur de champ.

Quand j’écoute les hommes parler, ils me content le silence des années passées et murmurent à mes yeux les souvenirs de la nature. Le spectacle devient ainsi plus beau que mes souvenirs. Je savoure ce précieux cadeau offert par le temps.

« Peut-être, si ce que racontent les sages est vrai et qu’il existe ici ou là un lieu où nous aurons notre séjour, celui que nous pensons avoir perdu nous a ouvert le chemin. » (Sénèque)

Cap au Nord-ouest. A la proue, les dauphins nous accompagnent.

A Cape Kri, nous nous laissons entraîner par un léger courant qui force en fin de plongée plus près de la surface. En chemin, plusieurs requins gris, pointes noires et pointes blanches accompagnent notre route. Les tortues ne sont pas en reste de nos éclairs de flash qui semblent ne point les importuner, bien au contraire. L’une d’entre elles ne se gêne pas pour littéralement labourer les alcyonaires. Un gros napoléon et une raie manta passent dans le bleu.

Au final, une loche de presque deux mètres se laisse nettoyer par une dizaine de petits poissons coopérants. Il y a aussi les platax en bancs, les trois espèces différentes de poissons-clowns dans la même anémone plus toute la vie animale de la Papouasie qui s’ébat entre coraux et gorgones.

Un coucher de soleil nous laisse sans voix, perdus dans le silence environnant. Place alors à l’émotion…

Quand je vole dans les abysses, en fait je tombe. 

Mes oreilles réagissent en premier, ou presque, par la pression qu’elles subissent dès les premiers mètres. Presque simultanément, mon regard se perd dans le bleu, cherche des repères qu’il ne trouve pas. Cherche encore.

En vain, je tente de prendre possession de l’obscurité en laissant la chaleur du soleil derrière moi. Les rayons, sans cesse en mouvement, me guident vers les profondeurs. 

Un poisson rouge m’observe plus que ce que je le vois. Un autre plus timide me croise, indifférent. 

Tel le poète, je plonge dans l’eau pour me rendre beau, je me gave de soleil pour me rendre fort et je regarde le ciel pour devenir grand. Je m’enfuis, tel un enfant, dans mes rêves enfouis.

Ce calme étrange, ce silence fabuleux, cette paix surnaturelle, qui entourent les océans le jour, survolent la houle, telle une légère drogue, la nuit. Entre mythe et réalité, je reste toujours fasciné par ces océans légendaires, synonymes de rêve, d’évasion, de volupté et de magie.

Peu importe l’ivresse, pourvu que j’ais la profondeur…

Navigation de nuit pour arriver à cent miles au Nord-ouest de Sorong dans l’archipel magique de Wayag, avec toujours cet immense plaisir de franchir la ligne équatoriale en comptant les étoiles et en suivant des yeux la lune qui s’élève.

Réveil au beau milieu d’immenses rochers volcaniques où mille palmiers surplombent la mer turquoise. Parfois une plage de sable immaculé vient troubler ma vision. Paisible est l’instant. Dix requins flirtent toute la journée avec la goélette.

Un nasi goreng (riz local agrémenté de légumes et autres bonnes choses) au petit déjeuner à six heures et nous sommes en forme pour l’ascension assez vertigineuse du mont Pindito à travers la forêt luxuriante poussant sur les scories. Là-haut, nous sommes récompensés par la vue sublime sur tout l’archipel caractéristique de cette région de la Papouasie. Photos sans compter. Benoit s’éclate avec son drone qui nous ramène des images originales. Le sourire aux lèvres de satisfaction, nous rentrons vers Jakaré pour notre première des quatre plongées quotidiennes au Nitrox à Pinacle Ridge. A peine mis à l’eau, une raie manta s’enfuie dans le bleu. Sur le sable, une tortue peu farouche et quelques requins batifolent. Parmi les couleurs indescriptibles des coraux, gorgones, éponges et alcyonaires, Mansar notre guide papou tape sur sa bouteille, tout émoustillé. En effet, il vient de nous dénicher un minuscule hippocampe marron de deux millimètres, posé sur un hydrozoaire, ce qui me remplie de joie car je suis équipé en macro mais qui laisse presque indifférent les autres plongeurs. Certains n’arrivent même pas à le voir sur le substrat de la même couleur.

