Par Aldo Ferrucci

Pour quelqu’un qui plonge souvent dans les eaux tempérées et claires de la Méditerranée, plonger dans un lac alpin est toujours une expérience qui bouleverse ses habitudes. Mais après quelques minutes d’acclimatation, l’immersion dans l’eau douce a son propre charme, un charme bien différent de celui de la mer, mais tout aussi passionnant et mystérieux. Parfois, j’y vais pour le plaisir, d’autres fois je suis appelé à donner des cours de plongée.

Quand mon ami Philippe m’a téléphoné pour me dire si je pouvais être disponible pour organiser un cours TDI Advanced Trimix CCR au lac du Bourget, je lui ai repondu avec quelques dates et en lui disant en rigolant “que ce serait une bonne occasion de bien rincer mon matériel !”

Le lac du Bourget est situé dans le département de la Savoie et «le plus grand lac, le plus profond et naturel d’origine glaciaire de France, de 44 km2 de surface et à la profondeur de 145 mètres, offre d’excellentes possibilités de pratiquer les sports nautiques et la plongée.

Une formation CCR en lac

Le rendez-vous est à la fin de Juin à la boutique de Philippe, qui m’attend avec deux étudiants, Laurent et Eric, qui doivent suivre le cours TDI Advanced hélium CCR.

On commence par un briefing pour apprendre à se connaître et définir les objectifs et le programme du cours : matin, préparation et test des recycleurs, briefing sur les exercices, remontée en surface, débriefing, brève pause pour grignoter, briefing et de nouveau à l’eau pour les mises en pratique. Un fois remontés en surface, la journée c’est pas terminée, rinçage, préparation des mélanges et chaux si nécessaire. Finie la partie pratique, on commence avec la théorie, choix des mélanges, choix du set point, des bailout secours et… la journée se termine très tard. On prépare les recycleurs, on contrôle la configuration et les accessoires, et rendez-vous pour demain matin au bord du lac.

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Briefing, test des recycleurs et tout le monde est prêt à aller à la mer… oups ! dans le lac !

Pour cette partie du cours réservée aux exercices et simulations, nous partons directement du bord du lac, donc juste besoin de nager quelques coups de palmes et nous avons déjà plus de 20 mètres de profondeur.

Cette fois, je suis équipé avec des gants étanche, que Philippe m’a rapidement assemblés grâce à son expérience dans le domaine.

La température de l’eau à la surface est agréable aux alentours de 22/23 degrés, la visibilité par contre est très mauvaise.

On descend le long de la bouée qui marque les 20 mètres, et après vérification de bulles à 5 mètres on descend vers le fond. Soudain, à 15 mètres la rencontre avec la thermocline et dévastatrice. Les parties du visage découvertes sont piquées comme s’il y avait des millions d’aiguilles et bientôt s’engourdissent. Par mesure de précaution, je met ma main sur l’embout pour le maintenir en place, de sorte de ne pas le perdre tellement la sensation de froid est forte. La température que je lis sur l’instrument est de 5 degrés, et la différence de plus de 15 degrés avec la surface m’explique mieux ce qui s’est passé.

Quelques secondes et tout revient presque normal, la visibilité aussi s’est nettement améliorée, et nous pouvons commencer les exercices. Le fond du lac et recouvert d’une fine couche de vase, et bien que nous contrôlons notre flottabilité, il suffit juste de bouger les palmes pour la soulever, ce que nous oblige a nous déplacer régulièrement pour nous éloigner du nuage ainsi soulevé.

Nous remontons à la surface après environ 1 heure d’exercices, et il suffit de retourner à 15 mètres pour retrouver une température de 20 degrés, vrai plaisir pour le visage et les mains.

Dans les plongées successives je descends plus lentement pour m’habituer progressivement à la température et le passage de la thermocline devient beaucoup plus supportable.

Après les simulations, maintenant il est temps de mettre en pratique en plongées réelles

Commençons par “Petite Cale”, où la paroi verticale de la montagne se poursuit sous l’eau jusqu’à une profondeur de 65 mètres. Ici aussi, la visibilité jusqu’à 15 mètres est vraiment mauvaise, mais une fois passée cette profondeur, la suspension disparaît et la lumière aussi, mais le faisceau de la torche porte très loin. En levant les yeux, on peut voir une lumière verte donnant à l’endroit une ambiance magique. On termine la plongée quand l’ordinateur commence à afficher des paliers et on rejoint les 15 mètres, on recommence avec les problèmes de visibilité, à tel point qu’il m’est pratiquement impossible de voir mes élèves. Heureusement, Eric porte de gants étanches de couleur orange vif, et Laurent bleu clair. En fait, dès que je me tourne pour vérifier et que je vois ces deux tâches de couleurs, je me sens plus rassuré sur leur présence.

