Texte & photos : Pat Vanstraelen.

Le 17 février 1944, la “Task Force 58”, la plus importante force aéronavale US de tout le Pacifique, attaque la flotte japonaise basée à l’abri dans le lagon
de Truk en Micronésie et coule près de 50 navires… Nom de code : Opération Hailstone !
Plus de soixante années plus tard, les navires nippons engloutis, remarquablement conservés et habités par une faune abondante, constituent le plus grand et le plus spectaculaire cimetière d’épaves au monde ! Pat Vanstraelen, accompagné par quelques plongeurs amoureux de vieilles tôles et passionnés par l’histoire de la seconde guerre mondiale, vous emmène sur les traces de la flotte japonaise…

Un voyage aux antipodes…

Au départ de l’Europe, la route est longue pour rejoindre le lagon de Truk et le voyage constitue à lui seul une véritable aventure au dépaysemant guaranti. Il n’y a que deux ou trois itinéraires possible pour se rendre à Truk Lagoon et nous optons pour un départ de Dusseldorf en direction de Manille aux Philippes, avec une escale à Dubaï. Quelques heures d’attente et nous prenons ensuite un vol vers Guam. Cette île américaine du Pacifique est le seul point de départ d’où partent, deux fois par semaine, un vol United Airlines vers l’île de Chuuk. Le vol de Manille arrive à Guam vers 5h du matin et le vol vers Chuuk décolle en début de soirée. Il faut donc attendre une journée entière à Guam avant de prendre le dernier vol pour arriver à destination. Nous passerons cette journée confortablement installés dans un luxueux hôtel en bord de mer en profitant des premiers rayons de soleil et des eaux chaudes du Pacifique sud. Début de soirée, après deux heures d’avion, nous arrivons à Chuuk où, après un court transfert en bus sur des pistes détrempées par les pluies tropicales, nous embarquons enfin à bord de l’Odyssey, notre luxueux bateau de croisière…

Un livre d’histoire et un musée sous la mer…

La première plongée est organisée sur le « Kiyusumi Maru », un cargo armé long de 137 mètres. L’eau est chaude et affiche 31 degrés ! Bien que les eaux du lagon soient chargées en plancton à cette époque de l’année, couchée sur le flanc babord à une trentaine de mètres de fond, l’épave est visible dès la mise à l’eau. La visite commence pour un survol de l’énorme trou causé dans le flanc du navire par l’explosion d’une torpille. La salle des machines n’est pas facilement accessible mais mérite pourtant une petite incursion. Des vélos et des pales d’hélices sont visibles dans les cales. En plus des canons postés à la proue et la poupe du cargo, sur les structures du pont supérieur, six batteries de mitrailleuses anti-aériennes pointes encore vers le ciel. Cette épave n’est pas l’une des plus spectaculaire de l’endroit, mais déjà les sensations sont fortes. Nous venons d’entrer dans un livre d’histoire…

Oïte Destroyer

Le « Fumitsuki » et le « Oïte » sont deux autres épaves intéressantes. Outre les reste d’un sous-marin japonais, ils sont quasiment les deux seules navires de guerre plongeables à coté des dizaines d’énormes « Maru » que repossent dans le lagon. C’est deux bateaux ne mesurent que 103 mètres de long. Peu profond, le « Fumitsuki » se visite facilement en une seule plongée. Plus remarquable et mieux conservé, le « Oïte » repose quand à lui sur un fond de 67 mètres et nécessite de plonger au trimix. C’est une des plus belles plongées de Truk qui débute par une pénétration zu travers de passages étroits à l’intérieur de la partie avant de l’épave. A coté de nombreux débris et d’accesoires parsemés sur le sol, on peut observer des ossements humains. Maccabre découverte ! Entièrement tapisée d’éponges, l’hélice tribord et splendide. Sur le pont, de magnifiques canons AA coax de 25mm et des charges anti sous-marins terminent l’exploration en beauté. Après avoir réalisé une plongée sur le « Unkai Maru », un autre cargo armé dans lequel on peut observer des piles de casques d’infanterie, des masques anti-gaz, des caisses de chaussures et de nombreux autres vestiges, nous mettons le cap sur l’un des plus beaux spots de l’atoll, le « Rio de Janeiro Maru », un majesteux paquebot–cargo de 141 mètres.