Plus tard sur Secret Garden, nous sommes honorés par la présence de quatre énormes raies mantas qui vont et viennent dans une passe sablonneuse, plus une autre raie mobula en surface. L’une d’elles doit friser les cinq mètres, une autre est toute noire. Un requin-tapis, surpris par mes compagnons de plongée Patrick et Fred, vient se blottir littéralement sous mon corps. Peu farouche le bougre !

Notre journée se termine on ne peut plus paisiblement par une balade à travers les nombreux îlots de Wayag où quelques requins pointes noires et pointes blanches se promènent. J’en compte une bonne douzaine. Certains d’entre eux décident même de faire des bonds totalement hors de l’eau. C’est la première fois que j’ai l’occasion d’observer une telle scène. On en apprend tous les jours…

Désormais, j’aime regarder le ciel comme on voit la mer, avec les sons et les silences. 
Regarder les hommes comme on voit les fleurs, avec les ombres et les couleurs. 
Regarder la terre comme on voit l’amour, avec tendresse et bienveillance. 
En posant le juste regard. 

Tel un écrivain psychédélique dans un délire amusant, je me laisse parfois imaginer un espace infini totalement coupé du reste des mers, des îles littéralement en dehors de notre monde, bordées par de larges ceintures d’écume lumineuse, d’immenses galaxies complexes et minuscules d’étoiles primaires mais étincelantes où l’on pourrait entrecroiser dix mille tendres et sympathiques monstres cosmologiques. L’élégance dans l’esthétique ?

Une véritable immersion au cœur de la vie, une rencontre avec le peuple de la mer, du plus discret au plus imposant de ses habitants : voici le voyage auquel la nature  m’invite. Du plancton translucide aux mammifères puissants et majestueux, en passant par les murènes sensuelles et les limaces graciles, du gris froid des requins à la débauche de couleurs des poissons clowns, tout cela au milieu des coraux, ces sculptures composées par la nature et le temps. Tandis que d’autres créatures étranges semblent hésiter entre le minéral et l’animal, œuvres sans auteur, idéales de douceur et de délicatesse. Même le sable immaculé s’étire harmonieusement au fil de l’eau pour créer des formes mystérieuses. Une sensualité de l’espace, comme seule l’exceptionnelle nature peut nous l’offrir. Une fascination qui révèle l’harmonie. Des énergies rayonnantes m’enveloppent et me pincent le cœur car j’y ressens clairement la fluidité de toutes choses.

En amour, point n’est besoin de mots. Ainsi, une légende s’inscrit délicatement dans mon cœur.

Douce nuit, bercé par le clapotis sur la coque. Un véritable tourbillon océanique vient alors tenir compagnie à mes rêves pour un long voyage initiatique par delà les courants marins, exempt de toute drogue si ce n’est la seule faculté de penser…

Le top de mes plongées se trouve à Black Rock et Eagle Rock, à l’ouest de l’île de Kawé. Il me semble difficile dans ces lignes de décrire la richesse de la vie que je rencontre ici, avec une multitude de couleurs dans une eau à 30°C, sans courant et par moins de vingt mètres de profondeur. Je cite au hasard les raies mantas, les raies pastenagues, les barracudas, les perroquets à bosse sans oublier les immenses bancs de poissons et les nombreux nudibranches parmi les très nombreux coraux ou éponges. Ici, un descriptif détaillé ou exhaustif me semble aussi inutile qu’impossible.

Chaque journée passée comme celle-ci me fait prendre conscience de la chance que j’ai eu d’avoir découvert un jour la plongée sous-marine, quand j’étais plus jeune (hier !) et juste après, la photographie sous-marine. Mais çà c’est une autre histoire…

Découvrir le monde pour mieux le partager. Telle est désormais ma devise.

Les plongées nocturnes sous les jetées des îles Aljui et Sapokren nous réservent toutes les surprises attendues ou presque avec en prime un requin-tapis adulte et, à côté, un juvénile blotti dans une anémone. Une dizaine de crabes photogéniques sur des alcyonaires blanc et rouge. Des nudibranches, des crevettes, des vers, plein d’autres minuscules créatures mystérieuses et les yeux des poissons hébétés. Au sortir de l’eau, des millions d’étoiles et le calme de la nuit.

Ah au fait, j’allais oublier de préciser mais à aucun moment nous ne portons notre bloc ni notre matériel photo durant cette croisière. Le personnel, je le répète, est attentif et précautionneux. Il ya aussi suffisamment de prises électriques (prises françaises, 220 volts) pour charger nos batteries. Des détails non négligeables pour notre confort.