Dans l’après-midi on trouve aussi le temps de faire essayer à quelques amis suisses le  recycleur électronique JJ-CCR, projet auquel a participé David Thompson, concepteur du célèbre CCR Inspiration. C’est un équipement simple, robuste et complet.

Le lendemain, nous allons sur le Meunier, qui est situé sur le côté opposé du lac et qui prend plus de 25 minutes de navigation. Ici aussi, nous arrêtons le bateau à moins d’un mètre du bord du lac, la seule façon de pouvoir positionner l’ancre sur un fond de 25 mètres. Pour cette plongée nous avons été rejoints par quelques amis, Chantal, Nicla, Jean Marc et Erwan. Sous l’eau le panorama est similaire à celui de la veille, descente verticale, mais ici le profil du tombant est moins régulier et plein de petites grottes et cavités. A 70 mètres la faille se sépare en deux, couverts par les restes d’un filet de pêche, avec un effet très glauque.

Cette fois, nous nous posons en surface sur un petite plage de galets, au pied d’une forêt qui descend des collines  du dessus, sans passer par le bateau. Ici, Philippe a organisé un pique-nique, avec plein de bonnes spécialités savoyardes, fromages, jambons et autres. Nous sommes en train de goûter à toutes ces bonnes denrées, mais Philippe et Laurent continuent leur travail et vont repérer la ligne, pour préparer notre prochaine plongée sur l’épave légendaire de l’avion allemand Foke Wulf 58C, la cerise sur le gâteau pour compléter ce cours. Malheureusement après environ 90 minutes Philippe revient avec une mauvaise nouvelle : ils n’ont pas trouvé la boue attachée à la ligne de descente.

L’épave d’un avion n’est pas très grande, et à un profondeur de plus de 110 mètres, l’eau au fond à seulement 4 degrés, ne pas avoir de ligne de descente augmente beaucoup la difficulté de la plongée et l’incertitude de trouver le site. Cependant, nous avons décidons quand même de confirmer la plongée du lendemain.

Un fois embarqués, plus d’une demi-heure de navigation est nécessaire pour arriver sur site. GPS et sondeur à l’œuvre, et après quelques minutes on lance le mouillage. On attend un peu pour vérifier, mais apparemment le courant présent au milieu du lac a déplacé l’ancre. On récupère les 120 mètres de ligne avec l’ancre et on recommence l’opération. Cette fois semble être la bonne, le mouillage ne bouge pas et il est très proche du signal du sondeur.

La descente n’est pas un problème, mais nous sommes déjà à 50 mètres dans l’obscurité totale, percée uniquement par nos puissantes torches sous-marines. Enfin, à plus de 90 mètres, apparaît en face de nous, la structure métallique du fuselage, l’avion est planté sur le fond avec la queue vers la surface et nous sommes ravis de voir l’empennage encore en excellent état orné d’une croix gammée pratiquement intacte. Les excellentes conditions sont dues à l’eau douce, très froide et le manque de courant sur le fond. Les minutes passent très vite, il ne reste que peu de temps pour prendre quelques photos et commencer la lente ascension qui après plus de deux heures de décompression, nous mènera à la surface.

Avec la tête pleine d’images de l’épave, la longue décompression semble passer plus vite que la normale. Une fois sur le bateau, je vois les grands sourires ravis d’Eric et Laurent, l’expression typique de quelqu’un qui vient de réaliser un rêve.

Histoire de l’épave

L’aéroport de Bron est passée sous contrôle allemand pendant la nuit du 26 au 27 Novembre 1942. Les jeunes recrues y étaient formées sur le C 58 Focke Wulf, à devenir des opérateurs radio bombardiers de la Luftwaffe.

Le FW 58 a décollé de Bron à 13h15 le 30 Mars 1943 avec quatre hommes à bord. Il se dirigeait vers les Alpes et après 40 minutes de vol sur les villes de Châtillon et de Chindrieux il commença à traverser le lac dans un axe nord-sud pour retourner à la base. Le dernier jour de l’instruction des recrues, la coutume était de faire un survol du lac afin de permettre un moment de détente. Bien que cette opération soit interdite, le pilote instructeur, l’officier Ernst Chronz, lança son avion dans cette direction. Pour une raison indéterminée, l’avion a perdu de l’altitude et a heurté la surface de l’eau. Deux membres d’équipage et un étudiant ont été tués dans l’accident. L’opérateur radio et le deuxième élève ont survécu à l’accident et ont été miraculeusement sauvés de la noyade par des pêcheurs locaux, tandis que l’eau du lac à cette époque et d’environ 3 degrés.

L’avion a été découvert par des passionnés d’aviation en 1988, mais la première plongée sur l’épave date seulement de 2004.

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