Rio de Janero Maru
Betty Bomber

La salle des machines vaut vraiment le détour mais nécessite une pénétration complexe, accessible uniquement avec un guide local. On y découvre des manomètres, des cadrans, de nombreuses vannes et des instruments d’inclinaison en parfait état de conservation. La calle arrière regorge de centaines de casiers de bouteilles de bières empillés. Toujours en restant à l’intérieur de l’épave, il est possible de visiter la « dancing room » et les cuisines où se trouvent de grandes piles de vaisselles chinoises. Le navire est bien sûr armé et le canon posté sur le pont de poupe est énorme. En quittant l’épave, on peut encore lire sur l’arrière du paquebot l’inscription «Rio de Janeiro». Malgré le nombre important d’avions détruits pendant les combats de février 1944, il y a très peu de carcasses d’avion dans le lagon de Truk. La plus populaire d’entre-elles est «Betty Bomber». Cet avion japonais de type Mitsubishi G4M est le plus fameux des bombadiers que les japonais aient construit durant la seconde guerre mondiale. Peut profond, posé presqu’entier et à plat sur un fond de sable, le bombardier est entièrement colonisé par des milliers de glass fishs.

Fujikawa Maru
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Le «Fujikawa Maru» est réputé comme étant le must de la plongée à Truk ! Cet énorme cargo mesure 132 mètres de long. Posé à plat, le navire s’explore entre 18 et 34 mètres de profondeur, mais les mats de charge culminent à seulement 9 mètres. Dans la cale 2 on peut notamment découvrir un chargemengt de pièces et de moteurs d’avion du type « Zeke fighter », le fameux « Zero ». C’est la seule épave où il est possible d’observer des carcasses entières d’avion. Les autres cales sont remplies de munitions d’artillerie, de moteurs de bateaux, d’armes, de torpilles et à nouveaux de bouteilles de bière et de vaisselles chinoises. Les télégraphes de poupe et de proue sont toujours à poste et bien conservés. Le navire était protégé par deux impressionnants canons de 152mm. Sur l’un d’eux il est possible de lire le numéro de série du canon et son année de fabrication… 1899 ! Sur le pont supérieur, une plaque comémorative a été posée lors du 50 ème anniversaire de l’opération Hailstone… Moment d’émotion !

Heian Maru

La plongée suivante, nous explorons le «Heian Maru». Avec 155 mètres de long et 11.614 tonnes, cet énorme Passeger-cargo ship est l’une des plus grandes épaves et l’une de plus intéressantes de Truk. Posé sur son flanc babord à 36 mètres de profondeur, le géant culmine à 12m de la surface ! Vu l’énormité du paquebot et l’importance de son chargement, il est nécessaire de faire au minimum deux plongées pour explorer correctement l’épave. L’exploration débute par la cale 1 où sont déposés d’imposants obus d’artilleries. Dans la cale 2 on trouve une quantité impressionnante d’énormes torpilles dont le diamètre est de 53,3 cm (type 92 fabriquée en 1932) ! Certaines sont posées à la verticale et sont dangereusement instables. Sur la plupart de ces monstres, les systèmes de propulsions à doubles hélices sont encore visibles. Dans la cale 5, des vidanges, des caisses, des bouteilles d’oxygène et des radios, dans un bon état de conservation, jalonnent le sol. Un pénétrant plus en profondeur dans les entrailles du paquebot, il est possible de visiter l’accès aux cuisines et d’oserver une quantitié importante de vaiselles chinoises. On trouve également de magnifiques filtres à eau en porcelaine sur lesquels il est possible de lire «Okano improved carbon water filter, Okeano & Co Ltd, Kobe Japan». Dans les coursives tribord, on parcours un chargement de périscopes destinés aux sous-marins de la flotte impériale. Deux types de périscopes sont visibles, des périscopes de progression et des périscopes de combat. Etonnant et rarissime chargement ! Arrivé sur l’arrière du navire, il suffit de monter de quelques mètres vers la surface pour se retrouver face une l’une des gigantesques hélices de plus de 5 mètres de diamètre qui propulsaient le navire. Géantissime !