Deux aigles pêcheurs survolent Jakaré alors que nous appareillons vers l’île de Wofoh au Sud et que nous laissons au loin le village de pêcheurs avec sa ferme perlière. Des frégates suivent notre bateau durant de longues minutes. Autre spectacle inoubliable.

A l’entrée de la baie, nous nous délectons de la rencontre de deux hippocampes pygmées Barbiganti rouge et blanc, d’un banc d’une trentaine de perroquets à bosse et, cerise sur le gâteau, d’un gros requin-tapis qui expose ses deux ptérygopodes sur le sable dans une position franchement outrageuse. De plus, certaines éponges barriques décident de se reproduire à ce moment même. Pure coïncidence ? Les deux plongées, très différentes, autour de l’île, le mur et la pente de sable nous comblent avec ces carangues en chasse, ce superbe poulpe à la robe rouge, cette squille mante active et curieuse puis toutes ces crevettes aux formes et couleurs aussi folles les unes que les autres. 

Stop et photos du haut du mât avec vue imprenable sur les cocotiers de l’île de Wofoh, suivi d’une balade en kayak puis en PMT et enfin vient se coucher le soleil. Voilà donc le programme de cette magnifique journée, la tête ailleurs et pourtant encore sur terre mais au bout du bout du monde.

Descente vers l’île Piaynemo et le Kermo channel où un léger courant nous permet de côtoyer longuement un grand banc de perroquets à bosse broutant le corail.

Paix au fond et paix en surface avec un must à Melissa’s Garden où une dizaine de requins pointes noires nous attendent à quinze mètres de profondeur.

Ils effectuent un véritable ballet au milieu de milliers de poissons dont certains seront certainement leurs futurs repas. La variété des coraux et la diversité des poissons sont assez extraordinaires. La chaine alimentaire semble ici parfaitement respectée, sans déséquilibre, du plus petit aux plus grands prédateurs. Un nième requin-tapis, amorphe au possible, se vautre sur une table de corail. Macrophotographie des tâches sur sa peau et il ne bouge toujours pas.

Une seule palanquée rencontrée sous l’eau et un seul bateau de plongée croisé lors de cette croisière. Incroyable. Par contre, à chaque mouillage, les requins tournent régulièrement autour de Jakaré, ce qui agrémente notablement nos promenades aquatiques entre deux immersions. Balade ensuite, pour se dégourdir les jambes, au sommet de l’île Piaynemo afin d’admirer les multiples îlots dans un ancien cratère volcanique effondré, en tentant d’apercevoir les cacatoès ou les oiseaux du paradis. Le taux d’humidité avoisine les 100% mais il n’y a personne et le point de vue est magique à 13 539km de la France (c’est peint sur un panneau de bois !), avec pas ou peu de réseau internet…

Jakaré mouille à l’abri de l’île Yanggefo. Au loin, un orage illumine le ciel de la nuit, signé par quelques étoiles filantes.

Au tout petit matin, François fait le guet des crocodiles pendant que je m’aventure dans la mangrove pour quelques clichés mi air-mi eau, avec les coraux colorés au premier plan sous l’eau et, en surface, les racines de palétuviers qui plongent dans l’eau limpide. Pour ma part, ces prises de vues restent toujours, à la fois très esthétiques et excitantes, malgré ma déception de ne pas pouvoir photographier l’un de ces animaux.

A Manta Sandy, comme prévu et après quelques minutes d’attente, trois superbes raies mantas, de taille conséquente, viennent nous saluer les unes après les autres dans une eau un peu chargée. Une grosse tortue arrive en fin de plongée.

Autour des îles Frewen et Miokson, les plongées sont également assez extraordinaires avec, en particulier, deux beaux poissons crocodiles au milieu d’un jardin de couleurs.

Blue Magic mérite bien son nom : chasse de carangues, bancs de barracudas et fusiliers, thons et raies mantas sont au rendez-vous. L’une d’elles saute même hors de l’eau. Le courant est fort mais supportable car nous allons dans son sens bien sûr. Tout tournoie au-dessus de nos têtes. C’est la vie sous-marine comme on la souhaite, variée et active. Un must de notre vingtaine de plongées aux Raja Ampat.

Un moment particulièrement exceptionnel de cette croisière en Papouasie reste aussi le barbecue en chantant des chants traditionnels papous avec l’équipage de Jakaré et les habitants du village, tout en regardant les enfants jouer dans les arbres et les vaguelettes, le nez aux étoiles. Instant privilège.

Ecrire, ce n’est jamais que poser avec lenteur les fabuleux instants de ma mémoire. Mais avant cela, il faut mesurer toute l’importance de voir et d’entendre, en se délectant du hasard des lumières et des sons. Toucher et sentir les multiples fragrances aussi quelquefois. Avec tendresse et un opiniâtre refus de me prendre au sérieux, j’aime à raconter notre terre à celles ou ceux qui en font sa saveur. J’aime à la proue du bateau qui me berce, caresser les dauphins de mes yeux éblouis par la surface étincelante du soleil levant ou quand l’astre puissant s’endort enfin à la poupe, j’aime quitter la journée ocre d’un souffle apaisant. Au zénith, j’aime me cacher à l’ombre des paysages habillés par le soleil, sans faire le moindre bruit. Me taire des sons qui m’entourent pour mieux apprécier l’infinie puissance des silences, glanés au bord des chemins amis. J’aime aussi à flâner sous les arbres, ceux où s’entremêlent les fleurs et leurs parfums. Me cacher sous un abri simple quand le vent féroce hurle au dehors. J’aime cette terre où les montagnes se voient au loin et se croisent enfin. J’aime enfin ces beautés venues d’ailleurs qui semblent d’incessantes transitions entre le maintenant et l’onirique.

De l’Europe à la Papouasie, jusqu’à ce que la tête me tourne, je laisse ainsi flotter mes idées à la dérive, entre les continents d’un bonheur accessible, porté par les vagues sensuelles et apaisantes de l’océan. En hommage et en signe de respect pour cet univers sous-marin à la fois fascinant et si fragile, je vous invite tout simplement à voir ce que mes yeux ont vu car le regard est le sens dont sont issus les rêves : des songes riches, doux ou fous, mais qui troublent toujours la pensée et réveillent la passion.

Ensuite, écouter le silence, comme un écho à la multitude et la promesse du souvenir de moments inoubliables. Pas une question. Elles n’ont ici plus de sens.

Tel un nuage éphémère dans le ciel, j’autorise encore longtemps mon esprit à voguer au gré du vent.

« Fais ce que tu fais », disait le sage.

Texte et photos (sauf celle de drone) Henri Eskenazi

PRATIQUE

Forte de plus de deux cents millions d’habitants sur une superficie de 1.920 millions de kilomètres carrés, l’Indonésie est le quatrième pays le plus peuplé au monde. Si la densité moyenne (102 hab. au km2) avoisine celle de la France, elle est fort mal répartie.

Placée sur des lignes de grande fracture, l’Indonésie est une terre de feu.

Le décalage horaire est de UTC+8 (L’Indonésie comprend trois fuseaux horaires).

L’archipel des Raja Ampat (« les quatre rois »), indonésien depuis 1969 est en Papouasie occidentale, ex-Irian Jaya, elle-même située dans le Vogelkop et s’étendant sur les péninsules de Doberai et Bomberai. Cette région assez fermée au tourisme, reste très peu peuplée avec des zones encore inexplorées. Les Korowai « de pierre », derniers Papous réfractaires à la civilisation, ignoreraient que la Terre est ronde. Ils ne cessent de fuir les explorateurs car ils croient que leur monde se renversera et sera détruit au premier contact avec ceux qu’ils prennent pour des esprits… Selon leur catéchisme, un homme peut avoir pour frère un cochon, une souris ou un oiseau. Chez ce peuple, le monde visible s’appelle « Les Endroits ». Autour, s’étend « La Fin des Endroits », un monde invisible peuplé d’âmes. Pour certains, la sorcellerie est couramment pratiquée.

La Papousie occidentale comprend 900 000 habitants sur plus de 140 000 km2. Les Raja Ampat représentant 1 500 îles sont plus proches de l’Australie que de la capitale Java. Sa capitale est Manokwari. A l’est se trouve la Papouasie-Nouvelle-Guinée indépendante depuis 1975. Depuis le XVIème siècle, c’est ici la terre promise des explorateurs, « un musée vivant de la préhistoire ».