Nippo Maru / char

Direction le « Nippo Maru ». C’est de loin une des épaves qui m’avaient le plus impressionné lors de mon précedent séjour à Truk. C’est un petit cargo de seulement 106 mètres de long, mais son état de consevation, sa position bien à plat sur le sable comme s’il naviguait encore et son chargement en font une épave à ne rater sous aucun prétexte. Dès les premiers mètres de descente, bien que le navire soit posé à 50 mètres de profondeur, la vision d’ensemble est spectaculaire. Un tank de combat est arrimé sur le pont principal à hauteur de la cale 2 et à proximité de la cale 4 plusieurs canons anti-tank sur roues sont posés les uns à coté des autres. Bien que très colonisés par la faune, leur état de conservation est remarquable et ils pointent vers le ciel, près à tirer une dernière salve. La cale 2 contient sept batteries complètes de 12 cm. Dans les cales on découvre également des bouteilles plates de Sake et des munitions à profusion. Un pénétrant à l’intérieur des superstrutures, on accède au poste de commandement où se trouve encore la barre, des systèmes de vision et un magnifique télégraphe. Tout simplement splendide !

San Francisco Maru
San Francisco Maru / Munitions

Pour la plupart des plongeur, le « San Francisco Maru » reste la plus fascinante des épaves de Truk ! Malgré sa petite taille comme le « Nippo Maru », avec seulement 117 mètres de long, sont chargement est tellement important que le cargo a été baptisé « Million Dollar Wreck » ! La plongée se déroule entre 50 et 63 mètres, il s’agit donc d’une plongée à faire de préférence au trimix. Idéalement, l’exploration débute par la proue où se trouve un imposant canon très photogénique. En se laissant ensuite glisser dans la cale 1, on découvre une quantité impressionnante de mines émisphériques et de containers métaliques. Les tonnes d’explosifs empilées donnent froid dans le dos ! Dans la cale 2, différents types de camions sont alignés comme à la parade. En sortant de cette cale par le coté tribord, on tombe nez à nez avec deux tanks légers arrimés sur le pont supérieur. Un troisème tank et sa tourelle armée d’un canon est visible sur babord. La cale 3 n’offre pas beaucoup d’intérêt, à l’exception d’un camion stationné sur le fond de cale. Par contre, la dernière cale est remplie de corps de torpilles, de caisses de munitions, de mines et de charge profondes anti sous-marins. La salle des machines est aussi une des plus belles de Truk Lagoon. Vu la profondeur et le nombre important de choses à découvrir, il faut 3 ou 4 plongées pour explorer correctement le « San Francisco Maru » !

Aikoku Maru / Ossements

D’autres épaves seront visitées durant notre séjour à Truk. Le « Yamagiri » et ces énormes obus, le « Shinkoku Maru » avec sa salle des machine exceptionnelle et ses ossements humains, le « Goseï Maru » chargé de torpilles, le « Sankisan Maru » rempli de munitions et de moteurs d’avion, « l’Aïkiko Maru » et son superbe canon de poupe, le « Kensho Maru » et sa remarquable salle des machines sur trois étages et le « Nagano Maru » où l’on peut voir des half-tracks et des camions avec les vitres intactes. En tout, une trentaine de plongée, toutes plus belles les unes que les autres, seront réalisées. Mais, vu le nombre important d’épaves et leur gigantisme, nous n’avons exploré qu’une infime partie du cimetière d’épaves de Truk et il faudra revenir au plus vite pour continuer l’aventure sur les traces de la flotte japonaise…

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