La région des Raja Ampat est souvent montagneuse avec des îles arborescentes tels le rotin ou le sagoutier (arbre à tout faire), dont les plus grandes sont Batanta (1185m), Waigeo et Salawati et Misool. Les trois premières se situent dans l’océan Pacifique, Misool se trouvant en mer de Seram. D’autre part, cette dernière mer abrite sur sa bordure nord les îles Raja et Kofiau. D’autres îles (dont Gag et l’archipel Fam) émergent en mer d’Halmahera. La superficie totale de l’archipel est d’environ 46 000 km2.

Cette partie du monde était déjà peuplée il y a 12 000 ans. Ce sont des navigateurs venus d’Asie méridionale qui ont importé la civilisation de la pierre polie, l’agriculture et l’élevage. Lors de cette navigation à l’extrême ouest de la Papouasie, je pourrais aussi  bien croiser des peuples singuliers et de cultures originales, telle la tribu des Danis, perchée dans les Highlands, encore très éloignés de notre civilisation par leur mode de vie mais qui, peu à peu, s’adapte au monde moderne qui les étonne de moins en moins.

Ici, comme partout ailleurs, les marchandises ont toujours traversé les frontières plus aisément que les hommes. Cloisonnées par le relief, la forêt ou la mer, mais aussi par les barrières ethniques et linguistiques, les ethnies sont tout de même liées par un lent réseau d’échanges. Mais les guerres tribales font toujours malheureusement plusieurs victimes chaque année.

Cette partie du monde reste ainsi une terre d’aventures. Pour combien de temps ?

L’archipel est situé à la limite occidentale de l’océan Pacifique et, à son niveau, se rencontrent les eaux des océans Pacifique et Indien, donnant naissance à un fort courant continental originaire du Sahul. 

Administrativement, les Raja Ampat forment un kabupaten de la province de Papouasie occidentale dont le chef lieu est Sorong, porte d’accès par avion également. Celle-ci a été détachée de la province de Papouasie en 2003. L’archipel a alors acquis son statut actuel. On estime la population à 49 000 habitants, soit un peu plus de 1 personne au km2.

Les Raja Ampat sont situées dans le « Triangle de corail », cœur mondial de la biodiversité corallienne et dans une mer qui contient peut-être l’une des plus riches diversités d’espèces de coraux connues au monde. Pour ma part, impressions et étonnement sont quotidiennement au rendez-vous.

L’UNESCO envisage de mettre les îles Raja Ampat sur sa liste du patrimoine mondial comme zone ayant la plus riche biodiversité marine de notre planète. En 2007, le gouvernement indonésien a désigné sept nouvelles zones marines protégées couvrant 9 000 km2.

On se rend aux Raja Ampat depuis la ville de Sorong.

En véritable créateur de souvenirs, je navigue ainsi sur le plus grand archipel du monde, avec dix-sept mille îles autour de moi, dispersées sur 5 000 kilomètres dont certaines restent anonymes.

Les Raja Ampat sont une destination idéale pour la plongée. Dans leurs eaux, abondent des tas de poissons coralliens multicolores. La nature sous-marine livre, même aux novices, un univers étonnant où les coraux aux formes exubérantes abritent une vie riche et encore préservée, avec quelques carangues, barracudas, raies Manta, requins ou hippocampes-pygmée, entre autres pour les plus petits. L’archipel des Raja Ampat a de nombreux sites de plongée comme Blue Magic, Cape Kri, Melissa’s Garden, Black Rock, Eagle Rock, Miokson, Manta Sandy.

Dans les montagnes de la Papousie, août et septembre sont brumeux et c’est au mois de mai qu’il fait le plus chaud. Au moment de la mousson, les averses torrentielles rendent parfois les déplacements difficiles. Mieux vaut donc choisir la saison sèche.

La cuisine indonésienne est savoureuse et épicée. Les plats les plus courants sont le nasi goreng(riz frit avec du poulet et des crevettes), les satés(brochettes avec une sauce cacahuète), les poissons grillés.

Conseils :

Selon la compagnie aérienne, sont autorisés 20kg en soute et 10kg en cabine. Bien se renseigner avant.

10000 roupies indonésiennes = 60 centimes d’euros environ

Remerciements :

Benoit Delamare(pour ses superbes photos de drone) :

bendelamare@hotmail.com – Tel.: + 62 878 62 19 53 15

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